MARSATAC 2015, CRISE IDENTITAIRE?

Boys Noize, Boris Brejcha, Tale of Us, Dave Clark, Max Cooper, Floating Point, Brodinski… Cette année le festival Marsatac qui se déroulera les 25 et 26 septembre prochains à la Friche Belle-de-Mai affiche seulement des artistes issus de la scène électronique et choisit de faire l’impasse sur le rock et le hip-hop, des styles pourtant emblématiques du festival. Une programmation électronique digne d’un I Love Techno voire d’une Nuit Rouge, mais d’un Marsatac ?

Revenons aux origines du festival : la première édition qui a vu le jour en 1999 était entièrement consacrée au hip-hop et au rap. Au fil des ans, le festival s’est élargi à la musique électronique et au rock, jusqu’à devenir l’un des festivals de référence en matière d’éclectisme musical – à l’image même de sa ville. À Marsatac, chaque scène a sa propre ambiance, comme chaque quartier de Marseille a sa propre identité. Et on aime changer de scène comme on change de quartier, on aime la diversité de la ville comme on aime celle de Marsatac. Faire l’impasse sur le hip-hop et le rock est donc loin d’être anodin pour un festival comme Marsatac. Ce n’est pas un scoop : la musique électronique, et en particulier la techno suscite de plus en plus d’intérêt de la part du public. Au vu du succès du Weather Festival malgré ses 50€ par soir et les 50 000 personnes qui étaient attendues, nul doute que c’est la musique du moment. Mais avec autant d’événements dédiés aux musiques électroniques programmées dans la cité phocéenne (La Nuit Rouge, Rave, We Are Together, Electrobotik, Positiv, pour ne citer qu’eux) on aurait bien aimé que Marsatac continue à marcher à contre-courant, un peu à la façon de This Is Not A Love Song à Nîmes. Du coup, nous avons rencontré Dro Kilndjian, programmateur de Marsatac, histoire d’essayer de comprendre un peu mieux ce choix surprenant.

La Nuit Magazine : Pourquoi avoir privilégié les musiques électroniques cette année et fait l’impasse sur le rock et le hip hop ?

Dro Kilndjian : Cette année on voulait vraiment faire quelque chose de très électronique, de très festif, de très dansant et qui marquerait un renouveau dans l’évolution du festival. Il faut savoir que l’histoire du Marsatac est assez particulière. À la base c’était un festival très hip-hop, à l’époque en 1999 les choses étaient très tranchées : soit tu écoutais du hip-hop, soit tu écoutais de la techno, mais il ne fallait surtout pas mélanger les deux. Puis les choses ont évolué, et on s’est dit que malgré tout, ces deux genres musicaux avaient le même processus créatif. On a donc commencé à s’intéresser aux musiques électroniques, à les intégrer dans notre programmation, puis on a décidé d’aller encore plus loin en raccrochant le rock, la pop etc. Et cela nous semblait logique de le faire dans le sens où ce sont des genres musicaux qui sont en lien avec certaines musiques électroniques. Au fil des années, il y a des éditions où on était plus hip-hop, d’autres plus électro, et cette année le focus a été mis sur la musique électronique de type techno, house, afin de mettre en lumière cette scène-là. Et ça on ne l’avait pas encore fait. Mais attention, ça ne présage en aucun cas les éditions futures, on n’a pas déserté le champ musical des musiques urbaines. On a juste décidé de faire une édition un peu spéciale cette année. Et pourquoi pas faire un jour, une édition spéciale hip-hop, ou spéciale rock ? Aujourd’hui, on se dit que le festival est assez grand, assez vieux, assez mature pour qu’on puisse se permettre de faire ce genre de chose. On aime surprendre, on n’a pas envie de refaire les mêmes choses d’une année à l’autre.

La Nuit Magazine : N’as-tu pas l’impression de perdre l’identité du festival ?

Dro Kilndjian : L’identité de Marsatac est multiple, elle n’est pas que thématique. Marsatac c’est un festival qui défriche les courants musicaux. L’année dernière, les amateurs de musiques électroniques sont quand même restés en surface. Là, on leur propose une plongée plus profonde dans un courant qui les intéresse. Après, c’est sûr que si on n’aime pas les musiques électroniques, on ne va pas venir à Marsatac.

La Nuit Magazine : Marseille regorge déjà de festivals électroniques, pourquoi faire ce choix maintenant?

Dro Kilndjian : On colle à une réalité d’actualité et à une certaine demande, mais on peut pas nous faire le reproche de suivre telle ou telle mode. On faisait déjà de la techno quand ces événements n’existaient pas encore. Donc on ne peut pas nous dire qu’on fait trop de techno cette année. Là c’est juste une édition spéciale qui nous correspond cette année précisément. L’année prochaine, ce sera sûrement très différent. À l’époque déjà, quand on a commencé à mélanger du hip-hop avec de la techno, on nous disait qu’on avait perdu notre âme parce qu’il y avait moins de hip-hop, ou inversement parce qu’il y en avait trop. C’est juste la réalité d’aujourd’hui, et puis c’est aussi ce qui nous plaît dans l’équipe du festival en ce moment. On ne dit pas aux Trans Musicales de Rennes, « pourquoi avez-vous mis trop de rock cette année ? », on se dit « On y va et on verra bien ».

La Nuit Magazine : Du coup, pourquoi pas le Dock des Suds cette année ? C’est un endroit qui se prête bien aux musiques électroniques en général.

Dro Kilndjian : Un peu trop justement peut être. Ce qu’on veut c’est se différencier des autres, et puis à chaque fois nous avons eu de bons retours sur la Friche. C’est un lieu qui permet des déambulations. Et en termes d’esthétique et de taille de scène ça nous correspond mieux que le Dock des Suds. À la Friche l’occupation de l’espace nous permet de créer de la surprise, et de faire une décoration un peu différente que ce qu’on a pu faire. La Friche est aussi un endroit qui est toujours en évolution, et ça, ça nous plaît.

La Nuit Magazine : Qu’est-ce qui a motivé l’abandon du jeudi soir et la contraction du festival de 3 à 2 soirs ?

Dro Kilndjian : Là c’est plus une question de rendu de l’événement. Les années précédentes, ça fonctionnait car cette soirée du jeudi était très différente des autres. Cette année, la programmation est particulièrement teintée, donc ça n’a pas de sens. On a préféré concentrer les propositions artistiques qui semblaient être cohérentes les unes à côté des autres dans la même soirée plutôt que de les détacher et de faire une troisième soirée. C’est aussi pour des questions de disponibilités des artistes, c’était de toute façon impossible.

On l’aura compris, ce tournant électronique n’est donc pas une direction définitive en soi, le festival poursuit son évolution et assume totalement le parti-pris électronique de cette année. L’avenir du festival n’est pas encore écrit et le festival n’exclut pas par exemple de retourner à Nimes lors des futures éditions. Cette année d’ailleurs, en attendant les 25 et 26 septembre Marsatac se constelle et on pourra le retrouver le 20 juin prochain sur le toit-terrasse de la Friche pour une soirée en partenariat avec le Dour Festival. En effet, les deux événements s’associent et se donnent carte banche chacun leur tour le temps d’une soirée. Ainsi, le 17 juillet prochain, Kid Francescoli, La Fine Equipe, Husbands et Andromakers se retrouveront sur l’une des scènes du festival belge. Parce que Marsatac c’est ça aussi.

Sarah Barbier

2 Réponses à “MARSATAC 2015, CRISE IDENTITAIRE?”

  1. Étant amateur de musiques électroniques, je ne vais pas cacher que je suis pour ma part content de ce changement d’orientation. En se concentrant sur un genre musical, ça leur a permis de faire venir des artistes plus pointus, d’avoir une programmation plus exigeante.
    Par exemple, l’année dernière, à l’exception de deux ou trois artistes, je n’étais vraiment pas emballé. Là, je retrouve une dizaine d’artistes que j’ai hâte de voir.
    Certes, il existe pas mal d’autres événements de ce type, mais pour ma part, je ne me retrouve pas dans l’ambiance des Nuits Rouges, We Are etc. Leur programmation n’est pas forcément mauvaise, mais il y a cette ambiance supermarché de la techno pour kids sous mdma…
    Je suis peut être optimiste, mais j’ai l’impression qu’à Marsatac on vient un peu plus pour la musique que dans ces autres événements, où c’est avant tout une histoire de défonce et de folie.
    Et puis le cadre est quand même assez unique. Cet ensemble industriel qu’est la Friche apporte une ambiance particulière, et il est agréable de ce balader d’un espace à l’autre.

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