15 HEURES DE ROUTE POUR 3 JOURS DE TEUF : LA NUIT AUX TRANSMUSICALES

L’épopée commence dans le bus, qui nous emmène vers la terre promise, les festivaliers avaient l’air d’avoir entamé leur Trans avant le café du matin. Bon que tu sois à Marseille ou à Rennes y a toujours le même ressenti quand tu es sobre à côté de quelqu’un de bourré : tu as envie de lui mettre un sac plastique sur la tête.

Après m’être fait 15h de route, je rejoins la terre bretonne des Transmusicales. Errance dans la ville pour récupérer Irène, mon acolyte de festival, j’ai le plaisir de découvrir des autochtones serviables et sympathiques : 1 point pour les Rennais ! Dans la douche, je réalise que moi qui me pensais masculiniste je suis devenu féministe. En effet, dans le bus direction Rennes, mon voisin de siège m’honore d’un coup de téléphone adressé, je suppose, à sa concubine. En ces termes hauts en couleur : « oh t’es chaude pour ce soir, et t’as pas une meuf pour mon pote, par contre il n’a pas envie de passer des heures à la draguer ». N’ayez crainte c’était un Parisien et non un Rennais !

JOUR 1 :

Mise en bouche du festival, ce jeudi 7 décembre commençait la phase d’acclimatation. Hier soir nous avons pu observer des groupes colombiens programmés dans le hall Greenroom, ainsi que quelques pépites venues d’ailleurs, mais aussi françaises. Arrivé là-bas après quelques péripéties, on passe prendre une bière et on enchaîne avec Tanika Charles. De quoi commencer la soirée avec un plein de musique soul vitaminée et une chanteuse rayonnante, venue tout droit du Canada. Pas le temps de niaiser, direction le hall principal pour écouter le groupe colombien : El Léopardo, accouché d’un des membres de Systema Solar. Daniel Broderick et sa team nous attire avec un live analogique d’électro-cumbia, sur lequel on se verrait bien danser jusqu’à 14h avec les FARC en pleine jungle colombienne. Leur musique est comme un rituel d’approche sauvage et sensuel, et leur plaisir communicatif nous emmène ailleurs.

Et on poursuit avec un autre type de voyage. On se retrouve en pleine scène rennaise avec le groupe Columbine qui fait le succès des plus jeunes : des rappeurs de la génération mamène qui mettent une énergie dévastatrice, et surfent sur une mode bien installée. Comme un léger sentiment de coup vieux, on se rappelle nos premiers concerts, mais pas de regret puisqu’à l’époque c’était les Artics Monkeys qui nous exaltaient. Le refrain nous reste néanmoins dans la tête, apparemment ce groupe aime jouer à ChiFouMi : « pierre-feuille-papier-ciseaux« , scandent-ils. On aura vu des meilleurs rappeurs mais tout n’est pas à jeter. Par contre, note pour l’Education nationale : penser à introduire le solfège au bac ; taper dans ses mains en rythme devient la marque d’une grande sagesse. Le public de Columbine ne nous a pas fait cet honneur.

En interlude dans le hall principal, on en revient aux sonorités colombienne avec Mitú qui nous offre un dj set énergique, un bon échauffement du col du fémur, bref une bonne mise en jambe pour introduire Ghetto Kumbé. Ce trio nous emporte sur un beat frénétique, porté par les percussionnistes. Leur musique est à l’image de leurs masques, envoûtante et transcendante. Nous restons sur le carreau. Surprise d’un moment d’égarement entre deux halls : les selectors de Chatoune & Marilou, qui nous passent une track « tiq tiq la tiq » du groupe Fadoul, les James Brown marocain. On se déchaîne, dans une salle presque pleine, on danse à en perdre haleine, pour finalement récupérer nos esprit avant Lakuta. Un véritable ensemble instrumental, allant de la kora au trombone, avec une chanteuse qui nous a gratifié d’un « if there is brexit we can have this » de quoi clore ce premier jour de bonne humeur !

JOUR 2

Après une bonne nuit de sommeil, Irène aka Lara Croft de la boisson, nous entraîne dans un apéro fulgurant de 22h à 6h du mat. On va vous dire ce qu’on a vu, entre temps, et surtout ce qu’on a aimé, en espérant qu’on n’ait pas déjà les neurones grillés. Trajet de bus plutôt sympathique, la générosité rennaise était au rendez-vous. Jean michel aka je-suis-les-Trans-depuis-20-ans, nous garantit une petite pause aux couleurs de la Jamaïque à base d’agriculture biologique. Que du naturel, enfin… presque. Le chanteur de Bad Sounds n’a pas reçu les dernières infos modes d’Edouard : la teinture blonde c’est so 2016. Nous qui pensions écouter du pur rock anglais, on se retrouve avec une variante de MGMT. Une version allégée de Eminem nous fascine avec sa fausse timidité qui souligne les morceaux à la tendance plutôt pop.

Si tu as comme moi, Edouard, la bougeotte qui empêche tes potes de profiter d’un groupe plus de 5 minutes, sache que les Trans le permettent. On passe du coq à l’âne. Du bassiste asiatique de Swedish Death Candy tout droit sorti d’un concert de heavy metal, qui nous honore d’une performance légèrement à côté de ses pompes, mais qui en fait est le réel intérêt du groupe… A la trad japonaise de Oki dub ainu band avec leurs looks bien traditionnels et des synthétiseurs bien japonais. En deux minutes et deux halls, nous parcourons 10 000 km pour nous retrouver en Ethiopie. Au passage, grosse découverte sur la région : tu peux pisser dehors, personne n’en saura rien car deux minutes plus tard big up à la pluie. Edouard est pris d’une démangeaison à l’écoute du groupe de Gili Yalo. Irène, subjuguée par l’énergie du chanteur, en fait son coup de cœur du vendredi.

Le marathon continue. On se retrouve par hasard face à un groupe turco-néerlandais qu’on n’avait pas pré-sélectionné : Altin Gün. Notre photographe international de Marseille, happé par la frénésie d’Istanbul et la voix de la chanteuse, en fait son coup de cœur du vendredi. Entre deux halls des Transmusicales, on découvre deux artistes aux styles complètement différents : Ylia, côté danse techno, et Duke Hugh, côté jazzy bass anglais. Deux productions de qualités, mais comme souvent les producteurs ne sont pas DJ, et leur live nous laissent légèrement perplexe. Au contraire, Malcolm, membre du crew Tropicold, nous présente un vrai DJ set, comme on en cherchait, variant les styles avec cohérence. Saro, quant à lui, nous prouve que la dubstep appartient désormais aux beat-boxeurs qui depuis quelques années se sont réappropriés ce style numérique, et en font de nouveau un son naturel. A voir en live !

JOUR 3 :

Notre Irène de Rennes a pris une décision : elle va émigrer prochainement « dans le sud » comme ils disent, parce qu’il fait quand même un peu froid ici. La pauvre nous a chopé une petite crève. Ce troisième jour avait clairement plus une couleur électronique que les deux premiers. Conséquence : plus de shows visuels et sonores que du festival pur et dur. Mais il faut dire qu’à force de voir des lives de groupes qui transmettent plus d’énergie que les DJs, j’avais plus trop envie de voir des DJs… C’était quand même la fin d’un long weekend et je me traînais un peu, on va donc faire ça tout en douceur.

En premier : Dynamic blockbuster. En deux mots : ça envoie. Ça envoie des batteries avec leur MPC, mais ça envoie aussi avec les cuivres. Ça envoie donc sur scène et ça envoie donc naturellement dans le public. Voulant éviter l’entorse de la cheville de retour en ville, je kiffe mais je m’échappe vers Snapped Ankles, qui ont fait monter la sauce progressivement jusqu’au dernier track, tranquillement sapés en tenue de chasseurs alpins. Munis d’un instrument étrange, une corde sur un bout de bois, ils font péter un concert au coté atypique et amusant, avec pour point d’orgue un morceau final somptueux qui aurait pu durer une heure mais qui s’arrête, ce qui me laisse un peu sur ma faim.

Pour combler les trous, je trace donc en tout confiance chez Confidence Man, où j’ai vécu une expérience classique de festival. J’arrive devant une salle blindée de gens beaucoup plus excités que moi qui n’ai pas suivi le show depuis le début. Remplie à bloc, mais une énergie à bloc donc. Histoire de finir en toute beauté, et parce que je ne serais pas respecté à La Nuit sans parler d’un truc qui castagne, direction VOIRON. En clair c’était gras, c’était 130 bpm, ça tapait comme il fallait, et le show visuel était fou. Bref, on rentre tant bien que mal en métro vers notre auberge de jeunesse pour la dernière nuit bretonne, à l’issue d’une dernière journée moins diverse. Je rencontre des mecs avec qui je parle naturellement du festival, d’une progra hip-hop un peu décevante mais loin de ternir tout le festoche. J’ai quand même hâte de retrouver un toit un peu plus ensoleillé.

Texte: Irene Bonnot / photos: Edouard Hartigan

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