INTERVIEW: RONE

L’instant où tout bascule est impossible à voir, ce n’est qu’après coup que l’on réalise que nous sommes passés du miel au fiel, du fiel au miel. Samedi soir, la musique fut manipulée par des mains ensanglantées, gantées de satin ; elle a été malmenée, déstructurée jusqu’à être vidée de son sens avant de s’en draper d’un nouveau. Cette nuit là, le Baby a inspiré les raffinés et les rêveurs, il a hébergé énormément de monde, la quantité suffisante pour surfer sur les vagues écumeuses d’une mer presque convulsive, qui se déhanche.
IRM, maitre de cérémonie, bouclait un week-end transhexagonal de la plus belle des façons en prouvant que c’est un label qui s’attache à faire les choses bien, tandis que Rone mettait tout le monde d’accord.
On a eu la chance de nous entretenir avec Rone, et s’il nous a confessé qu’il ne baragouine pas un mot d’allemand, ce qui est sûr, c’est que quand il laisse parler sa musique, il devient panglotte. En tout cas, il voit clair dans le jeu de la vie.

LNM : Peux-tu nous décrire ton parcours ?

Rone : Mon souhait à l’origine était de devenir réalisateur, la musique était pour moi quelque chose de vraiment récréatif, mais petit à petit elle a commencé à prendre le dessus et rapidement j’y passais mes premières nuits blanches. Au bout d’un moment, mes amis trouvaient ce que je faisais vraiment bon et ils m’ont encouragé, ils m’ont poussé à envoyer des maquettes. C’est à partir de là que j’ai commencé à m’intéresser aux labels dans lesquels les artistes que j’apprécie évoluaient.

Avant de signer avec Infiné, j’hésitais beaucoup avec BPitch, mais ce qui a fini par faire pencher la balance c’est que je ne parle pas un mot d’allemand. Mon premier envoi était Bora, et il n’y avait pas encore la voix d’Alain Damasio dessus. Je trouvais qu’il manquait quelque chose. D’ailleurs je précise qu’à l’époque ma volonté n’était pas de prouver quoi que ce soit avec ce titre, je ne m’attachais pas au sens mais à la musicalité et à la voix d’Alain, même si c’est vrai qu’avec le recul je me rends compte que ce qu’il dit correspond très bien à l’état d’esprit dans lequel je me trouvais.

LNM : À chaque performance, tu proposes toujours un live, tu refuses de faire du Djing, de bosser avec des platines. Comment expliques-tu ce choix ?

R : J’ai commencé en mixant, tout le monde commence par mixer. Mais très vite, dès Bora en fait, j’ai commencé à faire mes premiers lives et je m’y suis astreint. C’est une prise de risque c’est sûr, parce que si le public n’est pas réceptif, ça fait mal, parce que c’est une mise à nu, c’est à toi qu’il dit non parce que c’est ton travail que tu présentes. Mais bon à l’inverse, quand tu vois que le public est vraiment sensible à ce que tu fais, c’est beaucoup plus gratifiant et c’est ça que j’aime. Et puis ça me permet aussi de garder une certaines fraicheur dans mes morceaux tout en conservant la possibilité des accidents.

LNM : Comment est-ce que tu composes ?

: J’y vais au tâtonnement, je me laisse aller dans le son. J’entre dans la matière, j’essaye, j’expérimente, je dépouille.

LNM : Y-a-t-il un album en route ?

: Pour 2012 normalement, je ne veux plus trop en parler, parce que je me rends compte que j’ai énormément de mal à le terminer et à dire stop. Je repars sans cesse dans des nouvelles choses, des modifications etc. J’ai beaucoup plus laissé intervenir le hasard dans celui-là, c’est vraiment ce que j’aime et ce que je retrouve aussi dans l’esprit du live.

LNM : Y-a-t-il un artiste avec lequel tu aimerais collaborer ?

: Il y en a plein en fait, j’aimerais bien par exemple travailler avec un groupe comme Caribou, je pense que ça serait audacieux. Mais disons que j’aimerais faire quelque chose de vraiment différent pour apporter une cassure, sinon j’ai l’impression qu’on tourne en rond, je voudrais essayer d’apporter de la nouveauté en travaillant par exemple avec une vraie voix, une chanteuse jazz.

LNM : Quels sont les festivals qui te tentent vraiment ?

: En tant qu’artiste, c’est le Sonar où j’ai eu la chance de jouer en 2011, c’est vraiment ce festival en particulier qui m’avait donné envie de faire du son. Sinon en tant que spectateur ça serait plutôt le festival Astropolis, et ceux que je n’ai encore jamais fait.

LNM : Qu’écoutes-tu en ce moment ?

: Je n’écoute pas beaucoup de musique en fait en ce moment, je suis plutôt concentré sur mes projets. Mais sinon, j’adore le violoncelliste Gaspar Claus.

LNM : Que t’a apporté la musique ?

: La musique m’a apporté tellement de choses, mais ce que je retiens le plus c’est le côté humain et les rencontres, avant j’étais quelqu’un de très timide, la musique m’a complétement débloqué.

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