A AIX, POUR SORTIR ON BRICOLE

Depuis le 15 septembre 2016, certains bars aixois sont désormais obligés de fermer leurs portes à minuit et demi à cause d’un arrêté préfectoral. Les étudiants aixois attendaient le jeudi soir et le week-end comme une échappatoire à leur quotidien morose. L’organisation de la soirée était simple : « On fait quoi ce soir ? On va au brigand ensuite on enchaîne sur une boîte ou quoi ? Y’a un super groupe au Scat. Le Mistral, ça va être le bordel. Il y a une soirée de la fac de droit … » Le programme était réglé en trois phrases à la pause clope de 16h. Depuis la dernière rentrée scolaire de l’année 2016-2017, l’illusion d’une vie nocturne éclectique s’estompe chaque semaine. Les rues deviennent de plus en plus désertes avec l’arrivée du froid hivernal. Il n’y a plus vraiment la motivation de rester dehors à boire des shots de vodka coupés à l’eau pour ensuite sortir en boîte. Malgré cette sinistrose ambiante, certains ne renoncent pas à leurs soirées aixoises, et s’adaptent pour vivre leur jeunesse étudiante en espérant retrouver des soirs meilleurs.

Vendredi soir, 20h15. On jette un rapide coup d’oeil dans la rue de la Verrerie. Elle est déserte. Il fut un temps où il fallait bousculer tout le monde pour pouvoir passer, désormais, tu peux faire des roues tranquille sans que personne te regarde. A l’intérieur des bars, même les serveurs font la gueule. Ils passent plus de temps à scroller sur leur portable plutôt qu’à prendre des commandes. On se dirige alors vers le Brigand. Un des seuls bars cools qui garde de l’affluence depuis l’installation de ce couvre-feu. « La musique est vraiment bien ici. C’est un des seuls endroits dans Aix où on peut écouter du rock un soir et l’autre soir de la techno. Il ferme à deux heures du mat aussi, on reste ici jusqu’à la fin ensuite on finit en boîte », explique Valentin, étudiant en master de droit. La bière est de qualité et le Brigand profite d’un carrefour de trois rues qui fait office de grande terrasse où tous les étudiants se mélangent.

Dans la recherche de solutions alternatives, il suffit de se balader entre les rues d’Aix et de tendre son oreille. Dans certains appartements, les étudiants bricolent avec l’arrêté préfectoral pour organiser leur propre soirée de fortune dans un appartement. Et forcément ça s’entend dans les rues. On s’incruste dans l’une d’elles après un bref échange dans la rue (« T’es qui ? » « Je suis un mec de La Nuit Mag ! ») et rapidement on remarque tous les indices d’une fête étudiante. Bouteille de bière bon marché qui une fois terminée est recyclée en cendrier, un ordinateur posé sur une chaise et relié à une enceinte par une prise jack qui n’appartient pas au propriétaire de l’ordi. Pour la musique d’ailleurs, ce n’est pas compliqué, il y a les playlists chill ou hip-hop de Spotify qui tournent en boucle. Comme ça y’a pas d’embrouille avec un chieur qui veut arracher la prise jack pour mettre la dernière musique de Paradis qu’il a téléchargé sur son téléphone. Tout le monde se chauffe, discute de l’avancée des partiels et de leur futur stage en entreprise. « On fait beaucoup plus de soirées comme ça depuis la rentrée, c’est un peu galère car il faut accueillir ses potes chez soi. Ça fout un bordel sans nom à chaque fin de soirée et on a de plus en plus des problèmes avec les voisins. Les relations sont tendues, et c’est le cas de tous mes potes qui habitent sur Aix. On a pas le choix, on a vraiment besoin de faire la fête en fin de semaine. On espère juste que cette restriction va être levée pendant l’année », explique Mathieu, le locataire de l’appartement et étudiant aux beaux-arts.

Rue de la verrerie, morte un vendredi soir © Nicolas Chiale

La dizaine d’étudiants présents dans l’appart sont de plus en plus alcoolisés. Ils sont obligés de rester debout dans l’appartement de 19m2. Le temps passe et toute la troupe décide de se chauffer pour prendre un verre avant d’aller en boîte. Ils parlent d’un endroit clandestin. Un endroit où tu peux manger des bonbons en attendant qu’on te serve ton cocktail et où la décoration est inspirée de la culture mexicaine. Cet endroit c’est la Cocina Negra. On y accède par une porte dérobée dans une ruelle sombre à l’écart de la tristesse ambiante de la rue de la Verrerie. Une fois à l’intérieur, la chaleur est étouffante. Prendre un verre relève alors du besoin vital et il faut reconnaître que les cocktails sont excellents. La musique n’est malheureusement pas à la hauteur, mais est-ce vraiment nécessaire ? Les clients de ce bar sont à majorité étudiants. Pas besoin de leur demander, on les remarque à leur mine réjouie d’être dans un endroit où on peut fumer tranquille et boire des cosmos comme dans Sex and The City. Seul bémol, le bar ferme à 2h du mat.

Tu montes le Boulevard d’Athènes, histoire de décuver tranquille en dégustant un kebab à l’odeur douteuse ou une barquette de frites qui a fait un jacuzzi dans la friteuse de 23h à 6h du mat. Tu arrives à la gare, tu prends le premier bus de 6h.

Il faut alors trouver un autre endroit pour finir la soirée. Plusieurs boîtes de nuit s’offrent comme alternative quand tu sors dans Aix. On va rayer directement le Mistral. Un endroit où tu as quasiment la même queue qu’à l’entrée du Berghain pour finalement débourser 20 euros et être serré comme dans une rame de métro et entendre toute la soirée un ex-dj de Fun Radio. Sincèrement, les bons endroits pour finir sa soirée ne sont pas légions à Aix. Pour ça, il faut migrer vers Marseille. En total contradiction avec ce qui se pratiquait il y a quelques années, où les marseillais fuyaient leur ville, beaucoup d’étudiants d’Aix prennent le chemin de la mer. C’est une véritable alternative. Tu prends ton bus vers 22h. Tu arrives à la gare Saint-Charles. Tu vas te chauffer sur le Vieux Port et ensuite tu finis au Trolley jusqu’à 5h. Tu montes le Boulevard d’Athènes, histoire de décuver tranquille en dégustant un kebab à l’odeur douteuse ou une barquette de frites qui a fait un jacuzzi dans la friteuse de 23h à 6h du mat. Tu arrives à la gare, tu prends le premier bus de 6h et tu en profites pour faire la sieste pour enfin te réveiller à Aix, satisfait d’avoir fait un grand voyage pour danser en boîte de nuit.

Mais sur Aix, finalement il n’y a que deux alternatives où tu peux finir ta soirée sans te ruiner. La première, tu vas au Murano. C’est un endroit qui avait, pendant des années, la réputation d’un endroit un peu ringard mais, depuis la rentrée, s’est racheté une direction musicale de qualité. Les consommations sont abordables, le bon endroit pour danser jusqu’à épuisement et en plus c’est gratuit. Ensuite, il y a le Scat, c’est pratique car c’est quasiment en face du Murano. Si tu te fais recaler du Murano, tu peux y tenter ta chance car c’est aussi gratuit et les videurs sont un peu plus cools. Le Scat se divise en deux parties, une partie Rock et une partie Dancefloor. On ne va pas se mentir, la partie Dancefloor n’est pas top. Par contre la partie rock est sympa. Chaque semaine, il y a des groupes différents qui interprètent tous les classiques. Les groupes sont bons en général, et tu peux alors chanter faux jusqu’au petit matin complètement déchiré, t’inquiète pas, personne ne va te juger, tout le monde fait pareil. La vie nocturne d’Aix-en-Provence connait une baisse de réputation depuis quelques années bien qu’il reste péniblement quelques endroits où tu peux vraiment t’amuser. On attend quand même une reprise de la vie nocturne aixoise qui sombre lentement mais surement dans les ténèbres.

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