AIX-EN-PROVENCE: PERMISSION DE MINUIT

Toujours évoqué mais jamais confirmé depuis 2009, l’arrêté préfectoral qui oblige les bars entre en vigueur dans certains quartiers d’Aix à compter de lundi 1er février. Une situation qui n’arrange pas du tout les nombreux tenanciers d’Aix et ces derniers craignent une migration des clients sur Marseille. Décryptage d’une situation complexe et de ses nombreuses conséquences.  

La place des cardeurs est prise d’assaut quasiment chaque soir par les étudiants et touristes d’Aix. Ils y trouvent une multitude de bars et de restaurants assez cool pour ensuite finir leur soirée dans les boîtes de nuit. Mais depuis le début de l’année, le verre, qu’on prend entre potes, a un goût amer. L’angoisse de voir l’esprit de la fête être tronqué par la mairie d’Aix. L’arrêté préfectoral rentre en vigueur ce lundi et la colère gronde chez les étudiants et patrons de bar. « Nous sommes abasourdis, ça faisait longtemps que cet arrêté préfectoral était évoqué. Ça va devenir compliqué pour nous. Heureusement, ils le font en hiver, une période assez calme pour nous. Mais avec l’Euro 2016 cet été, ça va être dur pour s’organiser. Par exemple, un match de foot se finit généralement vers 23 h. Une heure plus tard je serais obligé de virer les clients. C’est injouable », déplore un serveur du Cutback, un des bars de place des Cardeurs. Pour rappel, cet arrêté obligera les bars et les restaurants a fermer leurs portes à minuit et demi au lieu de deux heures du matin. Sont concernés : la place des Cardeurs, la rue de la Verrerie, la rue Félibre Gault et le cours Sextius. Le cœur de la vie nocturne aixoise, en gros. Outre l’horaire choisi, ce sont bien les quartiers visés qui font polémiques dans la ville étudiante.

Un arrêté illégal ?

Les propriétaires s’interrogent sur le caractère légal de cet arrêté. « Il est très contestable. Nous nous sommes réunis en association (Respect’Aix) avec tous les bars impactés par cet arrêté. Pour nous, il y a rupture d’égalité devant les charges publiques. Ils mettent en avant un quartier plutôt qu’un autre. C’est complètement injuste », explique Rudy Archinard, le propriétaire du Woods.

Il y a bien une raison à cette interdiction, dans les cartons de la mairie d’Aix depuis 2009. Face aux difficultés des propriétaires immobiliers de trouver des locataires aux alentours des rues étudiantes, ils se sont organisés en syndicat pour attaquer la mairie. Cinq d’entre eux ont alors porté plainte. « Certains ne pouvaient pas dormir avant 4h du matin. C’était quasiment impossible pour vivre. En plus de l’état pitoyable de ces rues. Au quotidien, c’était très désagréable », détaille Véronique Ripert de l’UNPI (Union nationale des propriétaires immobiliers), l’organisme qui défend les riverains.

Le peuple migrateur  

Quelles seront les conséquences de cette fermeture avancée ? On peut légitimement imaginer des étudiants aixois qui se réfugient chez eux plutôt que de batailler dans des bars surchargés pour commander deux demi-pêches. « On va arrêter de sortir et commander chez easy drink pour boire dans un appartement. Le bar, c’est un lieu où tout le monde se retrouve. Á partir de février, on aura plus la foi d’aller dans les bars pour rester pas très longtemps. Résultat, le bruit ne sera plus dans les bars mais dans les appartements et c’est certainement pas à 2h du mat qu’on va se coucher. Face à l’augmentation des nuisances sonores, la mairie fera quoi ? Un couvre-feu ? Ca n’a pas de sens », peste une jeune étudiante en droit à la terrasse d’un bar. Cet arrêté pose de nombreuses questions sur les occupations des jeunes aixois. Après la froideur de l’hiver passée, de plus en plus d’étudiants feront l’apéro dans la rue ou iront tous simplement s’amuser à Marseille. « Nous avons déjà des aixois qui viennent ici et bien entendu on sera content d’en accueillir plus », se réjouit un des serveurs du bar le Shamrock situé sur le Vieux Port. En ce qui concerne la lutte contre la fermeture, les bars ont décidé d’attaquer l’arrêté pour avoir une dérogation. Ils proposent une fermeture à 1h du matin du dimanche au mercredi et une fermeture à 2h du matin du jeudi au samedi. Verra-t-on bientôt des aixois accompagner une vie nocturne marseillaise résolument différente ? Si l’idée doit sûrement glacer le sang de beaucoup, et des deux côtés de la frontière, elle est loin de déplaire aux établissements du Vieux Port.

Nicolas Chiale 

ERRATUM: La mairie d’Aix-en-Provence a annoncé ce vendredi 29 janvier que cette mesure serait repoussée au 15 avril. Cet article initialement prévu pour une parution jeudi 28 n’est donc pas à jour. Les problématiques qu’il aborde, à moins d’un changement d’ici là, le sont. La Nuit Magazine présente ses excuses à ceux qui auraient pu être induits en erreur. 

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