AIX-EN-PROVENCE : ON JOUE À LA PATATE CHAUDE

Mais où est donc passé l’arrêté préfectoral censé fermer les bars d’Aix-en-Provence à 00h30 ? Alors que la mesure devait prendre effet le 15 avril dernier, il n’en est rien. Enquête.

Saluée par les uns, décriée par les autres, la mesure qui devait obliger certains bars du centre-ville d’Aix-en-Provence à fermer à 00h30 plutôt qu’à 2h, n’a étrangement pas abouti. Pour rappel, la préfecture de police avait annoncé le 11 janvier dernier la mise en place dès le 1er février d’un arrêté modifiant cette heure de fermeture.  « Alors que les multiples interventions et verbalisations des forces de l’ordre, de même que les tentatives de médiation et de régulation conduites en parallèle, n’ont pas permis de normaliser la situation dans ce périmètre, la réduction de l’amplitude horaire des établissements a pour objectif de lutter contre l’ivresse publique manifeste et les troubles connexes à l’ordre et à la tranquillité publique », argumentait le préfet de police à ce moment là dans un communiqué. Cette décision, qui concernait les établissements situés au cours Sextius, aux places des Cardeurs, Ramus et des Augustins, et rues Félibre-Gault, de la Verrerie, Espariat, Frédéric-Mistral et d’Italie, avait finalement été repoussé au 15 avril suivant, dans un soucis « d’équité et de justice » et en attente d’une « concertation » expliquait alors Maryse Joissains, la maire de la ville. « On ne peut pas pénaliser des établissements qui ne posent pas de problème et laisser en dehors des périmètres, des commerces qui sont sources de nombreuses nuisances », avait-elle déclaré à l’époque. Pourtant, et près d’un mois après l’échéance, rien n’a bougé. La cause ? Un manque de communication certain entre les différents partis.

«  Il y a des relations assez bizarres entre la mairie et le préfet »

Dans cette affaire digne d’un feuilleton de série B, plusieurs camps s’affrontent. D’un côté, la préfecture de police, prête à la mise en place d’un arrêté délimité par zones géographiques, de l’autre la mairie qui souhaite pénaliser l’ensemble des bars du centre-ville d’Aix. Mais pour étendre ce périmètre, le préfet à besoin de preuves juridiques de nuisance dans chaque quartier, chose qu’il ne possède pas à l’heure actuelle. Le problème étant que seule Maryse Joissains peut décider de mettre en place la mesure. Il faut donc que les deux partis trouvent un terrain d’entente, et c’est pour cela que pour le moment la situation est au point mort. « Si on doit reprendre un arrêté, on reprendra le même que celui du 11 janvier » nous a indiqué une source de la préfecture de police. Mais ce n’est pas tout ! D’autres groupes se sont invités dans le débat : les CIQ et l’association Pour Aix. Si pour les premiers, le vrai problème vient de l’aménagement de l’espace, notamment en ce qui concerne les terrasses, les deuxièmes estiment que « sectoriser la ville n’est pas la solution, surtout d’un point de vue de la concurrence » et proposent « une fermeture à 00h30 la semaine, et une fermeture à 2h le jeudi, le week-end et lors des vacances scolaires », histoire de penser à tout le monde. Selon Florian Zwojsczyki, le porte-parole de l’association, cette proposition semblait séduire la mairie dans un premier temps mais laissée aux oubliettes par manque de communication. « Pour l’instant, vu qu’il ne se passe rien c’est une victoire, mais on est toujours menacé. On est une ville moyenne, on peut tout à fait mettre en place une discussion entre les différents partis. Là c’est un peu le concours de celui qui crie le plus fort. Et nous on arrive à le faire numériquement » explique-t-il. Ce dernier pointe également la complexité de l’affaire. « Il y a des relations assez bizarres entre la mairie et le préfet, on ne comprend pas grand chose ». Pour Philippe Mas, le président du CIQ de Saint-Sauveur, c’est le même constat. « Ça traîne, et on ne sait pas pourquoi » constate-t-il, méfiant. Favorable à la mise en place de l’arrêté, il n’est pas pour autant d’accord pour la sectorisation. « Ça ne tient pas debout, on peut pas déclarer d’un côté les gentils, de l’autre les méchants. C’est plus facile de dire tout le monde au dodo à 1h ». Depuis quelques années, cet habitant du forum des Cardeurs – forum pour lequel 100 000 euros d’amendes (pour non respect des terrasses) sont toujours attendus – a vu la ville décliner en se transformant. « Quand je suis arrivé ici en 2002, il y avait pas de problème. Depuis deux ans, c’est le branle-bas de combat. J’ai été étudiant, j’ai fait la bringue comme tout le monde, j’ai conscience qu’être en terrasse c’est sympa, surtout ici mais merde on vit ensemble ! Mettre un DJ en plein air à 3h du matin, c’est n’importe quoi. En soi, ça ne me dérange pas que les bars ferment tard, mais il faut juste trouver une solution pour le bruit dans la rue » précise-t-il. Une des solutions évoquées est la mise en place d’une charte de la vie nocturne à l’image de celle de Toulouse. Quoi qu’il en soit, avec les beaux jours qui approchent, et ses habituels touristes, difficiles de croire qu’un compromis va être trouvé d’ici-là …

Sarah Barbier

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