ALCOOL APRÈS 22H : L’ÉTAT DES LIEUX DE L’ARRÊTÉ

Souvenez-vous l’été dernier la rédac’ publiait un article concernant l’arrêté visant à interdire la vente d’alcool dans les alimentations de nuit après 20h, passé maintenant à 22h. Plus d’un an après le début de la prohibition nous avons voulu connaître l’avancé de la réglementation, si ses règles étaient correctement respectées ou bien si cette annonce était aussi éphémère que le nettoyage des rues à Marseille. Promenade dans les quartiers de la Plaine et du Cours Julien : le royaume des alims de nuit.

Petite virée nocturne dans le quartier. Il est 22h passé quand je décide de m’approvisionner en bières et en vin histoire de bien accompagner les trois cartons de pizzas préalablement commandés avec ma pote Estelle. Nous pénétrons dans l’une des nombreuses épiceries présentes dans le coin et ressortons comme si de rien n’était avec notre butin. On est contente de pouvoir trinquer mais bizarrement pas du tout surprise de ressortir les bras chargés.

Deux jours avant

“L’arrêté c’est plus d’actualité”. Voici ce que me répond l’un des commerçants de la place Jean Jaurès quand je lui demande si son épicerie fournit toujours de l’alcool après l’heure fatidique. Sujet sensible, j’ai l’impression d’être perçue comme une flic en civil quand il me braille dessus “Mais vous êtes qui vous au juste ?”. Du calme, c’est pas avec mon carnet de notes « Brouillon de Légumes » que je vais te sauter dessus. Bref, je décide de me diriger vers la sortie pour éviter d’agacer encore plus Monsieur Suspicieux. Je continue ma quête dans les alims de nuit.

Un autre épicier, qui restera également anonyme, me répond sans hésitation qu’il continue à vendre des bouteilles après 22h. “Ma foi on est obligé, sinon on retourne vendre de la drogue dans les cités pour vivre”. Ah ouais, parce que c’est comparable? Même en ayant pris quelques amendes, le gérant de l’établissement ne semble pas être encore prêt d’arrêter de vendre de la tise. “J’ai pris deux trois amendes entre 800 et 900€ ainsi qu’une fermeture de deux mois.” 900€ c’est le chiffre d’affaires qu’il réunit en une seule soirée. Dans tous les cas ce n’est pas une amende qui risquerait de dissuader Monsieur Intrépide. “Je ne m’arrêterai pas, même si ça me fait chier. Il faudrait une patrouille en face de mon magasin pour que je ne vende plus d’alcool, et encore je me battrai” ironise t-il. Ouais il est vraiment déterminé.

Au niveau des contrôles ça se passe comment ?

Monsieur Intrépide affirme se faire encore contrôler deux à trois fois par mois. Alors niveau discrétion, l’homme baisse son rideau noir devant les bouteilles et demande à ses clients de rapidement les dissimuler. Quant à Monsieur Suspicieux, selon lui, plus aucun contrôle dans les épiceries de nuit.

À côté de ces commerçants déterminés à vendre de l’alcool après 22h, je pars à la rencontre d’Elie un épicier très sympathique de la rue des 3 Mages. Sympathique car c’est quand même le seul gars qui me propose une assiette de poulet frites à 16h à partager avec sa famille.

Pour lui cet arrêté est une bonne chose “sinon c’est le bordel dans les rues” nous dit-il. Quand l’interdiction est tombée l’épicier fermait boutique à 20h “Je ne voulais pas me disputer avec les gens. Ils n’auraient pas compris que je ne leur vende pas de bouteilles.”.  Aujourd’hui Elie ferme boutique à 23h et ne vend plus d’alcool après 22h. Aucune amende au compteur, seul un avertissement pour ne pas avoir installé un rideau devant ses bouteilles. Depuis il ne s’est plus fait contrôler nous affirme t-il.

Bilan avec le préfet

Quand les uns disent blanc, d’autres disent noir, je me suis donc tournée vers la préfecture de police pour connaître la version officielle de toute cette histoire. Le préfet de police des Bouches-du-Rhône, Laurent Nunez fait le point sur ces contrôles de police “ Leur bilan fait apparaître que la règlementation sur l’interdiction de vente d’alcool et le principe de la dissimulation des alcools passé 20 heures ne sont pas toujours respectés. Aussi ces contrôles vont-ils se poursuivre.” Ok mais niveau chiffres ça donne quoi ?

19 contrôles ont été menés sur le secteur cours Julien/ La Plaine entre juillet 2015 et fin mai 2016, durant lesquels 31 commerces d’alimentations, 35 bars et 11 restaurants se sont fait contrôlés. “Suite à ces contrôles, 41 procédures ont été transmises à l’officier du ministère public ou au Parquet. 20 fermetures (entre 8 et jours et 2 mois) ont été notifiées, de même que 12 avertissements” nous explique le préfet.

L’été dernier avec l’Euro les contrôles se sont poursuivis dans le secteur. 18 procédures se sont ajoutées aux précédentes donnant lieu à 6 fermetures et 3 avertissements supplémentaires.

Une arme puissante pour les autorités

De nombreuses peines appliquées, des contrôles de police qui se poursuivent mais un arrêté qui est aujourd’hui peu considéré par les alimentations de nuit. Pourtant au printemps dernier se procurer une bière relevait de l’impossible. Les contrôles s’enchainaient dans le quartier, les voitures de polices bloquaient les rues, bref tu pouvais toujours courir pour t’abreuver.

Aujourd’hui il semble que tout le monde ait un peu relâché la pression et que cet arrêté se soit fait oublier. Mais jusqu’à quand ?

En prenant connaissance du nombre d’interventions et de procédures appliquées sur les mois derniers, il apparaît clairement que la situation est loin d’être anodine.

Cet arrêté est devenu une arme puissante pour les autorités, il faut bien souligner que pour un commerce, se relever de deux mois de fermeture administrative peut être très compliqué. Nous ne savons pas de quoi demain sera fait, mais si les contrôles venaient de nouveau à s’intensifier, les alims pourraient bien mourir à petit feu. Avec l’annonce du projet de rénovation de la Plaine les politiques ne seraient-ils pas en train de nous faire un remake de C’est du propre version Marseille histoire de définitivement enterrer l’âme du quartier ?

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