AMOUR, LIBERTÉ ET ÉGALITÉ AU CARGO

La queue est longue et épaisse devant le Cargo, sauna et spa gay de Noailles. Beaucoup – mecs comme meufs – sont curieux de la soirée qui s’y organise, et de la promesse de techno et de liberté dans un cadre sans pareil. C’est déjà blindé, et ceux qui n’ont pas de prévente ne pourront malheureusement pas entrer. Une fille argumente avec un vigile : elle attendra que quelqu’un de l’orga sorte, et elle prendra sa place. On lui dit que ça ne sert à rien, qu’elle rentrera pas, mais elle s’en fout : des soirées comme ça, aussi libres et ouvertes, il y en a pas tous les jours. Elle attendra.

C’est effectivement la promesse du collectif marseillais Métaphore, qui multiplie décidément les initiatives couillues et même un peu folles : faire, pour la deuxième fois, du Cargo un endroit hétéro friendly, ou la nudité n’est pas obligatoire mais presque recommandée, elle ne sera pas regardée de travers non plus. Où tu peux être un mec qui aime les mecs ou les meufs, une meuf qui aime les meufs, où tout ça à la fois. Où la techno est bonne, où la folie est recommandée.

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la promesse est tenue dès l’arrivée dans la salle principale, et ses deux piscines. J’y retrouve Mariam, notre photographe, et son expression est éloquente : une tête qu’on pourrait croire abasourdie si elle n’était pas conjuguée à un sourire d’une oreille à l’autre.
Se peint devant nous une sorte de renaissance accidentelle : partout où je pose les yeux on verra un mouvement improbable, des seins, des bites, des couples, des sourires surtout. J’y croise des amis, des connaissances qui me font la bise parfois tout naturellement topless. Il faut marcher sur une planche d’un demi-mètre de large posée sur la piscine à chaque fois qu’on veut accéder au bar et être au plus près du son. Je bénis à chaque fois Claude Louis Bertholet d’avoir inventé l’eau de Javel si je venais à chuter dans la piscine. Le bar est étonnamment accessible au vu du bordel.

© Mariam Saint Denis
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© Mariam Saint Denis

Des sourires qui seront collés à la majorité des visages, malgré la galère pour se faufiler dans des couloirs évidemment pas faits pour accueillir autant de monde, malgré l’absence de casiers très tôt dans la soirée, malgré le manque d’espace vital pour chacun. Des éléments qui te font d’habitude vite maronner, ce soir tu sais que tu t’en bats les couilles.

C’est d’ailleurs ce qui me frappe rapidement lorsque je me faufile au niveau supérieur ; et que juste avant mon arrivée en bas de l’escalier, je suis arrosé par une meuf à poil qui trouvait ça marrant d’allumer une douche sur mon passage. Je m’en bats les couilles, et c’est bien plus tard, en constatant mon carnet de notes mouillé, que je me dis qu’en d’autres temps, cette action aurait pu m’énerver.

Bref, j’arrive à l’étage, qui est le coin qui se rapproche le plus du chill. Il fait noir, mais je sens le bonheur d’un courant d’air sur moi. Je suis la source de cet air frais, en cherchant à ne pas trop à voir ce qu’il se passe dans les cabines obscures autour de moi, et j’arrive jusqu’à un recoin ou trois mecs fument pépère à l’unique fenêtre qui donne rue de l’arc. Je me cale, il s’agit de trois habitués. Je tiens à les remercier de m’avoir glissé le terme : « Hétéro-Friendly ». Ils viennent depuis longtemps, depuis l’ouverture du club pour l’un d’entre eux. Ils sont heureux de voir que l’ouverture d’esprit, c’est en marche, et cette soirée en est la preuve vivante. Ils ne se sentent pas du tout envahis par la présence d’hétéros dans un lieu qui leur appartient un peu plus.

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© Mariam Saint Denis
Amour au Cargo - © Mariam St-Denis
Amour au Cargo – © Mariam St-Denis

C’est d’ailleurs ça qui est intéressant : c’est la première fois que je vois les deux sexes être autant logés à la même enseigne. Il n’y a pas de toilettes femmes, tout le monde fait la queue au même endroit. Les filles sont autant dénudées que les mecs, elles ne sont pas plus fixées du regard que les mecs, ne sont pas plus abordées que les mecs. En fait, il fallait juste que des gays viennent nous expliquer l’égalité des sexes ?

Il y a un mot qui me vient à l’esprit quand je me casse, quatre heures après mon arrivée : c’est la liberté. Il régnait vraiment un parfum de liberté, une soirée durant au Cargo, un parfum associé à une techno brut de décoffrage. Et c’est peut-être là l’idée de base de la techno, d’être libre, ensemble, sans jugement. Vu sous cet angle là, le mariage entre Métaphore et le Cargo ne semble plus insolite, mais même peut-être presqu’évident. Il s’agit d’un moment à chérir dans une ville pas vraiment gay-friendly ni riche en soirées d’une aussi grande qualité. La fille de l’entrée l’a bien compris, elle a attendu. Je l’ai d’ailleurs croisée à l’intérieur quelques heures plus tard.

LES PHOTOS DE LA SOIRÉE SONT SIGNÉES MARIAM ST-DENIS

Une Réponse à “AMOUR, LIBERTÉ ET ÉGALITÉ AU CARGO”

  1. Baila Morena

    Salut La Nuit, désolé mais je suis obligé de réagir à cet article. Content d’un côté que vous ayez couvert cette soirée et que vous contribuiez d’une certaine manière à répandre la liberté et l’ouverture d’esprits à Marseille, mais de l’autre je ne peux m’empêcher d’avoir l’impression de lire un récit d’un puceau sur Doctissimo, qui finira par exciter tout autant d’autres puceaux ou fragiles d’esprit. Je m’explique. Le Cargo c’est dégaine, mais à vous lire on dirait que c’est juste des mecs et des meufs à poil qui viennent, que c’est une espèce de soirée gay où en fait les hétéros sont bienvenus. Et en fait, avec une simplicité déconcertante vous « vulgarisez » un concept de soirée underground, comme on en trouve souvent à Berlin ou à Londres, comme Marseille en a tant besoin, pour au final contribuer à en faire un truc « mainstream ». La première fois, c’était seulement les vrais, les plus aventureux, les plus curieux. La deuxième fois, y’avais de nouvelles têtes, ca peut être rafraichissant, mais quand ce sont des mecs en chiens qui viennent parce qu’ils ont entendu qu’il y avait des meufs à poil, ca l’est moins. Quand c’est des jeunes ados de Provence qui viennent pour « s’encanailler », ca l’est moins aussi. Au final, j’ai bien peur qu’a force, comme presque tout à Marseille au final, ce genre de soirée deviennent comme le One Again fût un temps, comme le R2, comme bien d’autres soirées à Marseille : un truc mainstream, m’as tu-vu, où les gens croient qu’ils vont à un after show Balmain pendant la Fashion Week, bref un truc sans âme. À Métaphore bien-sûr de garder cet esprit en continuant à proposer une progra pointue et être peut-être un peu plus « sélectif » à l’éntrée. Mais à vous de ne pas résumer ce genre de soirée à des bites et seins à l’air. Bisous bisous.

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