INTERVIEW: ANNE-CLAIRE LEVY, ARTISTE PLASTICIENNE

Du 5 mai au 3 octobre 2014 le «Sofitel» (Vieux-Port) accueille l’exposition «ITINÉRANCE » d’Anne-Claire Levy ; retour sur notre rencontre avec cette artiste plasticienne membre du collectif  « ATELIER LE B.E.L », dans son espace-atelier en plein cœur du quartier Longchamp.

L.N.M : Après avoir occupé « Les Grands Salons Du Sofitel Paris Faubourg », ton exposition arrive à Marseille, peux-tu nous expliquer ton concept d’« Exposition Itinérante » ?

Anne-Claire Levy : « Itinérance » est une exposition que je voudrais faire voyager d’hôtels en hôtels. L’aventure a commencée au Sofitel Paris Le Faubourg où, l’été dernier, j’ai pu exposer 3 mois dans des conditions vraiment parfaites. C’est là que l’idée a germé. Pourquoi ne pas poursuivre le périple ? Lorsque j’ai demandé s’il était possible de poursuivre l’exposition au Sofitel Marseille Le Vieux Port, j’ai été accueillie très chaleureusement. Il y aura donc une suite. Peut-être pourrai-je ainsi faire le tour du monde… Bien évidemment, à l’image du voyageur, l’exposition se nourrit d’un vécu, d’expériences qui la font évoluer, qui la transforment. Je perfectionne la scénographie. Au fur et à mesure que certaines œuvres partent vers de nouvelles destinations en trouvant un nouveau propriétaire (lorsqu’elles sont vendues…), j’en crée d’autres…

Les hôtels offrent désormais une place de choix aux artistes en leur donnant une nouvelle visibilité :  les œuvres d’art sortent des galeries et touchent enfin un autre public. Et ça, me semble-t-il, c’est une nouveauté.

L.N.M : Quels sont les thèmes abordés à travers ton exposition « ITINÉRANCE » ?

A.C.L :Votre question m’amène à aborder une autre lecture de ce titre « Itinérance ».

Car le contenu de l’exposition parle d’un voyage plus intime, celui de l’ humanité, le voyage de la vie où nous cherchons un équilibre qui s’avère souvent instable entre deux pôles : pulsion de mort, désespoir, destruction  et pulsion de vie, naissance, résilience, espoir… La sculpture qui a donné le titre à l’exposition, à travers la multitude de chaussures, petites et grandes, ayant appartenues à des hommes, des femmes, des enfants, pour finalement être chaussées par cet être jeune, qui marche dans le vide, vers l’inconnu, en équilibre instable mais dont le regard est droit et volontaire, cette sculpture donne le sens de l’exposition, celui de notre condition humaine.

Cette dualité qui fait notre quotidien fonctionne comme une complémentarité moteur, car c’est ce trajet entre deux pôles qui nous fait cheminer, avancer toujours…

L.N.M : Au regard de ton œuvre (que nous adorons ! ndlr), on sent l’empreinte de grands maitres tels que Giacometti ou Modigliani, peux-tu nous en dire plus sur tes sources d’inspiration et ton processus de création ?

A.C.L :Je suis très flattée que vous fassiez allusions à ces grands artistes qu’effectivement, j’adore.

Lorsque j’étais enfant, mon modèle était Léonard de Vinci. J’aimais sa façon d’aborder la création comme une invention permanente. Je voulais être « inventeur ». Mes références furent d’abord des hommes et j’ai été heureuse par la suite de découvrir des artistes telles que Germaine Richier ou Annette Messager. Mais bien sur, Giacometti et Modigliani sont passés par là ! Je ne peux pas le nier.

Je n’ai pas fait les « Beaux Arts », j’ai fait une école de métiers d’art (Olivier de Serre – Paris). J’ai donc travaillé un peu en dehors des conventions. J’ai appris, je me suis nourris, un peu au hasard des rencontres et des expositions, goûtant à tout sans à priori, de l’art roman au quattrocento italien que j’adore, du  symbolisme de Gustave Moreau à la sensualité de Klimt, de l’époque dite « moderne » qui a permis de casser les codes et les carcans, en passant par le surréalisme et à l’art contemporain. Mes derniers coups de cœur sont Berlinde de Bruyckere et Andy Goldworthy. Mais si je devais citer tous les artistes qui m’ont marqué, cela risquerait d’être trop long.

En ce qui concerne ma façon de créer, je fonctionne à l’intuition car je ne suis pas une cérébrale. Je ne me préoccupe pas de savoir si je suis « dans le coup ». Je cherche simplement à raconter, à exprimer ce que je ne sais pas dire avec les mots,  en cherchent à travers les formes, les matières et les couleurs, un vocabulaire (une grammaire ?) qui m’est propre. Lorsqu’il entre en résonnance avec d’autres personnes, alors je me dit que cela valait la peine et j’en suis heureuse.

L.N.M : Peux-tu nous en dire plus sur l’« ATELIER LE B.E.L »  et son histoire ?

A.C.L : A vrai dire, cela ne fait que deux ans que je fais partie de l’équipe. Gwen Moreau et Cyril Moulinié qui sont les créateurs de l’atelier Le Bel pourraient vous en dire bien davantage. Ce que j’en sais, c’est qu’ils ont déjà une longue histoire derrière eux avec un nombre incalculable d’artistes qui sont passés par là. Nous avons fêté les 15 ans de l’atelier l’année dernière.

C’est un collectif d’artistes qui héberge en ce moment 9 artistes très différents les uns des autres. Il y a une mosaïste, un peintre, un sculpteur sur métal, un décorateur,  une styliste…

C’est aussi un lieu qui vit grâce aux expositions et autres évènements que l’atelier organise régulièrement avec des artistes et intervenants extérieurs, comme l’exposition du photographe Mathieu Parent qui a eu lieu au mois de mai.

Pour conclure sur un aspect plus personnel, je dois dire que c’est très agréable de travailler à l’atelier Le Bel. Il y règne un esprit de groupe et d’entre-aide que j’apprécie vraiment. C’est un lieu à part où j’ai trouvé ma place…

L.N.M : Quelle suite pour « ITINÉRANCE » ?

A.C.L : J’expose durant six mois ce qui me laisse un peu de temps pour réfléchir à la suite. Je vais aller démarcher auprès d’autres hôtels et lorsque j’aurai du nouveau, je vous tiendrai informé !

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