LES BARS D’AIX SOUS PRESSION

L’hiver arrive, mais les étudiants d’Aix-en-provence ont toujours aussi soif. Problème : pour les bars de la ville étudiante, la situation devient de plus en plus délicate, deux mois après l’adoption de l’arrêté préfectoral qui oblige ceux du quartier le plus fêtard à fermer leurs portes à minuit trente. Il y a ceux qui s’organisent pour contrer cet arrêté et d’autres qui font le dos rond en attendant la fin de cette interdiction prévue pour le 15 mars. En attendant, c’est la galère pour tout le monde.

«Imaginez, on demande aux restaurants de fermer à 13h. Ils auront forcément une forte baisse de bénéfice. C’est la même chose pour nous. »

Ce refrain, on l’entend à l’unisson autour de la place des Cardeurs et rue de la Verrerie, le secteur touché par cette restriction. Depuis le 15 septembre, la fréquentation des bars est en baisse. « On a une baisse de 15 à 20% de notre chiffre d’affaire », explique Mickaël, un des gérants du Cutback, situé place des Cardeurs. Devenue l’un des endroits phare des sorties nocturnes, régulièrement remplie d’étudiants à partir du jeudi soir, cette place est souvent pointée du doigt par les habitants du quartier, pour nuisances sonores. «  La situation ne s’est pas améliorée. Loin de là. Nous avons essayé d’être réglos avec les habitants. On comprend que les étudiants peuvent faire énormément de bruit donc vers 1h30, on vidait la terrasse des étudiants et on allait fermer. Ensuite, nous avons fait des travaux pour insonoriser notre bar. Finalement en septembre dernier, on se retrouve à devoir fermer à minuit et demi. Même avec cette interdiction, les voisins de la place des cardeurs gueulent toujours. Le problème du bruit s’est déplacé de 200 mètres. Les jeunes achètent de l’alcool en épicerie et passent la soirée sur la place. Il faut que cette interdiction soit cohérente avec les épiceries de nuit. Sinon ça ne sert strictement à rien et nous on se retrouve dans une situation financière compliquée », déplore Rudy Archi, le gérant du bar le Woods. Les habitudes des étudiants sont complètement bouleversées. On ne réfléchit plus dans quel endroit où sortir, et avec qui. L’alternative de rester chez soi et organiser un apéro pour ensuite aller en boîte est de plus en plus pratiquée par les étudiants, surtout avec le froid qui arrive.

Le bar O’Neal s’est attaqué à l’arrêté en déposant un recours pour excès de pouvoir. En vain, le bar est d’ailleurs régulièrement fermé depuis cet épisode.

Un test de 6 mois

Du 15 septembre 2016 au 15 mars 2017, les bars devront se serrer la ceinture, user de tout les subterfuges pour espérer que tout se passe bien et que l’arrêté préfectoral ne soit pas reconduit. Une première tentative de restriction avait été envisagée à plusieurs reprises mais beaucoup d’étudiants et de bars avaient fait entendre leur voix. « En septembre, il y a de nouveaux étudiants qui arrivent sur Aix. Ils n’ont pas leurs habitudes, ils ne sont pas encore ancrés dans la vie nocturne aixoise. C’est donc plus simple d’imposer un horaire de fermeture beaucoup plus tôt. Le seul problème est que les étudiants désertent les endroits festifs », se lamente un serveur d’un bar pénalisé par l’arrêté. Seule échappatoire à cette situation est la date fatidique du 15 mars. Beaucoup de bars attendent et espèrent qu’ils ne vont pas rempiler pour 6 mois de couvre-feu. Certains gérants de bars se sont organisés pour contrer cet arrêté. « Ça n’a pas du tout marché, on a créé une association mais il fallait vraiment que tout le monde, tous les bars touchés se réunissent pour avoir du poids auprès de la maire et surtout auprès du préfet ». Récemment le bar O’Neal s’est attaqué à l’arrêté en déposant un recours pour excès de pouvoir ; en vain, le bar situé dans la rue d’Italie est d’ailleurs régulièrement fermé depuis cet épisode. Pour qu’il n’y ait pas de prolongation de cette interdiction, il faut une vraie amélioration sur le problème des nuisances sonores et démontrer à l’issue de cette période de test que la fermeture à minuit et demi ait un impact sur la recette. « Pour l’instant, ils pensent juste que c’est le froid qui est la cause de cette baisse de fréquentation. Mais en deux mois, quasiment tous les bars ont perdu 15 à 20% de leur recette et ce n’est pas dû au froid », explique un des serveurs du Cutback.

La ville souffre d’un désamour des étudiants qui dure depuis quelques années

Les solutions alternatives

L’attractivité de la ville est touchée. Le monopole de la fête mondaine est remis en cause par les établissements de la Joliette et le centre ville de Marseille. Les étudiants décident de plus en plus de partir sur Marseille pour faire la fête. Aix-en-Provence a perdu plus de 7000 étudiants par rapport à la rentrée de l’année dernière. Il n’y a peut être aucune conséquence venant de la fermeture des bars mais la ville souffre d’un désamour des étudiants qui dure depuis quelques années. Les loyers sont en constante augmentation et l’offre culturelle peine à se démarquer des autres villes. Face à cette situation, certains bars essayent de s’organiser pour ne pas se faire happer par Marseille. « Désormais je propose autre chose aux étudiants. Les étudiants venaient dans mon bar pour boire un verre et faire la fête avant de finir en boîte. J’organise des soirées chaque soir de la semaine, des soirées jazz, des soirées hip-hop, des soirées electro. Dans deux semaines, j’invite les mecs d’un salon de tatouage pour faire une soirée dans mon bar. On essaye de se débrouiller, ». Rudy Archi du Woods installe les platines pour les DJ de la soirée, à la débrouille, donc.

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