LE CARNAVAL DE LA PLAINE: L’INDÉPENDANCE MAIS À QUEL PRIX?

Chaque année depuis 17 ans, les habitants des quartiers de la Plaine et de Noailles célèbrent la fin de l’hiver en fêtant le Carnaval. Déambulent alors dans les rues, masques, ribambelles de couleurs, et le fameux Caramantran, brûlé lors de son procès sur place publique. Le Caramantran, qui a déjà causé bien des soucis aux carnavaliers en 2014, remet le couvert cette année dimanche 13 mars, et en plein débat sur la restructuration de la Plaine par la Ville, le carnaval cristallise l’effervescence du quartier.

Le carnaval de la Plaine est, comme tout carnaval qui se respecte, une fête traditionnelle, avec la volonté de la remettre au goût du jour. La fin de l’hiver approche et il faut donc user de ses connaissances et de son savoir-faire pour confectionner le plus bel apparat. D’après le célèbre adage : “Tout est de Carnaval”, la vie doit comporter des jours de repos, des jours de réjouissances. Et ça le carnaval Indépendant de la Plaine l’a bien compris en faisant une grande bataille de farine avec près de 2 000 combattants farouches, de monstres en tout genre et d’enfants, sourire aux lèvres. La véritable initiative d’être indépendant, de s’organiser de façon libre, sans institution socioculturelle ni aide de la Ville est une vraie bonne idée, parce qu’il y a aussi des fausses bonnes idées. Une excellente initiative dans le sens où cela empêche une prise de contrôle de cet évènement et que la voix des carnavaliers ne soit muselée. Personne n’est sans savoir que cet évènement est très engagé. Il tourne souvent en dérision la volonté persistante de faire de Marseille une ville aséptisée, vierge de toutes animations, de toutes relations entre les marseillais et leur ville : ingouvernables et gaiement indisciplinés. On s’en inquiète aussi à la Nuit Magazine, et dans le soucis du détail nous vous invitons à lire, ou à relire, le Manifeste de La Plaine et à y répondre si le coeur vous en dit, pour soumettre vos idées aux décideurs.

© Édouard Hartigan
© Édouard Hartigan

L’année dernière à la même époque se déroulait la 16ème édition du carnaval avec encore dans la bouche le goût amer des incidents de 2014. Pourtant cela n’a pas empêché la venue de près de 3 000 personnes. Mais ne serait-ce pas là que l’engouement pour l’édition de 2015 a trouvé naissance ? Une popularité dues aux accrocs ? Xavier ex-directeur de feu l’association Le Mille Pattes, et bénévole du carnaval, réagit au micro d’Ami KA de Cave Carli Radio* : “C’était il y a trois ans où il y a eu un accrochage qui s’est fini devant le commissariat avec des barricades de poubelles à minuit. L’année dernière, pas de policiers en tenues, en civil sans doute, et énormément de monde était là, comme si les gens avaient profondément envie de garder la liberté de faire ce carnaval qui ne semble pas très bien vu par les politiques ou la préfecture, je ne sais pas. Les pompiers avaient reçu à l’époque l’ordre d’éteindre le feu du Caramantran ce qui génait fortement le déroulement du carnaval. D’autant plus qu’ils étaient accompagnés d’une surveillance musclée, intervenue dans les cris et les larmes. Des heurts causés, en partie, par le manque de communication entre les institutions et les organisateurs. Mais est-ce pour autant condamnable ? La place était remplie de minots, et le feu plein de bouteilles. Indépendant oui, mais assurer la sécurité en créant un encadrement pour gérer le feu et son expansion pourrait éviter des rixes entre la police et les carnavaliers, car, il semble évident, que personne ne veut en arriver là. Par ailleurs La Nuit Magazine a contacté la préfecture de police à ce sujet, mais elle n’a souhaité faire aucun commentaire.

Cette année est une année charnière. Le sort de la Plaine est en partie entre les mains du carnaval. Selon son déroulement, on peut imaginer que la Ville aura un avis décisif ou reverra certains points de la question de la restructuration de la Plaine. Le Carnaval de la Plaine fait partie intégrante de la diversité du quartier, que ce soit en matière de partage ou de culture. Il est le reflet des rues et de l’extravagance des âmes qui y vivent, qui risquent de ne plus exister au gré des décisions de nos gouvernants.

Mathias Calleja

*Émission que vous retrouverez dès ce soir dans son intégralité sur le mixcloud d’Ami KA

Toutes les photos © Édouard Hartigan

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