CHLOÉ : « PARFOIS J’AURAIS PRÉFÉRÉ QUE LA MUSIQUE ÉLECTRONIQUE RESTE SECRÈTE »

L’année dernière, Chloé nous expliquait qu’il se passait quelque chose dans la musique électronique. On l’a retrouvé au vingt ans de Marsatac afin de disserter un peu plus sur le sujet, mais aussi pour parler de son dernier album et des collectifs marseillais.

La Nuit Magazine : Quelle est ton actualité ? 

Chloé : J’ai sorti Endless Revisions, mon dernier album en octobre dernier sur mon label Lumière Noire, label que j’ai créé il y a un an. Dessus, j’ai signé plusieurs artistes dont Il Est Vilaine, Iñigo Vontier et Sutja Gutierrez, et bientôt Morgan Blanc. Par ailleurs, j’ai un projet de duo avec Vassilena Serafimova, une musicienne percussionniste bulgare. On compose des morceaux et on tourne ensemble. L’année prochaine, on espère sortir un album commun qui mélangerait musique acoustique et électronique. Sinon, à part ça je suis toujours DJs. Je joue mon dernier live, Endless Revisions, dans les clubs et les festivals du monde entier, notamment à Marsatac. 

Pourquoi avoir créé ton propre label ?

Comme je suis DJ, je reçois beaucoup de morceaux d’artistes, connus ou pas. Parfois, il se trouve qu’ils n’ont pas de label, et j’avais tendance à les renvoyer vers d’autres labels sans forcément me reconnaître entièrement dedans. Je me suis donc dit qu’en créant mon propre label je pourrais me reconnaître dedans et y développer mon identité. Ça me permet de me faire plaisir. Je marche beaucoup au coup de cœur.

Ça fait longtemps que tu es dans le milieu : que penses-tu de l’évolution de la musique électronique ? 

Quand j’ai commencé, la musique électronique était pas très connue. Je comprenais pas pourquoi puisque pour moi c’était un truc de dingue. Mais à l’époque, elle était plutôt mal vue, surtout par les médias et les institutions. Ils avaient tendance à l’enfoncer. Aujourd’hui, c’est marrant parce que c’est le contraire. Il y a vraiment eu une évolution dans le bon sens, et en même temps, comme avec toutes les belles choses, c’est devenu un véritable phénomène. Et le problème, c’est que cela peut parfois être récupéré voire carrément devenir vulgaire. Il y a un petit peu de tout là-dedans, il y a à boire et à manger.

Pour toi, cette démocratisation est plus une chance ou un problème ?

Un peu les deux. Je ne vais pas m’en plaindre. Je suis contente qu’elle soit devenue ce qu’elle est devenue, mais à la fois je ressens de la nostalgie. Parfois je me dis que j’aurais préféré que ça reste quelque chose de secret, de pas connu.

Comment explique-tu le succès de la musique électronique ?

Je trouve que son succès est logique. Il vient sûrement de l’évolution des mentalités et des nouvelles technologies. Quand j’ai commencé, on utilisait pas d’ordinateur, on devait acheter des machines spéciales. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus accessible. Avant, les jeunes rêvaient de faire partie d’un groupe de rock, maintenant ils veulent tous devenir DJ. C’est marrant.

A Marseille, il y a de plus en plus de collectifs de musique électronique. Qu’est-ce que ça montre ? 

C’est drôle parce que ces collectifs dont tu parles, je les connais. Il y en a à Paris mais je sais qu’il y en a beaucoup à Marseille. Ce sont des collectifs qui sont très créatifs. Je pense que les gens créent des collectifs pour pouvoir se reconnaître pleinement dans un groupe. Je pense aussi que c’est une volonté de revenir à quelque chose d’essentiel, et c’est en réaction à ce qu’il se passe actuellement dans la musique électronique, toute cette démocratisation et surmédiatisation. Aujourd’hui, avec internet, un artiste est obligé d’être actif sur les réseaux sociaux. Mais ces collectifs-là, souvent, ils adoptent le principe inverse. Tout le monde existe dans le collectif sans forcément mettre une personne en avant. C’est le collectif qui est mis en avant. C’est un retour sur soi et à l’anonymat, et ça me fait penser aux débuts de la musique électronique. D’ailleurs, les collectifs organisent des raves alors qu’ils ne les ont jamais connu. Ils reproduisent la même chose qu’avant. Je trouve ça fascinant.

Comment on fait aujourd’hui en tant qu’artiste pour rester libre ?

Personnellement, je me sens libre tant que je me sens pas enfermée dans une style particulier, tant que je sais que je peux mixer ce que je veux et collaborer avec qui je veux. Mon plaisir, c’est ça en fait ma liberté.

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