CINÉMA L’ÉTOILE : 1000M2 DÉDIÉS À LA BRANLETTE

Souvent fantasmés, parfois décriés, les cinémas pornographiques ne laissent personne indifférents. Pas la peine de le nier, on t’a vu lorgner sur la vitrine en te demandant ce qu’il se passait dedans. Pour toi, on a visité l’Etoile, l’un des derniers bastions du genre à Marseille. 

Juste à côté du Mcdo de Noailles, entre un hôtel et un salon de thé, se dresse l’Etoile, cinéma porno et sex shop. Sur le site lieuxdedrague.fr, la description annonce la couleur :

« A 10 minutes à pied, sortie gare Saint-Charles, en bas des escaliers, Boulevard Dugommier. Tous les genres sont représentés. L’Etoile propose, sur un espace climatisé de 1000m², un service tout public et des espaces entièrement réservés aux adultes où les clients peuvent profiter du cinéma et des cabines-vidéo X ou encore acheter et louer des DVDs de charme en toute discrétion. Possibilité de baise un peu partout et de s’y exhiber à souhait ».

Dessous, les commentaires sont encore plus explicites. Inakil13 par exemple y cherche « des trav ce dimanche pour sucer sa queue ». Bonbec84 demande si, en tant que « passif bien foutu », il a sa chance au cinéma l’Etoile. En tant qu’adepte du bukkake, Travputeajus, espère « trouver de bonnes grosses queues » tandis que Tvnkp34, travesti de 1m78/66kg indique être de passage pour « un plan hard » et souhaite être « pleine à déborder […] et couverte de foutre ». On pourrait penser qu’aujourd’hui les gens ont plus tendance à squatter les applications de rencontres que les sites de ce genre, pourtant des messages comme ça, il y en a des centaines. Il faut dire que le cinéma ne date pas d’hier. Le bâtiment est d’ailleurs tellement vieux que dans la cave se cache un bout des remparts de Louis XIV. Et après avoir été un grand restaurant dans les années 50 puis une boîte de nuit dans les années 60, l’Etoile nait début 1970. A la base, le complexe diffusait des films de toutes sortes, du porno mais pas que. En 1975, la loi X de Giscard change les choses : en instaurant la classification X des films pour adultes – pornographiques ou violents – elle les taxe plus lourdement que les autres et les prive, ainsi que ceux qui les projettent, de toute subvention. Cette mise en marge du cinéma pornographique réduit considérablement la diffusion des longs-métrages du genre dans les salles obscures. Sentant venir le bon filon, l’Etoile décide alors de passer au tout porno. Pour une fois qu’un cours d’Histoire nous rend curieux, on s’y rend un jeudi matin à 10h30 pour en savoir plus.

Crédit photos : © Raoul Photography

« Grand-mère trompe papy avec des blacks 30cm »

Sur place, ce qui surprend dans un premier temps, c’est le nombre d’hommes qui vont et viennent dans le cinéma. De bon matin, on aurait pas cru y voir autant de monde. Toi à cette heure-ci c’est café-clope, eux café-pignole. Ils doivent bien être une vingtaine là-dedans, si ce n’est plus. Dans le hall, des affiches montrent la programmation des salles 1 et 2 dédiées aux longs-métrages hétéros : « Boob Zilla 8 », « Jeunes femmes dévouées et très ouvertes », « Grand-mère trompe papy avec des blacks 30cm » ou encore « Fucking a brother for another mother ». La troisième salle, elle, est exclusivement réservée aux films gays avec des titres comme « Poke prod penetrate », « Quartier chaud 5 » ou « Backseat boyz ». Ici c’est que du numérique, le 35mm c’est fini depuis longtemps. Celui qui choisit les films c’est Youssouf, le sympathique mec de l’accueil. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, certains critères doivent être respectés. « Il faut que ça soit des films en français, avec un scénario. Ensuite, ils ne faut pas qu’ils évoquent une seule pratique sexuelle. Si y a une scène de bondage ou de lesbiennes dans tout le film ça va, mais pas plus. Parfois ça nous arrive de repasser de vieux classiques comme ceux de Brigitte Lahaie mais on essaye quand même de mettre le plus de nouveautés possible », indique Alexandre Garibaldi, le patron de l’établissement depuis 1998. Ce qui est frappant une fois à l’intérieur, c’est la diversité des activités proposées dans le hall d’accueil. A l’Etoile, au détour d’une toile, tu peux venir faire des photos d’identité, acheter une glace ou faire un double de clé. On déconne pas. « Ça facilite les entrées et puis ça permet d’avoir une excuse si on croise quelqu’un qu’on connaît à la sortie. Il faut pas oublier que Marseille est un village« , ajoute Alexandre. Situé en plein milieu du très fréquenté boulevard Dugommier, l’Etoile ne passe pas inaperçue, surtout avec ses lettres dorées géantes et ses néons bleus. Mais ça n’a pas l’air de gêner la clientèle, en moyenne 100 personnes viennent chaque jour, des hommes de « tous âges et de tous milieux sociaux« . Et on comprend très vite qu’en réalité toute cette histoire de cinéma est un prétexte : ils viennent ici pour baiser et se branler.

 © Raoul Photography

Glory hole, capotes et néons

L’entrée est à 8,50€, en sachant qu’à ce prix-là, tu peux faire autant d’allers-retours que tu veux dans la journée ; en plus, grâce à la super carte de fidélité, au bout de 9 séances payées  la 10ème est gratuite. Le jeton en main, il faut le glisser dans le tourniquet pour le faire tourner et ainsi accéder à l’espace cinéma. A l’intérieur, une salve d’escalier nous accueille, gardée fièrement par un distributeur de capotes posé comme un ultime avertissement. « On en donne aussi à l’entrée », indique Alexandre. On n’y voit presque rien. C’est à se demander comment font les gens pour se diriger. Néanmoins, quelques néons camouflés – le genre qui diffusent une lumière bien dégueu – permettent d’avancer jusqu’à la salle 1, et de voir par la même occasion les tâches blanchâtres sur les murs qui nous frôlent. Avant même de passer la porte, on entend des cris de jouissance résonner un poil trop intensément. Dedans, seul l’écran de cinéma éclaire. On y voit une jeune femme se faire démonter plus vite qu’un meuble Ikéa. Sur les banquettes, les quelques ombres masculines que l’ont peut apercevoir semblent stoïques. Ne sont-ils pas bien réveillés ou est-ce notre présence qui les gène ? Ou peut-être attendent-ils que quelqu’un les aborde ? On continue la visite vers la salle qui diffuse des films gays et qui ferait passer la salle d’avant pour les 3 Palmes pour adultes. Ici, pas d’écran géant ou de banquettes, juste une télévision et des sièges, cachés derrière un pan de mur qui laisse apercevoir quelques glory hole. Avec la pénombre, pas moyen de savoir s’il y a quelqu’un. Au bout de quelques minutes, on aperçoit un monsieur moustachu d’une soixantaine d’année qui se lève, l’air hagard, et s’en va. A la télé, deux hommes s’enfilent tranquillement. On sort, et on emprunte un nouvel escalier. Un long couloir rouge nous attend. Bizarrement, ici il y a de la lumière. Un peu trop même. Sûrement de quoi indiquer les toilettes, un lieu privilégié des visiteurs. Même si le décor est vétuste, voire carrément glauque, ça n’empêche pas ceux qui veulent prendre leur pied d’y aller. Mais attention, c’est à tes risques et périls. « Une fois, y a un mec qui est descendu à poil dans l’accueil. Pendant qu’il était en train de se déshabiller dans les toilettes, quelqu’un lui avait pris toutes ses affaires. Il lui restait plus que ses chaussures et ses chaussettes« , raconte le patron, hilare. On s’aventure dedans sans trop savoir à quoi s’attendre. Malheureusement – ou heureusement – personne n’a encore franchi le seuil.

© Raoul Photography

T’aimes ça, hein ?

On arrive enfin à la dernière salle, la plus grande, tout en hauteur. A l’écran, une blonde suce avec délectation la bite d’un black. Le faisceau lumineux qui s’en dégage permet de voir le gars moustachu croisé auparavant au premier rang, fixant ardemment la scène. Le reste de l’espace est intégralement plongé dans le noir, impossible de savoir combien de personnes sont là. Mis à part les bruits de succions qui se dégagent du film, des bruits étouffés de va-et-vient se font entendre. Flap flap, flap flap. Le black demande à la blonde si elle aime ça. Flap flap, flap fap. Il éjacule sur ses seins. Flap flap, flap flap. Et lâche une sorte de beuglement jouissif. Puis vient le silence. Tout en haut de la salle, un renforcement fait office de backroom. C’est là que les couples d’un instant viennent se faire du bien, dans l’obscurité la plus totale. Pour éviter les mauvaises surprises, vaut mieux savoir avant à qui on a affaire. Retour à l’entrée de la pièce. Sur la droite, une petite télévision diffuse des images du film projeté actuellement à l’intérieur. Un homme est assis en face et tapote nerveusement son téléphone tout en jetant frénétiquement des regards furtifs. Devant lui, un tableau Velleda. « Salut je m’appele [nom effacé]. Je recherche un homme de lendemain entre 19 ans et 25 ans. Jeune de préférence (sic) ». La saleté du truc permet de comprendre à quel point il a été maintes et maintes fois utilisé, tout comme les vestiges des messages précédents. On redescend au rez-de-chaussée. On croise un distributeur de boissons chaudes, de sodas et de petites douceurs. « Les gens peuvent ramener leur bouffe s’ils le souhaitent », explique Alexandre. « Y aurait pas du pop-corn aussi ?« , demande Raoul notre photographe allemand, toujours pragmatique. Pas de pop-corn, par contre il arrive que le gérant retrouve des concombres par terre.

© Raoul Photography

« Je ne vais pas avec tout le monde »

En bas, une silhouette rouge et noire attire notre attention. Perruque brune, talons hauts, jupe à carreaux, rouge à lèvre et grosses lunettes, voici Vanessa. Avec son chewing-gum odeur fruits des bois, ce travesti de 50 ans explique venir ici depuis un bail. « Avant, j’allais à l’hôtel ou chez moi. Sans faire la pute hein. Puis, j’ai découvert l’Etoile il y a 15 ans. J’aime cet endroit. C’est calme et on peut garder notre anonymat », raconte-elle. Ici, tout le monde connaît Vanessa. C’est un peu la mascotte. Il faut dire qu’elle vient plusieurs fois par semaine pour « faire des rencontres ». Après, attention, elle est très sélective. « Je ne vais pas avec tout le monde, qu’avec les garçons qui me plaisent », tient-elle à préciser. Homosexuel, l’homme derrière tout cet accoutrement s’est foutu en travesti avec le temps à l’occasion de ses plans cul. « C’est un fantasme, je souhaite pas changer de sexe ». En parlant de fantasmes, direction la partie sex-shop où nous attend une horde de DVD. « 5 pour 10€ ». Tu peux les regarder ici même dans des cabines individuels, les louer ou les acheter. En tout cas, c’est pas le choix qui manque. « Hétéro gros nichons », « lesbiennes », « partouze », « mature », « homo ethnique », « extrême », il y a limite plus de catégories que sur un site de boules. On remarque même une étagère « Zoophilie » dans le coin, normal. Par contre, on cherche toujours la catégorie « homo gros nichons ». Si y a bien une chose qu’on enlèvera pas aux cinémas porno, c’est qu’ils savent se marrer. Partout où se posent nos yeux, des jeux mots : Francis F. Coppula, Phil de Nice, Chéri J’ai Agrandi Les Godes, La Vérité Si Je Bande, et j’en passe et des meilleurs. Un peu plus loin, c’est le paradis des joujous coquins : godes, vibromasseurs, lingeries, plugs, poupées gonflables, accessoires fétichistes. On trouve même des fausses jambes en latex avec vagin intégré, on aura tout vu. L’objet qui se vend le plus ? « Le gode-ceinture, répond Alexandre, après, ce qui fonctionne pas mal aussi c’est tous les trucs liés au bondage, mais ça c’est à cause de 50 Nuances machin ». 

© Raoul Photography

Un métier comme un autre

Ça y’est la visite est finie. Et on a beau avoir parcouru 1000m2, trois salles et deux étages, on ne comprend toujours pas ce qui peut motiver un mec à quitter le confort de son fauteuil pour se toucher la nouille dans un endroit pareil. « Les gens sont là pour déconner et s’amuser. Il y a ceux qui viennent pour se faire des potes, ceux qui ne peuvent pas regarder du porno chez eux à cause de leur femme, ceux pour qui c’est un fantasme d’être entourés de gens, ceux qui sont là pour casser la monotonie ou l’isolement dans lequel ils sont. C’est presque un travail social en fait ». Arrivé en 1991, Alexandre Garibaldi a travaillé jusqu’en 1997 sous les ordres de l’ancien propriétaire avant de reprendre en 1998 le bail de l’établissement. Dans un premier temps, l’homme aux cheveux gris voulait totalement changer d’activité, et envisageait même de faire un laser game. « A l’époque, la ville de Marseille comptait installer un MK2 en haut de la Canebière. Du coup, je me suis dit que ce serait intéressant de suivre le mouvement et de me reconvertir dans le loisir. Mais le MK2 n’a jamais vu le jour. Et je voulais pas prendre le risque d’être le seul à proposer ce type de choses dans le quartier. Au final, je n’ai pas changé d’activité mais par contre je l’ai développée. Pour moi, c’est un métier comme un autre », assure-t-il. Père de 4 enfants, il avoue tout de même que c’est parfois difficile pour eux. « A l’école, ils disent que je suis chômeur, ça passe mieux ». Le weekend par contre, pas question pour lui de parler de sexe : il ne ramène jamais du travail à la maison.

CINÉMA L’ETOILE – 19 boulevard Dugommier, 13001 Marseille – cinema-letoile.com – 04 91 91 28 13 – Ouvert, du dimanche au mercredi de 9h à minuit, et du jeudi au samedi de 9h à 1h.

Retrouve toutes les photos de Raoul Photography ci-dessous :

4 Réponses à “CINÉMA L’ÉTOILE : 1000M2 DÉDIÉS À LA BRANLETTE”

  1. Trieux alain

    Vous oubliez de préciser que cet endroit est un haut lieu de prostitution ou le patron vous acceuille très mal toujours désagréable les travestis sont les protégés de la direction quant à l hygiène quand les services de la ville feront ils un enquête. Bref l étoile est une porcherie ou les gigolos maghrébins viennent faire leur business

  2. trieux alain ,et un pauvre de ces pauvre vieux refouler de l étoile (qui à eux en son temps la gloire) et de nos jour plus personnes de toute communautés sexuel n’ en veut tout simplement ! voila pourquoi sont commentaire ! et si haineux un personnage vraiment pathétique

  3. Carla

    Non, ce n’est pas vrai. L’accueil est irréprochable. Du moins en ce qui me concerne . Je suis effectivement travesti. J »y vais régulièrement et je le recommande à la fois aux travestis craignant les agressions dans la rue (pouvant se changer sur place) et aux hommes en manque de sexe.Super cinéma.

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