CLEMENT WINE : « ON VIT EN CONTRADICTION PERMANENTE »

Les Jardins Suspendus fêtaient dimanche dernier leur deuxième anniversaire, sur le toit des Terrasses du Port, en musique et en après-midi, comme ils ont commencé. À cette occasion, on a discuté avec Clément, créateur et organisateur de l’événement. Changements, Joliette et désaccords au menu.

La Nuit Magazine: Commençons par le début, raconte nous comment tout a commencé.

Clément Wine: Fin 2013, avec mon associé Thibaud, nous avions fait quelques soirées, notamment une sur le toit de la Friche, qui avait dû être déplacée sur le cabaret, et j’en avais aussi fait quelques-unes à Paris. On était donc sur la carte, et au bon moment puisqu’on s’est retrouvé face à l’opportunité de travailler avec les Terrasses du Port, à la fin de leur construction. Ils cherchaient en effet un prestataire pour organiser des événements sur le toit. On a donc longuement travaillé pour leur proposer notre concept sur le toit ; c’est devenu les Jardins Suspendus, le dimanche après-midi.

La Nuit Magazine: Comment avez-vous vécu les débuts, ça fait beaucoup d’un coup non ?

Clément Wine: C’est le moment où on a le plus kiffé, honnêtement. J’ai cette image de nous voir tous épuisés, mais tous en train de se marrer en rangeant le matériel après une soirée. On faisait de la trottinette avec les transpalettes, et on rigolait tous ensemble, du barman à la sécu. C’était un succès à beaucoup de niveaux pour nous.

À la suite de la première saison, fin 2014, on a fait le point avec les Terrasses. Elles nous ont vite expliqué qu’elles étaient en contact avec une boîte appelée Noctis, qui est un des gros acteurs au niveau national dans le domaine du club. Ils ont 20 ou 25 boîtes, et bossent également sur des événements au Palais de Tokyo. Ce sont donc eux qui ont repris la concession, et pour qui nous sommes prestataires depuis.

La Nuit Magazine: Comment se passe la collaboration avec eux ?

Clément Wine: C’est une philosophie différente. Pour Noctis, un bon DJ, un gros nombre de likes, une belle rentabilité sont les priorités dans l’organisation d’un événement. Ils sont très sympas, intègres, honnêtes, mais on perd un peu avec eux cette idée initiale d’un événement à la fois underground et pointu dans sa programmation, mais aussi populaire dans son public. Maintenant, on s’est retrouvé face à un choix : tout lâcher ou continuer à s’appuyer sur ce qu’on fait de bien. Et on veut vraiment continuer à prouver que l’underground peut être rentable, donc on n’a pas lâché.

La Nuit Magazine: Il y a des désaccords, au niveau tarifaire par exemple ?

Clément Wine: Je continue de penser que la billetterie que nous proposons est très raisonnable, par rapport aux moyens que nous engageons. Pour ce qui est du bar, ou même sur le mobilier, effectivement, ça fait partie des points que l’on discute souvent. Ca n’est pas mon esprit d’orienter seulement la clientèle qui achète des bouteilles sur les chaises et les tables, mais c’est plus le leur. Nous nous étions d’ailleurs mis d’accord avec Noctis pour ne pas faire de bouteilles ni de résa, et aujourd’hui il y en a. Il y a donc de nombreuses contradictions, mais l’esprit des Jardins se ressent dans la clientèle, qui n’est pas la même que pour le Zig Zag par exemple.

Dj Oil et Clément Wine, au centre de la photo.
Dj Oil et Clément Wine, au centre de la photo.

La Nuit Magazine: On peut d’ailleurs noter que le Zig Zag prend une place de plus en plus grande au fil du temps …

Clément Wine: Mais ça ne change rien pour nous. On travaille avec eux, mais si ça ne correspond pas à notre philosophie, on ne fait rien.

La Nuit Magazine: Tu dis vouloir défendre une idée underground, c’est pas perdu d’avance dans un quartier comme la nouvelle Joliette ?

Clément Wine: On vit tous en contradiction permanente, tu sais. On se dit révolutionnaire mais on porte de la marque. On se dit écolo mais on prend notre voiture pour faire deux cent mètres. C’est pour moi un compromis nécessaire… Une vie de quartier ne se crée pas artificiellement, et encore moins à Marseille. On est absolument conscient des problèmes que ça pose d’être installé ici, mais en même temps ça nous permet de continuer à faire une très belle programmation, de muscler un peu la scène house à Marseille.

La Nuit Magazine: Du coup, où se place la limite ? A quel moment tu te dirais, c’est trop, ce n’est plus l’idée qu’on avait ?

Clément Wine: Quand nous n’aurons plus le contrôle de notre programmation. On a aujourd’hui une liberté artistique comme jamais, et Noctis améliore l’image de Marseille avec des belles teufs, de beaux évènements. Mais d’un autre côté il y a la machine à fric. Il faut garder l’équilibre. Je préfère être là et bosser dans ces conditions, influencer à mon niveau que de laisser la prog à un sous David Guetta.

Propos recueillis par Iliès Hagoug

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