UN DIMANCHE PÉPÈRE SUR LA CANEBIÈRE, 364 AUTRES JOURS VÉNÈRES

Dimanche dernier a eu lieu sur l’avenue la plus emblématique de Marseille et la plus décevante du monde, la première édition des Dimanches de la Canebière. Une journée qui se voulait culturelle, populaire, ouverte aux petites structures du quartier, et qui voulait redorer l’image d’une zone pour le moins laissée à l’abandon.

Tout a été plutôt bien fait, et on peut être heureux du lancement de cette initiative, qui se renouvèlera tous les derniers dimanche du mois (sauf ceux de juillet et août, parce que d’après Mme Bernasconi « les marseillais préfèrent se rendre à la plage », OK). Presque assez heureux pour passer outre la com un peu grossière, des 60 lieux culturels autour de la Canebière cités par la maire de secteur, à ces lettres envoyées dans toutes les boîtes aux lettres du centre ville pour bien signifier à chacun que la circulation serait modifiée dimanche en vue d’un évènement. Clin d’œil appuyé.

En revanche, nous ne sommes pas assez heureux pour passer outre le véritable combat que livre la Mairie de Marseille aux petits lieux, à la fête et aux acteurs culturels marseillais tout le long de l’année. La veille des dimanches de la Canebière, le Molotov organisait une fête de soutien au lieu qui fait face à des difficultés liées à leur menace de fermeture administrative. Encore un salle emblématique du quartier le plus emblématique qui fait face aux foudres des institutions. La gestion a beau être appréciée du voisinage, ce lieu à petit budget a beau avoir des installations d’insonorisation aux normes, une lettre sans plus d’explication est un jour arrivée dans la boîte aux lettres, menaçant le Molotov de fermeture. Pas d’explication, mais une possibilité de fermeture bien réelle.

Un exemple loin d’être isolé. De nombreux lieux sont menacés. Evidemment il ne s’agit pas de grosses machines à fric de la fête (que nous ne citerons pas, mais je suis sûr que t’as quelques exemples en tête), mais bien de petits lieux. Le style de petits endroits qui font face à l’adversité pour participer à créer l’identité, la vie d’une cité, qui en manque cruellement passé minuit. Parfois même, passé 21h.

Parce qu’il y a une réalité simple : si la fête marseillaise est tirée vers le haut, elle l’est par les marseillais, qui sont assez têtus pour faire la fête à leur manière. C’est là qu’est le coeur des choses qui nous engatsent : nous avons les arguments à Marseille, de part notre identité assez unique, pour être une ville majeur dans la culture en Europe. Et pour que la culture existe, son expression quotidienne, la fête, doit être mise en avant.
Pourtant, à l’heure actuelle, notre identité, qui est par nature fragile n’est non seulement pas soutenue pour ce qui est de la fête et des sorties, mais elle est même fragilisée par les institutions. Ces mêmes institutions qui prétendent la défendre.

On nous a souvent rétorqué que des choses se passaient avec le soutien de la mairie et des institutions, avec l’exemple parfait de la Joliette. On a déjà donné notre avis là dessus, et le fait est que tu sors à Berlin comme tu peux sortir à peu près dans n’importe quelle ville d’Europe. Si aujourd’hui beaucoup se barrent en vacances à Berlin, c’est pour faire la teuf à la berlinoise. Idem pour Londres, ou même Paris. La fête marseillaise fait un peu pitié à côté, mais nous pensons qu’elle a assez de panache et de potentiel pour un jour être citée sans sourire dans la même phrase que ces villes. Si l’argument sentimental et d’attachement à Marseille ne marche pas pour tout le monde, l’argument du pognon est souvent universel. Force est de constater que ces ville ne manquent pas de touristes, et c’est en bonne partie parce qu’elles n’ont pas eu honte de leur propre culture.

Et si un beau dimanche, la mairie déclare être avec ces lieux, qui seraient donc au nombre de 60 rien qu’autour de la Canebière, le reste de l’année, elle distribue des menaces de fermeture et des conditions abracadabrantesques pour ces derniers. Elle fragilise une émulation encore jeune et instable. Ça va un peu plus loin que la possibilité de se murger tous les soirs. C’est une question qui façonnera le futur de toute une ville, de la deuxième ville de France.

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