« LES DIMANCHES DE LA CANEBIÈRE » : NOUVEAU SOUFFLE POUR LE QUARTIER ?

Dès aujourd’hui, la fête est prévue sur la Canebière, et ça reviendra tous les derniers dimanches du mois. Au programme, parade, spectacles, balades culturelles et expositions viendront animer cette grande artère, connue pour son nom dans le monde entier. Mais pourquoi au fait ? Car quand on s’y promène, on déchante assez vite et on se demande si on est bien sur la “Cane-Cane-Cane-Canebière…” que chantait gaiement Alibert en 1935. Loin des éloges du chanteur, la Canebière n’est plus ce qu’elle était dans le temps. Entre Noailles et les Réformés, c’est le désert passé 20h. Et pour cause, un manque cruel de structures culturelles qui animaient autrefois l’avenue mais pas que. Alors comment « Les Dimanches de la Canebière » prétendent ils raviver la flamme du quartier ?

Porté par la mairie du 1e et 7e arrondissement, les « Dimanches de la Canebière » ont pour vocation de transformer cette grande avenue en vitrine culturelle, en y organisant tous les derniers dimanches du mois des évènements autour de différentes formes artistiques.

On nous annonce le numérique, la musique, le cinéma, le street-art, le théâtre ainsi que la poésie comme partie intégrante des festivités. Et tout ça commence dès dimanche, avec la piétonnisation intégrale de l’avenue.

Sabine Bernasconi, Maire des 1er et 7e arrondissements de la ville nous fait part de ses ambitions à travers ce projet : “ Mes motivations sont multiples et s’inscrivent dans une ambition globale de vouloir faire ressortir les atouts du centre-ville, à savoir la culture, le patrimoine et l’identité de la ville. La mixité du centre-ville est un atout car les habitants sont impliqués dans le quartier. C’est cet art de vivre, invisible à l’heure actuelle, que l’on veut révéler”.

Oui parce qu’à l’heure actuelle on ne peut pas dire que l’art et la culture prônent dans le quartier. Les structures culturelles disparaissent, sont en difficulté ou ont dû mal à venir s’y implanter. On pense au projet du complexe cinématographique sur le square Léon Blum qui n’a toujours pas vu le jour et qui ne le verra certainement pas dans les temps à venir, ou encore au redressement judiciaire des Variétés en octobre dernier.

Alors pourquoi choisir la Canebière pour célébrer l’art et la culture à Marseille ? “Elle fait partie des atouts de la ville car c’est une adresse internationale. On parle souvent de ses mauvais côtés mais il y a de très belles choses à mettre en valeur qui sont malheureusement cachées par un écran désavantageux”. OK.

Vivre la Canebière

Pourtant quand on demande aux commerçants qui vivent la Canebière chaque jour de l’année, les points positifs ont du mal à sortir des bouches. “ C’est sale, ça sent la pisse ici. La Canebière est complètement dénaturée, laissée à l’abandon entre Noailles et le Réformés. Elle reflète vraiment une mauvaise image de la ville. Un jour des touristes chinois m’ont demandé si on se trouvait bien sur la Canebière, et quand je leur ai dit oui, ils sont passés du jaune au rouge” nous raconte avec ironie l’un des commerçants de l’avenue, qui a voulu conserver son anonymat.

Au-delà de la saleté, d’autres commerçants vivent mal le fait de travailler chaque jour sur la Canebière. Une commerçante, également sous la couverture de l’anonymat nous raconte :J’ai hésité à garder mon emploi. Je me fais souvent embêter le soir en rentrant chez moi. Je ne me sens vraiment pas en sécurité. Cela ne m’étonne pas que les gens désertent le quartier”.

Même cas pour Salah, gérant du Kebab le Farouche. “ Aujourd’hui j’ai envie de partir, je n’ai plus envie de travailler ici. Au fil des années la Canebière s’est dégradée. Il n’y a plus d’animations dans le kiosque, le complexe cinématographique est toujours en attente. Du coup passé 20h il n’y pas plus personne dans le quartier alors qu’avant il y avait du monde au moins jusqu’à 2h du matin. Et forcément mon commerce en subit les conséquences.”

Pour tous ces commerçants, « Les Dimanches de la Canebière » sont l’espoir d’un nouveau visage pour l’artère du centre-ville. “J’espère que cela va changer l’image de la Canebière et attirer du monde.” commente Salah.

Vers une restructuration du centre ville

Pour Sabine Bernasconi, il est important de changer le regard des Marseillais sur la Canebière, mais ce rendez-vous culturel est également le début d’une urbanisation nouvelle pour le centre-ville. “ Les Dimanches de la Canebière ne sont pas uniquement un rendez-vous culturel mais un maillon d’une grande démarche globale. La piétonnisation de la Canebière est une préfiguration du centre-ville de demain. Nous travaillons sur la possibilité de changer la nature de certaines rues. Notre ambition est d’apaiser le centre-ville en rendant de l’espace aux vélos, d’offrir plus de promenades aux familles et d’alléger les routes en voitures.”

Beaucoup d’ambition, donc. Mais est-ce assez pour que les paroles d’Alibert reprennent tout leur sens, du moins une fois par moi ? On attend de voir.

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