DISQUAIRE DAY OU DISQUE DAY ?

Avant le CD, il y avait le vinyle, support indissociable de la qualité musicale. Pour pallier à sa disparition inévitable, un organisme américain et anglo-saxon, le Record Store Day, travaille sur le projet du Disquaire Day, pour mettre en valeur les disquaires indépendants, et cela depuis 2007. Le phénomène a permis à de nombreux artistes et labels de continuer la production de vinyles et a rejoint les rangs français en 2011 grâce au CALIF (Club Action des Labels Indépendants Français). À Marseille, les avis divergent.

 

 

Disquaire Day @ Galette Records- © Mathias Calleja
Disquaire Day @ Galette Records- © Mathias Calleja
Deuxième Noël

« Aujourd’hui honnêtement on a plus vraiment besoin de faire cette journée, le vinyle marche déjà bien, même si pour nous c’est un deuxième Noël dans l’année. Cela permet aussi de faire découvrir ou redécouvrir le disque vinyle » raconte Teddy, gérant de Galette Records, situé rue des Trois Rois, près du Cours Julien. Car il faut se l’avouer, les vrais audiophiles se passionnent naturellement pour le vinyle, et depuis sa réémergence, le marché de la galette noire n’a jamais été aussi bon. La seule presse à vinyle vivante en France, la MPO, a enregistré en 2014 près de 7.5 millions d’exemplaire produits, ce qui montre à quel point le retour du vinyle reste bluffant. Pour la plupart des disquaires indépendants, la fréquentation moyenne en ce jour béni est de six à dix fois supérieure à celle d’un samedi normal. Teddy renchérit : « De nos jours les gens quand ils achètent une carotte, ils veulent qu’elle ait le goût de la carotte. Quand ils achètent une chaise, ils veulent qu’à la fin du mois elle ne soit pas cassée. Pour la musique c’est pareil, ils veulent avoir un vrai support qui marche dans toutes les conditions et dont la qualité leur apporte un plus ». Un acte louable qui veut remettre au goût du jour un produit trop vite oublié. La nouvelle vie du microsillon parait donc naturelle et plus que méritée. Mais les majors et les gros distributeurs usent de cet essor et surfent sur la vague du renouveau pour faire le maximum de profit et combler le manque à gagner de la vente de CD qui ne cesse de se casser la gueule depuis l’apparition du peer-to-peer et des plateformes d’écoute gratuite telles que Spotify ou Deezer. Ce qui nous amène à une descente inexorable vers le Dark Side of The Disquaire Day.

Disquaire Day @ La Friche - © Mathias Calleja
Disquaire Day @ La Friche – © Mathias Calleja
« C’est sans doute la dernière fois que j’y participe »

A Marseille le Disquaire Day a investi la Friche de la Belle de Mai où labels indépendants et quelques disquaires se partageaient l’espace. La réelle volonté derrière cet événement est de mettre en avant le produit en lui même, le vinyle. Labels et disquaires réunis sous la même égide le temps d’une journée, histoire de remettre sur le devant de la scène un objet presque disparu. Concerts live et autres animations au menu pour que ce soit un véritable jour de partage.

Une action nécessaire pour certains, un disque day plutôt qu’un disquaire day pour d’autres. Une belle initiative qui voit son image ternie par les problèmes que rencontre le succès d’un telle journée. Entre autres le CALIF (Club Action des Labels Indépendants Français) réclame notamment aux disquaires indépendants qui veulent participer à la promotion de l’événement, des commandes de 150 € de marchandise obligatoire minimum et bien souvent les disques sont hors de prix. On trouve des rééditions à des prix exorbitants, qui n’ont d’exclusivité que le nom, les disquaires sont obligés de choisir parmi une liste pré-sélectionnée, et le choix n’est pas forcément indépendant. La plupart de ces disques sont des artistes connus, et la diversité des styles musicaux n’est pas très large : par exemple en musique électronique, il n’y a pas grand chose. Le seul bon plan que l’on ait trouvé, c’est la réédition de SuperDiscount d’Etienne de Crécy. Sinon, une compilation de quatre vinyles à 70€ par-ci, 30€ pour un seul disque réédité pour l’occasion par là. C’est tout le sens de l’indépendance qui perd sa nature. Le but étant au départ de venir en aide aux disquaires indépendants, le Disquaire Day n’a plus la même utilité qu’à l’époque. Les gros poissons se voient mis en avant. La MPO notamment, unique presse nationale, met en attente les petits labels et artistes dans la production de leurs disques, uniquement parce qu’il faut produire les « exclusivités » pour le D-Day. En tout cas les majors, elles, sont bien contentes, ça les aide grandement à en tirer une source de revenu plus que gratifiante. « Ils sont censés aider les disquaires indépendants et au lieu de ça ils nous plombent avec leurs disques hors de prix parce que comme c’est le Disquaire Day, ils pensent qu’ils vont les vendre » assène Colin d’Extend and Play. Le hic, c’est aussi que les vinyles coûtent moins chers à produire qu’il y a quinze ans ; pourtant les prix augmentent en magasin. Surtout en cette sainte journée, où certains labels et majors gonflent encore plus les prix, et là dessus, les disquaires ont du mal à avaler la pilule.

Mathias Calleja

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