FAIT D’IVRESSE #6: UN AÏOLI AVANT DE SORTIR

On a beau prendre des enseignements de ses erreurs, on n’est jamais à l’abri d’une ânerie. La bourde remonte à quelques années lorsque Capucine, une pote de Paris, venait te rendre visite et par la même occasion découvrir Marseille.
Afin d’amortir au mieux son séjour tu as longuement réfléchi aux balades qui la conduiraient aux meilleurs coins de la ville, aux sorties incontournables et aux habitudes plutôt locales qu’il serait bon de lui montrer, ce qui s’est grosso-modo résumé à calanques, Cours Julien, pastis et aïoli (le temps vous pressait).

Vendredi, sur le coup des 20 heures, tu frôlais le parcours sans fautes : les visites tout comme le pastis avaient charmé Paris, les 12 gousses d’ail étaient prêtes à ré-hausser la mayonnaise de l’aïoli et les légumes étaient dans leur bain a 100°C.

Pour le moment ton invitée semble être à l’aise non sans l’aide de l’anis qui laisse de moins en moins de place à l’eau dans vos verres. L’info est tombée et vous savez désormais que la soirée va se prolonger sur le toit terrasse du moment.

Au moment du repas, Capucine constate que l’aïoli est une recette qui contient beaucoup d’ail, manifestement trop à son goût et ne cesse de demander si c’est normal d’en mettre autant, tu lui expliques que c’est bon pour la santé. Quoi qu’il en soit l’ingrédient que Capucine semble préférer dans la recette sont les légumes bouillis, il est vrai que tu as eu la main lourde sur l’ail, mais tu expliques à ta convive que c’est la recette qui veut ça. Tu te rafraîchis à grandes gorgées de pastis sans oublier de resservir Capucine.

© Cuisine Actuelle
© Cuisine Actuelle
© Wikimedia
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En fin de repas, Capucine trouve ton haleine un peu lourde, et les deux brossages de dents successifs n’y changent rien, t’es pas bien quand elle te dit « vas-y souffle et je te dis si tu pues ».

Une brève recherche sur internet vous mène à manger des feuilles de laitue, et des produits frais, mais sans effet, vous vous rabattez sur des feuilles de menthe qui marchent autant que la salade.

Tu décides alors de soigner le mal par le mal en enchainant clopes et pastis, mais dès que tes doigts approchent de ton nez tu te fais envahir d’une odeur venant tout droit du caïeu que tu as émincé en cuisine. L’odeur te colle à la peau et tu fais le choix de te mettre du déo bille sur les mains, par excès d’ivresse et de confiance Capucine s’en met autour de la bouche, ça cocotte.

En route pour la soirée, verre de pastis à la main tu remarques que tu arrives à sentir ton haleine à chaque gorgée. Capucine se moque et te demande de ne pas lui parler de trop près, tu dégages soi-disant une odeur qui lui brûle le nez.

Dans l’urgence t’es obligé de décoffrer 4 euros dans une alimentation pour 1 paquet d’Airwaves et 4 Malabars menthe, tu exploses un peu le budget avec une bière forte de sûreté.

C’est après avoir abattu une partie du stock de chewing-gum que vous vous sentez enfin prêts à rentrer dans cette soirée. Il semble y avoir du monde, il est temps de montrer à Capucine de quoi se targue la nuit marseillaise.

Ce soir tu es vite amené à croiser des potes de considération, ceux que l’on appelle les intimes, et obsédé par ton hygiène buccale, tu te sens obligé de leur demander avis et conseils te concernant. L’odorat ne fait défaut à personne et le verdict semble sans appel, tu es sujet à de nombreuses moqueries et te retrouve vite au centre des conversations, comme d’hab’ les amis sont durs. Quelques verres te font vite oublier le chaos du bouquet, mais c’est sans compter l’apparition au loin de Mathilde.

Mathilde ( « Ma Thilde » sur les réseaux) est cette fille que tu vois tout le temps en soirée mais que tu n’as osé aborder que sur Facebook après avoir observé la quasi intégralité de sa vie virtuelle. Malgré tout, le courant par écrans interposés est plutôt bien passé, si bien qu’elle est actuellement en train de te sourire IRL (In Real Life) et se dirige vers toi.

La fameuse Ma Thilde, en tout cas une fille de © Thought Catalogue
La fameuse Ma Thilde, en tout cas une fille de © Thought Catalogue

Tu bois une grande gorgée de bière, et check par la même occasion ton haleine en expirant dans ton gobelet, ça sent l’ail, tout va bien.

Ça fait 2 minutes que Mathilde te parle et déjà tu ne l’écoutes plus tellement tu es obsédé par ton odeur, ce qui tu le sais, doit rendre ta présence si particulière. Tu vis un des plus grands moments de malaise du mois, et ne cesse de te demander si elle aime l’aïoli ou non, surtout depuis qu’elle a eu ce petit mouvement de recul au début de ta phrase.

Ton étrange comportement ne retient pas Mathilde très longtemps et tu en profites pour t’enfiler un énième chewing-gum et quelques verres pour rincer mais tu redoutes un peu le moment où tu devras passer commande au barman, en parlant fort et près de son nez. Tu te dis que le type doit de toute façon être rodé a sentir des haleines pourries tous les weekends.

L’alcool fait maintenant suffisamment effet pour que tu relativises un peu sur ta situation, mais avec tous ces verres (on doit commencer à dépasser les 12) tu commences à transpirer comme un footballeur. Tu parles sans aucune pudeur, et la fumée que dégage le food-truck à mini burgers te fait un bon camouflage olfactif. Tu redescends vite lorsque Capucine te parle, ça postillonne et ça sent l’ail, tu te rappelles vite de quoi était fait ton repas.

Le mélange Malabars / alcool a déclenché chez toi un bel excès de confiance, et malgré ta mèche collée au front, tu vas à la recherche de Mathilde sur le dance-floor, tu la trouves. La musique est forte et tu es obligé de lui parler de près, très près. Après une conversation sans trop de fond et plusieurs incompréhensibles mouvements de reculs de la part de Mathilde tu décides de faire semblant d’aimer la musique, tu bouges un peu la tête. Il fait chaud et alors que danses, un espace dans lequel ne se trouve plus Mathilde s’est créé autour de toi, l’ail t’a sans doute trahi et Mathilde doit être un vampire.

La mèche collée au front, et l'air intelligent.
La mèche collée au front, et l’air intelligent.

Capucine te rejoint, son groove du bras droit et son sourire te charment, ton esprit n’est plus focalisé sur l’odorat et on dirait bien que la magie du clasico est en marche. Tu découvres avec beaucoup de plaisir le sourire de Capucine face auquel l’odeur du corps et la pudeur ne sont plus que de lointains souvenirs.

La soirée touche à sa fin, tu rentres chez toi avec Capucine, vous avez faim et envie d’aïoli..

L’AVIS DE PHILOU, LE SPÉCIALISTE

aioli phillipe

« L’aïoli est un plat provençal typique composé d’un assortiment de légumes et d’une mayonnaise relevée à l’ail. Le soucis est que l’ail haché donne par réaction chimique de l’allyl méthyl sulfide qui après absorption parfumera haleine, sueur et urine. Difficile alors de passer inaperçu. Plutôt que de revisiter la recette, je vais te donner quelques astuces de grand-mère pour atténuer ce mal. Frotte tes mains sous un filet d’eau contre une lame de couteau en acier pour faire disparaître l’odeur sur tes doigts, mâche du persil pour calmer ton haleine et bois du jus de yuzu. Sache aussi qu’une personne qui a aussi mangé de l’ail ne sera que pas ou peu incommodé. Concernant le dressage, une ballottine de légumes offrira un visuel plus savoureux à ton plat ».

M.B.

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