FAIT D’IVRESSE #8 : UN VENDREDI SOIR A BERLIN

Je mentirais en disant que depuis 10 ans je rêve d’aller rayer le dancefloor du Berghain. A vrai dire, les cours d’Allemand et d’histoire que j’ai suivi au lycée ne m’ont jamais donné envie de côtoyer les saxes sur leurs terres. Malgré tout, ça fait quand même quelques années que ça me démange, que tous les gens cool de mon entourage y vont et que les plus noctambules d’entre eux font de Berlin un pèlerinage annuel. D’un coté, il faut avouer que Berlin a un coté assez sexy, capitale de la nuit, de la patate-saucisse et du vélo, la ville a manifestement bien des attraits plus sérieux qui en font un stop obligatoire en Europe. A 90 balles l’aller-retour au départ de Nice, j’ai réfléchi assez peu avant de prendre mon billet d’avion. Un mois plus tard, on était vendredi soir et je sortais dans Berlin.

C’est le vendredi que les clubs ouvrent, souvent pour le week-end en non-stop, largement de quoi se brûler les ailes. Entre le nombre de spots, la programmation musicale et la taille de la ville, j’ai préféré faire une petite feuille de route qui, en gros, consistait à se m’en coller une bonne, tester différents clubs, en ressortir avec un tampon pour pouvoir y retourner plus tard, peut-être après une sieste, et finir au Berghain, tout ça habillé en noir bien-sur, car chose étrange, ce dress-code favoriserait l’entrée dans certains clubs.

20h

C’est à Friedrichshain, quartier où je loge, que commence la soirée. C’est dans un snack très « Brooklyn dans la déco » (cf catalogue Alinéa 2016) que je dîne, sur un de ces comptoirs face à une baie vitrée qui offre une vue imprenable sur la rue. Un croque madame et quelques « craft beer » plus tard, je décide de tâter le before local. Il y a à vrai dire assez peu de monde dans les bars, et du coup pas vraiment envie de m’y attarder. Je trouve mon bonheur dans la contemplation de l’architecture froide et grise du quartier, dans les rayons des épiceries de nuit qui hantent massivement les rues. Plus tôt dans la journée j’avais atterri au Raw-temple, un cluster culturel équivalent à la Friche la Belle de Mai en plus rustique, certains diront « en plus Berlinois », et c’est notamment la-bas, en poussant quelques portes, que j’avais pu assister plus tôt dans la journée aux balances d’un artiste. J’étais rentré sans le savoir dans le Suicide Circus, et la violence du son me poussait à vouloir y retourner le soir.

Étrangement, c’est dans une baignoire que je finis par siroter du Vodka-Club Maté que le barman mélangeait avec son pouce. Les gens autour de moi sont avenants, les consos à prix décents, je suis vraiment à l’aise.

Il n’y a qu’un vendredi dans la semaine, je décide alors de ne pas camper ici non plus, et je continue ma balade. Comme il m’a été impossible de trouver un plan de Berlin, je me débrouille tant bien que mal pour aller au Kater Blau avec des screenshots de Google Map faits quand j’avais internet. Pour l’histoire le Kater c’est le club qui remplace le tant regretté Bar 25, qui était avant sa fermeture un lieu de passage trash et incontournable de la capitale. Le Kater Blau avait sans doute gardé cet esprit.

Voici ce qu’était le Bar 25

Après pas mal de fric dépensé dans la Vodka et les diluants locaux, il m’est impossible de trouver mon chemin. Je dois marcher, prendre un tram puis un train. Une fois arrivé à la gare je dois marcher vers le club. Malgré les tous les repérages que j’ai pu faire dans l’aprèm, je suis perdu et la théorie ne colle pas à la pratique. Heureusement que les berlonois viennent volontiers à ma rescousse, un peu perdus eux aussi, ils n’hésitent pas à sortir leurs téléphones pour me guider. On passera l’épisode où mon sens de l’orientation en a pris un coup, ou le moment où je me retrouve devant le club avec plus assez d’argent et que je me perds à nouveau en cherchant un distributeur.

 

 

Source: annhyphencharlotte.wordpress.com
Source: annhyphencharlotte.wordpress.com

Minuit

Contrairement à la croyance populaire, l’entrée au Kater se fait sans problèmes, et on est franchement dépaysé dès qu’on franchit la porte. Collage de pastille anti-photo sur le téléphone, le spot est tout en bois, rempli d’objets de récup. De ce que l’alcool n’a pas filtré, j’avais l’impression d’être dans un Emmaüs transformé en club, avec un manège licorne ou cheval en plus.

Je suis sur que certains diront que le Kater c’est pas ouf, que le son n’est passez comme si ou que le public est trop comme ça. Le cadre est vraiment dingue et rien que pour ça, le Kater Blau à faire. Hélas, mes souvenirs de ce lieu se sont effacés au fur et à mesure des verres.

J’avais prévu de passer au Kater Blau en début de soirée pour avoir le fameux tampon qui me permettrait d’y rentrer sans problèmes plus tard, les extérieurs du club au bord de la Spree (la rivière qui traverse Berlin) m’offriraient un bon spot de repli pour l’after.

01h

Je sors de là avec un chat tamponné sur l’intérieur du poignet, direction l’About Blank et la soirée Buttons qui était lancée pour les trente-six heures à venir. Le Blank, qui sur une carte était à coté, se trouve en réalité à une heure de marche si on part dans la bonne direction, et trois arrêts de train si on sait lequel prendre. Perdu à nouveau, c’est des berlinois très stupéfaits par la politique de Marine Le Pen qui nous ont conduit jusqu’à la porte du club. Grosse queue pour entrer, les videurs du Blank tchatchent beaucoup avec les candidats à la soirée, ça refoule beaucoup, presque autant que mon haleine le fait avec la Vodka. Ça se présente mal. J’essaye alors de me souvenir des cours de Frau Bachmann, ma prof d’Allemand au collège, et j’échafaude un petit discours que je ressortirai devant les videurs. Les françaises devant moi se font pointer, la tension monte. Vient mon tour, les videurs me demandent quelque chose, et sans comprendre je baratine un Allemand digne d’un gosse Bavarois de 4 ans. Danke shön Frau Bachmann, c’est grâce à l’acharnement de cette brave femme et peut-être avec l’aide ma moustache que je suis rentré.

 

 

 

 

 

Source: annhyphencharlotte.wordpress.com
Source: annhyphencharlotte.wordpress.com

 

Source: Libération
Source: Libération

Ce qui se passe au Blank reste au Blank

Je vais quand même un peu casser la règle. L’intérieur est chaud, moite et très homo. J’ai eu l’impression que les mecs étaient tous en train de se chercher sur un fond de techno assez gentille. Les 30 degrés d’écart entre la température intérieure et extérieure rendent le passage au vestiaire de l’étage obligatoire. En bas il y a le bar et le dj-booth dans la continuité, le son est bien mais trop houssy à mon goût. A coté de ça, les bières de 50cl sont à trois euros et les chimistes très arrangeants, ils aiment d’ailleurs beaucoup les toilettes et les blonds..

Le Blank possède aussi un extérieur qui est surtout exploité pendant l’été, mais ce soir la, un immense tipi entre un bateau et une caravane servait de chill out avec du son électronique down-tempo très reposant. Les six heures qui ont suivies ont été faites de rencontres entre les deux dancefloors, j’avais perdu ma copine qui s’était faite plein de nouveaux potes. Les gens sont très respectueux et elle m’assurait que tous étaient homos, je ne m’inquiétais pas.

07h

Après avoir pris un semblant de douche dans les toilettes, et bêtement effacé le tampon qui me permettrait de retourner au Kater Blau, je commence à avoir très envie d’autre chose, pourquoi pas regarder couler la Spree. En me dirigeant vers la sortie que j’ai raté, j’arrive dans une salle dont j’étais complètement passé à coté. Ce troisième dance-floor était celui de la guerre. Une techno lourde, rapide et sans concessions sortait des enceintes. Un son chirurgical qui te cisaille le cerveau a prolongé jusqu’à midi la session About Blank. On y a encore fait de nouvelles connaissances, pris des cacahuètes pour de l’extasy, jusqu’à finir dans une caravane dans laquelle on ne pouvait rentrer que par un vagin.

Midi

Entre la complexité du réseau de transport et les connections que ne faisaient plus mon cerveau, j’ai capitulé et pris le premier train venu pour éviter de me prendre la tête devant un plan. L’aventurier qui sommeille en moi s’est soudainement réveille. Par chance j’arrivais à mon logement trois arrêt plus tard. En manque d’énergie, l’after s’est fait avec un chat roux, les collocs et leurs sons hip hop qui m’ont mis la tête comme un pot jusqu’à ce que j’arrive à fermer les yeux quelques minutes.

Le son du pote des collocs qu’il écoutaient en boucle

Le vendredi soir allait s’éteindre plus tard dans l’aprem en mangeant la soirée de samedi, remettant le Berghain à une autre fois. La nuit berlinoise est vraiment complète, on a beau prévoir ses plans, il faut en fait se laisser guider, y aller à tâtons, là où on est bien et non là où on dit que c’est bien. Berlin est une ville trop grande pour en faire le tour en 5 jours Il doit y avoir 1000 nuits différentes là-bas, qui ne se résument pas qu’a deux clubs et beaucoup de Vodka-Club Maté, mais ce vendredi soir m’a donné envie d’y retourner au printemps.

FRENC : http://jumpage.com/frenc.de

RAW-TEMPEL : http://www.raw-tempel.de/

SUICIDE CIRCUS : http://www.suicide-berlin.com/

KATER BLAU : http://www.katerblau.de/

ABOUT BLANK : https://www.residentadvisor.net/club.aspx?id=28354

NDLR : Cet article ainsi que le voyage qu’il relate prédatent l’attentat qui a frappé la ville de Berlin. Une discussion a bien évidemment eu lieu au sein de la rédaction au sujet du bien fondé de sa publication à la suite de ce terrible évènement. Il en est sorti que Berlin représente pour beaucoup un phare de la culture électronique et festive actuelle en Europe et dans le monde entier, et que c’est de cette façon là qu’il faut continuer à en parler. Il ne s’agit donc pas ici de minimiser le drame que cette ville et ses habitants ont vécu, mais au contraire de rendre un hommage à notre façon à la capitale allemande.

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