COMMENT J’AI SURVÉCU 120 HEURES AU DOUR FESTIVAL

J’ai 30 ans dans les pattes et jamais fait de vrai festival. On appellera « vrai festival » une série périodique de manifestations appartenant à un genre donné et qui se tient généralement sur un même lieu, où on peut y planter sa tente et vivre en autarcie. Mes anciens colocs se préparaient à partir au Dour Festival depuis des semaines, mon pass est acheté sur un coup de tête lundi soir, le lendemain on décollait tous en Jumpy pour la Belgique.

Mardi 19h, je boucle ma valise : six t-shirts, autant de caleçons, quatre paires de chaussettes, deux pulls, un k-way, deux jeans, un short, un maillot, une paire de vans, une paire de claquettes Nike, une paire de bottes, un carnet, une batterie usb, un chargeur iphone 5, le nécessaire de toilette dans un sac Ziploc, tente, matelas, duvet, pompe, un rouleau de gaffer, un couteau suisse.

21h, Marseille est déjà derrière nous et Dour à 10h devant. Sur le matelas gonflé à l’arrière de l’utilitaire du collègue, je suis comme un enfant la veille de Noël, je rêve du line-up ultra dense que les 5 jours à venir vont m’offrir, j’imagine le goût des fricadelles et regarde fièrement mes bottes en pensant aux bons moments qu’on va partager ensemble dans la boue.

Mis à part un détour imprévu par la campagne dijonnaise, le trajet s’est bien passé. On arrive à Dour sur le coup des 10h, on est mercredi.

L’ARRIVÉE

Après s’être traînés les affaires pendant 30 minutes sur des chemins interminables menant du parking au camping, après avoir choppé un marteau pour sardiner en règle, on est installés, on se fait une première mèche, il est 11h51, on est bien.

11h53 : une première pluie sévit sur le camping, ça hurle de joie de tous les cotés, et je comprends que je ne suis pas le seul à vouloir passer du bon temps en bottes.

12h15 : le nombre de tentes autour de nous s’est multiplié par deux, je ne retrouve plus les propriétaires du marteau et on en profite pour le faire tourner aux autres campeurs. L’outil a du servir à planter une bonne cinquantaine de tentes autour de nous, grâce à lui on est respectés.

13h30 : le soleil à volé la vedette à la pluie, il fait maintenant très chaud et on se rend compte qu’on est comme des cons au milieu d’un champ de tentes, sans eau, sans bière ou nourriture.

La pinte au camping coûte 5 tickets, et 10 tickets coûtent 11euros, on se rend vite compte qu’il va falloir faire comme 90% des personnes du camping : se constituer un stock conséquent de bières. Parfait, il paraît qu’il y a un Lidl pas très loin du festival, 30 minutes à pied quand même.

Il est 18 heures, les bières à 33 centimes de chez Lidl passent vraiment mal, les Jupiler sont tièdes et la Rachmaninov commencent à nous faire du pied, on la défoncera plus tard avec du Kong, une boisson énergisante discount et tiède. On ne va pas se plaindre non-plus.

Le site du Dour Festival est très grand. Bien qu’idéalement placés dans le gigantesque camping, il nous faut une bonne trentaine de minutes porte à porte pour aller de la tente à la scène la plus proche, certains des plus mal lotis disent même qu’une grosse heure leur est nécessaire pour aller de leur voiture garée au fin fond du parking jusqu’à la scène la plus éloignée.

Ce qui frappe dès ce premier soir c’est le monde, ça grouille dans tous les sens mais l’organisation semble béton, trafic fluide dans le sens aller comme retour selon Bison Futé. On arrive juste pour le début du concert de Vald, personnellement assez déçu malgré sa prestation scénique, Vald c’est pas trop ma came en fait. Avec seulement trois scènes ouvertes sur sept, ce premier soir de festival fait un peu amuse gueule surgelé, c’est pas ouf, on veut plus et on a encore faim. Malgré tout, on est entre potes, les festivaliers sont de très bonne humeur, le moment est agréable, on explore le site, on chill, on passe du très bon temps.

Une fois les scènes fermées, la soirée se poursuit au camping jusqu’à tard, pas besoin d’être Sherlock Holmes pour savoir que le prochain réveil piquera. Il fait très froid, je me mets sur le dos à peu près tout ce que j’ai dans la valise et je me couche.

 UNE JOURNÉE TYPE À DOUR

Jeudi, je me réveille en sursaut à cause de la chaleur, j’enlève vite mon K-way, mes pulls et mon jean, il doit faire 40 degrés sous la tente alors qu’il n’est que 8 heures, la journée commence.

Les provisions ont vite été pompées par l’after en même temps que notre énergie, mais le Lidl nous permettra de nous refaire sur du hard-discount et plusieurs litres de Jupiler. Il est midi, le cours d’Aérobic Techno a déjà commencé dans un coin du camping, on va pas se laisser faire. On cale les matelas gonflables, nos culs et nos Jupi’ au milieu du mini dancefloor improvisé entre les chiottes et le bar, on apprécie le spectacle de la gymnastique, notre activité cardiovasculaire est presque stimulée, on doit commencer à toucher à la « dolce vita » façon Dour.

Les journées au camping suivront sur cette trame, il faudra arriver à caler au milieu de ça des douches avec une attente interminable et des retraits d’espèces pour acheter des tickets boisson avec une attente toujours aussi longue. C’est d’ailleurs le point noir du festival : tirer du cash, acheter des tickets douche et boisson, se laver et remplir un bidon d’eau peut prendre trois heures, ça pique. On ajoutera une pincée d’allers-retours au Lidl ou au Colruyt (un supermarché local), une heure et demie de plus au compteur.

A Dour, la force des choses fait qu’on se lève tôt, la journée aide à panser la veille et à préparer la soirée, c’est de l’orga. On ne décroche pas une quatrième étoile de campeur comme ça…

ET LA MUSIQUE DANS TOUT ÇA?

Tous les jours, les concerts commencent à 14h30, un peu trop tôt pour nous, dommage pour Manudigital, Stand High Patrol, ADN 7.6, Kate Tempest et tous les autres groupes qui ont joué avant 20h, on avait une vie de camping à mener…

C’est généralement bien chargé qu’on rentrait sur « le site », la partie du festival où se trouvent les scènes. L’accès est relativement fluide, et quand bien même ça bouchait, les organisateurs ouvraient toutes les entrées et s’asseyaient sur les fouilles. Comme 80% des festivaliers, on arrive à faire rentrer facilement nos mix, chacun sa technique : Camelback, bouteille dans le dos, le pantalon ou enterrement de provisions alcoolisées au sein du site, suffit juste d’être créatif.

Le site, c’est surtout sept scènes, représentant plus ou moins un genre, du moins pour une soirée. Il y en a pour tous les goûts :

  • – The Last Arena pour les grosses têtes d’affiche (capacité 20 000 personnes)
  • – La Redbull Elektropedia Blazaa pour la techno, la deep-house et la bass music (capacité 10 000 personnes)
  • – La Caverne pour les musiques plus dures (capacité 8 500 personnes)
  • – La Petite Maison Dans la Prairie pour les musiques électroniques et le rock (capacité 8 500 personnes)
  • – La Jupiler Boombox pour le hip-hop (capacité 8500 personnes)
  • – Le Labo pour les nouvelles sonorités et les musiques de demain (capacité 3000 personnes)
  • – Le Dub Corner pour les enfants de Jah (capacité 2000 personnes)

Pour tous les goûts donc, et vu le monde présent chaque soir et devant chaque scène, on se dit que Dour ratisse vraiment large, de Kaaris à Manu le Malin en passant par RY X, Nas ou encore The Black Madonna, on dira même qu’il y a à boire et à manger. On tire notre chapeau à Dour qui a une programmation variée et qualitative à travers 170 artistes.

Avec autant de monde sur scène, on pourrait s’attendre à en voir des vertes et des pas mûres. Pas du tout. L’affiche de ce Dour 2017 était faite de noms comme Bruxelles Arrive, De La Soul, M.I.A, Metronomy, Nas, PNL, The Shine, Suicideboys, Caballeri & JeanJass, Roméo Elvis, Damso, Demi Portion, Kalash Criminel, Lorenzo, SCH, Machinedrum, Vandal, Adam Beyer, Amelie Lens, Apollonia, Blawan, Charlotte de Witte, Kolsh, Nina Kraviz, Sam Paganini, Surgeon, Tale Of Us, Acid Arab, Black Madonna, Trentemoller, Carl Craig, Kink, Roman, Panda Dub, The Kills, Crystal Castle, Manu le Malin, Kareen, Pendulum, and many more, on ne pourra plus dire que les belges sont un peu cons sur les bords. En tout cas ils savent faire une programmation, eux.

Je retiendrai pour ma part le concert de Kaaris et surtout ses phrases qu’il ponctuait avec des « putes » incessants, la foule transcendée par Dax J, le set de Roman Flügel et les kicks lourds d’AZF.

Autre point important, j’ai récemment entendu dire que sur les grandes scènes des festivals, les ingés font bien leur travail, mais que des contraintes font que le son est mauvais. Faut croire que les techniciens belges sont meilleurs ou que la Belgique est moins contraignante, car le son était excellent, sur toutes les scènes et pour tous les artistes. On tire notre chapeau aux artistes, aux techniciens, aux fabricants d’enceintes et à tous ceux qui ont fait en sorte que le son de Dour soit si parfait. C’était sexy, c’était beau, mes oreilles bandent encore.

On a aussi apprécié les scènes en plein air ou du moins sous chapiteau, il y faisait toujours bon, rien à voir avec les fournaises en dur qu’on nous sert trop souvent. Mention spéciale pour la scène Red Bull Elektropedia Balzaa, qui offrait des minis dancefloors en hauteur avec vue foule, c’était magnifique.

DIS MOI QUE JE SUIS LE MEILLEUR

Restons dans les flatteries, on a apprécié l’environnement dans lequel se trouvait le festival, une fois la nuit tombée, certains coins sous les arbres respiraient l’enchantement, à l’image du Bar du Petit Bois où il faisait bon flâner dans l’herbe dans une sorte d’oasis en plein cœur du festival.

La population était certes un peu jeune, je ne sais pas encore si moi et mes trente printemps, on se trouvaient dans les 5% des plus vieux ou dans les 3% des plus vieux, cependant mis à part un vouvoiement, je n’ai jamais complexé de la différence d’âge. Ayant souvent perdu des potes, j’ai été alpagué par d’autres groupes, j’ai même passé une soirée avec des moins de 20 ans, tout s’est bien passé.

Je sais pas si c’est la Belgique qui veut ça, l’arrachage général ou un phénomène encore inexpliqué par la science, mais tout le monde est gentil à Dour. Le fameux « Dour c’est l’amour » a été vérifié, personne ne te laissera seul si tu l’es, pas d’agressivité, beaucoup d’échange entre les festivaliers, on retrouve à Dour un tas de valeurs simples qu’on a hélas plus l’habitude de voir.

Durant ces 5 jours, entre nos afters on a pas eu un appétit de dingue, mais suffisamment pour manger une excellente fricadelles sauce andalouse et quelques pots de Aiki (des nouilles lyophilisées dont raffolent les Belges).

On a aimé le concept de recyclage installé au sein du festival : tu ramènes un sac de déchets ou 40 gobelets et tu as droit à une bière, 5 minutes suffisent pour ramasser 400 gobelets. Plus que la boufe locale et les gobelets vides, ce qu’on a aimé c’est l’entraide, le coté ultra libertaire du festival, les bornes pour charger son tel à 3h du mat’ et faire des rencontres, le bar du camping ouvert H24 et sa musique de merde, les mecs qui pissent partout et les filles qui font pareil, nos voisins qui n’ont pas dormi pendant 5 jours, le camping, perdre ses potes, la Jupi, les pita géantes enroulées, l’état de nos pieds a la fin de chaque soirée ; grosso modo l’aventure humaine qu’offre Dour.

ON NE PEUT PAS ÊTRE BON PARTOUT

En dehors de l’attente, 100% des festivaliers présents pour cette 29ème édition s’accorderont pour dire que les toilettes étaient dans un état lamentable, du premier au dernier jour. Si ce point a été amélioré au fil des ans, on préfère ne pas être trop imaginatif sur les années précédentes.

Autre point toilettes, qui a pensé les urinoirs ? Pourquoi aucune séparation n’était présente entre chaque coin urinoir et le reste du festival ? Je ne suis pas pudique, mais ça me gène de montrer ma teub à la moitié du camping pendant que j’essaye de pisser, et d’ailleurs personne ne repartait fier de s’être soulagé. L’hypothèse d’un festivalier que j’ai rencontré en pissant, était que ces urinoirs auraient été designés par une féministe qui a voulu prendre sa revanche sur les hommes, l’idée fait sourire…

Toujours en rapport avec le corps, l’attente aux douche était vraiment trop longue. A deux balles la douche, un effort devrait être fait, surtout qu’une douche à Dour ne fait vraiment pas de mal.

Au final, on s’est fait une raison, fallait bien pisser, et on pouvait pas se doucher…

Autre point noir de la série, l’impossibilité de rentrer nos bouteilles d’eau au sein du « site », même vides et sans bouchon, il en a été de même pour le pistolet à eau en forme de pénis.

On se pose aussi des questions quant à la qualité de la Jupiler servie au différents bars, on sait que plus personne ne coupe la bière à l’eau depuis 1930, mais on n’a jamais compris pourquoi elle ne frappait pas.

On va revenir sur les urinoirs, on n’a pas aimé voir la même demi fricadelle y traîner pendant 3 jours. Une honte quand on connaît le prix de la bouffe au Dour Festival et le goût de la fricadelle.

On explose un dernier point noir et après on arrête, mais en 2017, soit le Dour Festival n’accepte vraiment pas la cb pour acheter des tickets conso, soit on nous a fait une méchante blague.

DOUR 2018 ?

A vrai dire, le Dour Festival est de loin le meilleur événement musical auquel j’ai pu participer. Entre la programmation ultra complète, le bon esprit qui sue des moindres recoins du festival, l’organisation ou encore le camping, Dour est un festival digne de ce nom. Ça fait bientôt deux semaines que je suis parti du festival et j’en garde énormément de souvenirs. Dommage qu’il n’y ait pas eu de vraie pluie cette année, la boue aurait pu approfondir l’expérience.

– Est ce que j’ai aimé Dour ?

– Dour c’est l’amour

L’aftermovie de Dour 2017 par Davycrocket

Une Réponse à “COMMENT J’AI SURVÉCU 120 HEURES AU DOUR FESTIVAL”

  1. thewild

    Super article. Pour les chiottes, on a des astuces d’anciens (on a 40 balais et quelques Dour dans la besace), mais on va pas balancer ça ici, on se rencarde en 2018 devant une bière 😉
    Ps: dommage de rater la moitié de la prog en arrivant tard sur le site, surtout si c’est pour rater la tuerie qu’était le concert de Kate Tempest

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