DROGUES : « SUPPORT, DON’T PUNISH »

Zoom sur l’association de prévention des dangers de la vie nocturne, justement nommée Plus Belle La Nuit, dont La Nuit Magazine est partenaire. Elle organise aujourd’hui la version marseillaise de la journée mondiale contre la politique de répression vis-à-vis des drogues : Support, Don’t Punish.

Plus Belle La Nuit est un projet inspiré d’autres en Europe, et qui a pour but de faire diminuer les risques festifs. L’idée est de mettre en place des dispositifs, de porter une parole juste tout en échangeant des infos sur les produits, les pratiques de consommation, la sexualité et les gens.

Le mot d’ordre : pas de jugement, pas de prosélytisme, on n’encourage pas et on ne juge pas.

Sur les interventions de l’association, il y a toujours au moins un salarié, ou un bénévole expérimenté. Tous ont une expérience de la fête et tous aiment la fête. Mais tout cela se fait dans un cadre institutionnel, pour donner un coup de main. Et tous les publics sont les bienvenus : de la drogue, de l’alcool peu importe.

A l’origine, il y a le Bus 31/32, un programme de médecins du monde, créé en 1994, en plein dans la campagne contre le VIH. Il s’agissait surtout de faire de la prévention chez les personnes qui consommaient des drogues, et qui étaient donc plus susceptible d’être victimes du VIH. Médecins Du Monde a toujours été un pionnier, et lancera une mission de réduction des risques à Marseille, qui est devenue indépendante en 2006. Elle garde un lien fort à l’ONG, mais en est désormais détachée administrativement.

Nicolas Matenot est psychologue social et coordinateur à Plus Belle La Nuit. Il connait son sujet :

« L’alcool fait partie des drogues les plus dangereuses, et son accès est largement autorisé. C’est un paradoxe : le cannabis par exemple est interdit, alors qu’au niveau de la dangerosité beaucoup moins nocif sur quasiment tous les critères. Plusieurs études montrent que c’est l’alcool et l’héroïne qui sont les drogues les plus dangereuses. Alors que ce sont 2 drogues complètement différentes et qui n’ont pas les même réglementations. Pour autant l’alcool est ultra diffusé.

Le mode de consommation n’est pas toujours le même selon les drogues, ça peut être gobé, avalé, mangé, sniffé, inhalé, injecté ou même en plug. Peu importe le système de consommation. L’alcool c’est culturellement ancré, tu bois.

L’héro c’est une plante à l’origine, puis un médoc, et dans l’image commune c’est par injection. Mais ça se fume aussi, ça se fait en thé, avec du pavot. C’est important aussi sur la dangerosité en effet quand on se l’injecte on un effet plus immédiats plus rapide et plus haut et une retombée plus rapide aussi et brutale. Parce que ça passe directement dans le sang et le foie ne filtre pas.

Quand tu bois ton foie filtre beaucoup, c’est pas le même rendu. Le produit en tant que tel, la personne que tu es et ce que tu reçois et le contexte importent beaucoup. C’est pas la même chose de boire déprimé pendant une soirée que tout seul chez toi. »

La prévention ça fait longtemps que ça existe ; elle s’est développée dans les années 90, notamment avec le mouvement Free Techno en Grande Bretagne qui s’est bien exporté en France. Des teufeurs qui font la fête qui consomment beaucoup de produit, et qui ont envie de s’informer davantage sur leur pratique et ce qu’ils consomment, ont développé une offre d’informations dédiées pour eux et de manière objective. Car le discours courant est souvent « les drogues c’est mal il ne faut pas en consommer », ce qui empêche toute réflexion supplémentaire.

Plus Belle La Nuit est un collectif inter associatif, qui est porté par le Bus 31/32, qui a plusieurs missions d’action et de prévention :

  • l’événementiel dans les Bouches-du-Rhône, du festival à la free party

  • Des rondes sur les lieux festifs, dont le fait de marcher à pied dans les bars.

  • Les réseaux sociaux qui permettent d’aller plus loin

PBLN ne parle même pas de consommateurs, mais de personnes. Nicolas Matenot :

« Qui tu es, qu’est ce que tu fais, comment tu consommes, on prend tous des risques. Quand tu traverses la route tu prends des risques et ben c’est pareil. L’enjeu est donc qu’ils repartent plus riche après notre entretien. On se situe vraiment en complément de la répression mais on est pro-ouverture des débats sur les drogues dans la société. Parce que l’interdit n’est pas une solution.

Il y a un paradoxe qui peut être vu dans les 2 sens, c’est un peu schizophrène que notre projet soit reconnu, mais que c’est possible d’avoir une approche qui ne soit pas forcément sur l’interdiction. Nous on ne représente pas la loi, je représente une asso. C’est que la loi elle est ce qu’elle est, et nous on travaille avec la personne avec ce qu’elle est, ce qu’elle fait. Libre à chacun de respecter la loi ou non. »

Support Don’t Punish est une campagne internationale de l’IDPC, qui est le réseau mondial pour un débat ouvert et objectif sur les politiques liées à la drogue. Organisée depuis 4 ans, elle était à l’origine la journée de lutte contre la drogue, maintenant c’est devenu journée contre la guerre à la drogue. Elle est organisée cette année à Marseille en grande partie grâce à Plus Belle La Nuit. Rendez-vous dès 14h30, sur la place de la Joliette. Nous y serons aussi, avec un plateau de notre chère Cave Carli Radio qui retransmettra tous les débats.

Un dernier conseil pour la route ?

« Si tu veux que ton taux d’alcoolémie redescende il faut attendre ou consommer moins. L’inverse du binge-drinking c’est le slow-drinking. Comme ça ton corps ne sera pas surpris. Maitre mot : plaisir et boire de l’eau. »

Sarah Rietsch, avec I.H

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