ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR DE LA SÉRIE MARSEILLE

Annoncé comme le « House of Cards » version aïoli, l’ambitieuse nouvelle série de Netflix débarque sur vos ordinateurs le 5 mai prochain. La plateforme de streaming américaine a sorti le chéquier et s’est payé Gérard Depardieu et Benoit Magimel comme tête d’affiche. La série est filmée par deux réalisateurs réputés : Florent Emilio Siri (Cloclo, l’Ennemi Intime, Otage) et Thomas Gilou (La vérité si je mens 1, 2 et 3). Nous avons rencontré Thomas Gilou, et il nous parle de Marseille.

LNM: Comment la série aborde-t-elle les particularités marseillaises pour arriver à construire un produit visuel accessible au monde entier ?

Thomas Gilou: Ça ce sont les américains qui sont géniaux là-dessus. La politique Netflix est de produire des films et des séries dans chaque pays avec une identité propre à chaque pays. Mais surtout de produire un langage visuel qui soit perceptible par tous les spectateurs du monde. Le meilleur exemple est la série Narcos et c’est une réussite. Ils ont besoin des publics nationaux avec des projets globaux. Et c’est une idée géniale je trouve.

LNM: Comment s’est passée la collaboration avec Dan Frank, le showrunner de la série Marseille ?

Thomas Gilou: Avec Dan Frank, le courant est tout de suite passé entre nous. Dan a la culture de ma génération. Nous avons beaucoup échangé avant de nous mettre au travail. Quand on était en tournage, j’ai suivi le scénario de Dan. Il m’est arrivé parfois d’adapter le scénario en fonction des acteurs. C’était assez souple et surtout il a fourni un texte vachement ambitieux.

LNM: Au niveau de la réalisation, quelles sont les influences de la série Marseille ? Netflix vous a imposé un cahier des charges au niveau de la réalisation ?

Thomas Gilou: Il y a une vraie influence de la série House of Cards. Personnellement, j’ai fait ce que je sais faire le mieux sur Marseille. Les américains sont venus me chercher pour ma direction d’acteur. Pendant le tournage, j’ai évolué dans un univers visuel dont je n’avais pas l’habitude d’évoluer jusqu’à présent. Cet univers a été mis en place par Florent Siri et cela m’a ouvert des perspectives visuelles nouvelles. On n’a pas eu de cahiers des charges par Netflix. Ils nous ont laissé carte blanche.

LNM: On parle du rôle de showrunner de Dan Frank mais Florent Siri avait un rôle important sur la série.

Thomas Gilou: Florent est là depuis plus longtemps que moi sur la série. Pendant le tournage, le rôle de showrunner était partagé entre Florent et Dan Frank. Avec Florent, on a beaucoup échangé tous les deux. C’est un styliste, il a une vraie patte. Il a posé les bases esthétiques de la série et moi je devais suivre en rajoutant mon bordel. Et l’ensemble rends très bien.

LNM: Dans les bandes annonces, on remarque que les acteurs ont travaillé leurs identités marseillaises, comment les ont-ils bossé sur le tournage ?

Thomas Gilou: On le voit chez Benoit Magimel, il a pris l’accent marseillais. Il le tient bien dans la série. Gérard n’a pas besoin de le prendre lui. Il arrive tout de suite en quelques mots a créé un personnage tellement dense. Géraldine Pailhas est de Marseille aussi. Donc pour eux c’était naturel. On a essayé de sortir des clichés de « Plus belle la vie ».

LNM: Vous pensez que Marseille est la ville parfaite pour installer un thriller politique ?

Thomas Gilou: Ah ben oui, encore plus avec ce qu’il se passe en ce moment à Marseille. C’est le cas dans toutes les villes françaises je te rassure. Mais bon les histoires politiques prennent un autre sens à Marseille. Dans la série, on imagine que le maire veut construire un casino sur le Vieux Port. Dan Frank connait la ville. Il est extrêmement bien documenté sur la ville. Il connait bien la politique aussi.

LNM: A quel moment la vie politique marseillaise a influencé la série ?

Thomas Gilou: On a été pris de court avec les résultats des élections régionales. Je disais aux mecs de Netflix : « on fait avec les sondages qu’on a mis dans la série ? ». Ils voulaient laisser comme ça et on a daté la série historiquement avant les élections. On ne pouvait pas changer certains résultats politiques dans la série. Par contre pour une potentielle saison 2, ça va être intéressant …

Propos recueillis par Nicolas Chiale et Iliès Hagoug

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