INTERVIEW: FAIRMONT

Fairmont sera le 18 janvier prochain en live au Cabaret Aléatoire pour fêter le deuxième volet des quatre ans d’IRM Records. Des places seront d’ailleurs très bientôt en jeu sur le magazine, mais d’ici là faites d’avantage connaissance avec le canadien avec qui nous avons eu le plaisir de nous entretenir. 

LNM: Présente toi brièvement ainsi que ta musique, avec tes propres mots.

Fairmont: Je m’appelle Jake, je suis originaire de Toronto et je fais de la musique sous le pseudonyme Fairmont. Je produis une musique sur laquelle les gens dansent en club, mais qui ne correspond pas forcément à ce à quoi les gens s’attendent lorsqu’ils entendent les mots « electronic dance music ». Dans mon monde, les aspects « danse » et « club » ne sont que des choses qui s’apparentent au fait d’écouter de la musique. Je vis dans un monde de chansons, de sons et d’émotions complexes.

LNM: Peux tu nous éclairer sur la scène électronique canadienne ? Y-a-t-il une vraie scène artistique ou est-ce plus simplement une extension de l’industrie du divertissement ?

F: Il y a eu pendant longtemps un manque d’intérêt au Canada pour la scène électronique. Le fait que la scène soit trop petite ne m’a m’a jamais vraiment posé de problème, ce qui me préoccupait plutôt c’est que je n’arrivais pas à m’identifier à ce qui s’y passait. Toronto a toujours été très attiré par Detroit et le Royaume-Uni, et rien de ce qui s’y passait ne m’intéressait vraiment. En revanche j’étais fasciné par toutes les choses excitantes qui se passaient en Allemagne et en France, cette sorte de techno version punk qui avait commencé à émerger à la fin des années 90. Au Canada la scène électronique est aujourd’hui bien plus importante puisqu’elle s’étend sur toute l’Amérique du nord, ce qui est plutôt cool. J’y joue aujourd’hui beaucoup plus, et les événements y sont bien plus aboutis qu’auparavant.

LNM: Quelles différences constates-tu avec la scène européenne ?

F: Je pense que la seule différence est que la scène canadienne est plus jeune. Les changements qui s’y opèrent sont les même qu’en Europe – en bon et en mauvais. Comme l’underground s’est étendu, le mouvement a également perdu certaines de ses valeurs. Il y a aujourd’hui plus d’argent, plus de glamour et de mode ce qui a attiré des gens différents vers cette musique, aussi bien sur scène que devant. Tout ceci tend à pousser vers des événements plus gros et plus chers, ce qui n’est pas la direction vers laquelle j’aimerais voir tout ceci aller. J’ai toujours vu la scène techno underground comme quelque chose à l’esprit punk, en opposition au courant « dance » mainstream. Aujourd’hui nous en sommes à un point où il n’y a plus de frontière entre ces deux mondes.

LNM: As-tu le sentiment que ton style a atteint sa maturité ou entrevois-tu déjà les futurs tendances vers lesquelles tu te diriges ?

F: Aller de l’avant et trouver de nouveaux sons est clairement quelque chose de plus en plus difficile au fil des années. En ce qui concerne mes performances live, je dois constamment accoucher de quelque chose de nouveau et c’est bien souvent une épreuve de rester frais. En revanche j’aime à penser que j’ai une voix unique, et avec une voix unique on a toujours la possibilité d’offrir quelque chose tant qu’on n’a pas peur de se lancer de défis. Après avoir sorti mon dernier album et réalisé la tournée, je me sentais en grand manque d’inspiration. J’ai passé quelques mois a essayer d’écrire des chansons, mais je n’arrivais pas à atteindre des résultats qui me satisfassent. Fort heureusement, j’ai réussi à surmonter ça, j’ai maintenant le vent en poupe avec de nouvelles directions et de nouveaux morceaux. J’imagine que c’est toujours une question de hauts et de bas.

LNM: Tu vas très bientôt jouer pour la seconde fois pour IRM Records à Marseille (18/01 @ Cabaret Aléatoire), aux côtés d’artistes qui représentent bien la philosophie du label : Henry Saiz pour qui tu termines actuellement un remix, Nhar aux côtés duquel tu t’es déjà illustré à Seconde Nature et Traumer. Connais-tu bien tous ces artistes ? Dirais-tu qu’ils participent à ton inspiration ?

 

F: Ces mecs sont tous des amis. On pourrait même dire que c’est une affaire de famille. Ça fait maintenant plus de 10 ans par exemple que Nhar et moi sommes potes. Les amis sont toujours une source d’inspiration et Nhar et moi nous échangeons des morceaux assez régulièrement. Avoir des amis pour te donner un feedback et du soutien est quelque chose de crucial. Des gens comme Nhar, Sid Le Rock, Metope et My Favorite Robot sont ma famille. Et je m’estime chanceux d’avoir une si belle famille.

LNM: Que penses-tu du courant musical qu’empreinte IRM Records ?

F: On fait sans aucun doute partie du même mouvement. Il y a une approche commune que tous mes amis et les labels que je respecte partagent. Une personnalité d’outsider, une attention particulière pour la subtilité et la mélodie qui n’est pas courante au sein de la « club music ». C’est une sorte d’approche « punk dance music » qui s’impose à moi, je n’arrive pas à faire dans la « dance music » « normale », même si j’essaye.

LNM: Quels sont les outils de base nécessaire à tes productions ?

F: J’ai une passion dévorante pour les synthés, je suis toujours en train d’acheter et de vendre de l’équipement. Mes machines viennent et repartent constamment. Il y en a deux dont je ne me séparerai jamais par contre, à savoir ma Cwejman S1 et mon Prophet 08. C’est plus constant en ce qui concerne mes lives qui sont toujours basés autour d’un Akai MPC1000. J’ai jamais réussi à trouver une meilleure machine avec laquelle jouer. En plus du MPC j’ai trois ou quatre synthés et souvent ma boite à rythme Jomox. Avec cette configuration je peux avoir un contrôle total.

LNM: Ta vie d’artiste ressemble-t-elle d’avantage à une lutte (par rapport à ton environnement familial, tes proches, l’argent, le futur que tu t’imagines) ou mènes tu une vie de bohème ?

 F: Je ne peux pas vraiment me plaindre, non ? Ça fait environ une décennie maintenant que je « vis le rêve ». Je n’avais jamais imaginé que je vivrais exclusivement de ma musique, et surtout pas pendant aussi longtemps. C’est naturel d’en vouloir toujours plus, ça fait partie de la nature d’un esprit ambitieux, mais je prends du recul là dessus et je suis simplement reconnaissant pour la vie que j’ai. J’ai voyagé à travers toute la planète, et réussi à faire de l’argent en faisant ce que j’aime. Ceci étant dit, j’ai aussi dû faire des sacrifices que tout le monde n’aurait pas été capable de faire. J’ai quitté mon pays natal parce qu’il n’y avait pas assez de concerts là-bas. Mais je passe autant de temps que possible chez moi parce que je veux être auprès de ma famille et mes amis le plus souvent possible. Le fait de constamment aller et venir est parfois épuisant et a été la cause d’énormément de stress dans beaucoup de relations. Je sais qu’à un moment je retournerai au Canada, je le veux, mais je ne suis pas encore sûr de savoir quand. J’aime jouer des live, c’est addictif.

LNM: Pour finir, partage avec nous s’il te plait le morceau que tu n’arrives pas à arrêter d’écouter en ce moment.

F: Sigward « Drama In Twilight Town »

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ENGLISH VERSION:

LNM: Briefly present yourself and your activity as a music artist in your own words.

F: My name is Jake, I’m from Toronto and I make music under the name Fairmont. I make music that people dance to at clubs, but doesn’t necessarily sound like what people think of when they hear the words electronic dance music. In my world the dancing and the clubbing are just things you do while you listen to the music. I live in a world of songs, sounds and complex feelings.

LNM: How’s the electronic music scene in Canada? Is there a real artistic scene or is it more or less an extension of the entertainment industry?

F: People in Canada used to that there was a lack of interest in electronic music. I never had a problem with the scene being too small. My concern was that I didn’t really identify with what was happening there. Toronto was always very attached to Detroit and the UK, neither of which I ever cared for. I was into all of the exciting things that were happening in Germany and France. A kind of punk version of techno and electro that was beginning to emerge in the late 90s The scene is much bigger now as it is all over North America which is cool. I’m playing more events and better events than ever before.

LNM: How would you describe the difference with Europe?

F: I think it’s different only in that it’s newer. The changes that are happening there are also happening in Europe. Some good things, but also a lot of bad things. As the underground has grown, it has also lost some of it’s values. There’s now more money, more glamour and more fashion than ever before which has attracted a different kind of person to the music. Different kinds of people on the stage and off the stage. This all moves things to larger, more expensive events, which is not the direction I’d like to see things moving in. I always saw the underground techno scene as a punk thing that was in opposition to the mainstream dance world. Now things are moving to a point where there is no line between the two.

LNM: Do you feel that your style has reached maturity or can you already foresee some future trends in your productions?

F: Moving forward, finding new sounds is definitely not something that gets easier over the years. As a live act I have to constantly write new music. It’s often a struggle to stay fresh. I like to think I have a unique voice though. When you have a unique voice, you will always have something to offer as long as you challenge yourself. After releasing my last album and touring afterwards I was feeling very uninspired. I had a few months where I was trying to write songs, but wasn’t getting results that I was satisfied with. Luckily I’m past that now and on a roll with a new direction and new tracks. It’s always up and down I guess.

LNM: You’ll be soon playing for the second time for IRM Records in Marseille, alongside with artists who represent well the musical philosophy of the label : Henry Saiz for whom you’re currently working on a remix, Nhar whom you already played with in Seconde Nature and Traumer. Do you know these artists well? Would you say they take part in your inspiration?

F: These guys are all friends of mine. It’s a family affair you could say. Nhar and I have been pals for over 10 years for example. Friends are definitely a source of inspiration in general. Nhar and I exchange tracks quite often. Having friends to give you feedback and support is crucial. People like Nhar, Sid Le Rock, Metope and My Favorite Robot are my family. I’m lucky to have such a great family.

LNM: What do you think about the musical trend taken by IRM Records regarding your personal sensitivity?

We’re definitely part of the same movement. There’s a certain approach that all my friends and all the labels I respect share. A certain outsider personality. An attention to subtlety and melody that’s not usually part of club music. This is the punk dance music approach. You don’t have a choice about it. I can’t make « normal » dance music even if I try.

LNM : What are your basic essential tools that you use for production?

F: I’m a synth nerd. I’m always buying and selling equipment. Machines come and go all the time. 2 machines that I will never sell though are My Swejman S1 and my Prophet 08. My live show is more constant. It’s based around an Akai MPC1000. That never changes. I’ve never found a machine better for playing live with. On top of the MPC I have 3 to 4 synths and usually my Jomox drum machine. With this system I have total control. I crazy enough that I am challenged to keep it all running, but not so complicated that I am struggling on stage.

LNM: How’s your life as an artist, is it a struggle (regarding you background, family, issues such as money or your future self) or are you living in a bohemian kind of way?

F: I really can’t complain can I? I’ve been more or less « living the dream » for over a decade. I certainly never thought that I would live exclusively from my music at all, never mind for such a long time. It’s natural to always want more, that’s the nature of an ambitious mind, but then I have to step back and simply be thankful for the life I have. I’ve travelled the world and made some money doing something that I love. That being said I’ve had to make sacrifices that not everyone would have made. I moved away from my home country because there wasn’t enough gigs there. But I still spend as much time as I can at home because I want to be with my family and friends as much as possible. This constant moving back and forth is exhausting at times and has caused a lot of stress in various relationships. At some point I want to move back to Canada, but I’m not sure when that will be. I love playing live. It’s addictive.

LNM: Please give us an eargasmic track you currently can’t stop listening to.

F: Sigward « Drama In Twilight Town »

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