FRANCK CONTE, SERIAL GRAFFEUR

Dans la rue Edmond Rostand, Franck Conte, street artiste et peintre, donne les derniers coups de pinceau à sa nouvelle œuvre. Cette fois-ci, ce n’est pas au football que l’artiste a décidé de faire un clin d’œil, mais à un classique de la littérature. Remarqué pour ses graff’ à l’effigie de plusieurs grands joueurs de l’OM, Franck Conte reste un artiste très attaché à la peinture classique et à l’art abstrait.

 

 La Nuit Magazine : Comment êtes-vous arrivé dans l’art, êtes vous un autodidacte ?

Franck Conte : Oui, en fait on est fatalement autodidacte étant donné que dans les écoles d’art, aujourd’hui, on n’apprend rien. Petit, je dessinais déjà très bien et puis quand j’étais au collège, j’adorais mon prof d’arts plastiques. J’avais aussi vu un film sur Jackson Pollock et j’avais adoré sa liberté du coup, voilà, c’était décidé.

Vous avez été remarqué par vos portraits de joueurs de l’OM, comment expliquez vous cet engouement ?

Justement, le buzz s’est fait parce que ce que j’ai proposé en street art, c’était de la peinture plutôt classique. C’était le produit de la rencontre entre la peinture classique et le football, qui sont deux mondes qui ne se touchent pas du tout. Je crois que c’est pour ça que ça a autant intéressé les gens.

Est-ce que vous avez des idoles ?

A part Paul Pogba, tu veux dire ? En peinture c’est Turner. Turner, Pollock pour la vie rock’n’roll. Moi je viens de la peinture abstraite donc les premiers artistes qui m’ont fait kiffer c’est Pollock, c’est de Kooning, c’est Sam Francis… Aujourd’hui, je suis passionné par Klein, par Soulages, que j’adore et qui d’ailleurs reprennent dans leurs travaux les mêmes enjeux esthétiques que le graffiti dans les grosses lignes, la dynamique, le contraste tout ça. Mais plus ça va, plus je me passionne pour la peinture classique.

Vous faites beaucoup de street art, qu’est-ce qui vous plait dans cette forme d’art ?

Bah là c’est pareil tu vois, tout vient de l’enfance de toute façon. Déjà, moi petit, j’adorais le tag. Quand j’étais gamin, je savais que j’allais taguer quand j’aurais l’âge d’y aller, ce que j’ai fait. Et puis la rue, l’adrénaline… Mais c’est la rue, je crois, qui t’appelle le plus dans le graffiti, c’est occuper le terrain.

 

Quel est votre regard sur le street art aujourd’hui ? C’est une pratique plutôt en vogue depuis ces dernières années.

Ouais c’est parce que le street art s’est emparé des questions esthétiques qui ont été abandonnées par l’art contemporain. Le street art, sans le vouloir d’ailleurs, a repris les fondements de la peinture et de l’esthétique avec les contraintes qui sont liées au street art, donc peinture au spray, etc. Au tout début dans le graffiti, il y avait la guerre du style et c’était à qui ferait le plus beau lettrage ou le plus beau design. Il y a eu une émulation des artistes qui ont tous tenté d’être le meilleur, le meilleur, et ça a permis de faire monter le niveau de manière incroyable. Aujourd’hui dans ce domaine, t’as des artistes peintres de talent. C’est un monde qui est autodidacte et qui est aujourd’hui l’un des arts les plus dynamiques. Surtout que c’est un langage international, le graffiti. Avec le temps, il s’est propagé super rapidement, c’est un langage qui a été adopté par tous les artistes du monde entier.

L’art est-il réservé à une élite ? Comprenez-vous que l’on puisse trouver cette pratique snob ?

Non la peinture n’est pas élitiste, ce n’est pas vrai. Je crois que c’est plus une question de feeling, de ressenti. Il y en a qui l’ont et d’autres pas. Moi par exemple, j’ai toujours aimé la peinture abstraite, et je sais très bien que la plupart des gens n’arrivent pas à capter le truc. Après si tu étudies l’histoire de l’art et tu t’intéresses, si tu vas voir des tableaux, si on t’éduque, il n’y a pas de problème. Le street art est dans la rue, les gens y ont donc forcément accès plus facilement. Ça n’empêche que les musées n’ont jamais été autant visités qu’aujourd’hui. C’est l’accessibilité qui pose peut-être le plus problème. En tout cas les musées sont gratuits une fois par mois et libres à tous.

Comment choisissez-vous vos sujets ?

Et bien là par exemple, on est dans la rue Edmond Rostand, donc l’auteur de Cyrano de Bergerac. J’ai fait un Cyrano, j’avais envie. En fait, en habitant ici du coup je l’ai lu ; je ne l’avais pas lu, et voilà. J’aime beaucoup le personnage de Cyrano. C’est la plume et l’épée, tu vois. En fait c’est deux armes : l’arme physique et l’arme verbale.

En préparation du graff’ rue Edmond Rostand

Pourquoi ne pas tester d’autres outils ?

Moi je suis plus à l’aise avec la peinture. Après, je fais aussi du pochoir, mais il y a moins de plaisir. C’est un travail d’atelier, de découpe, et ensuite le travail de peinture est assez court. C’est beaucoup de précision, d’application, et moi je prends plus de plaisir à peindre. Mais le pochoir je kiffe aussi, j’en fais pas mal.

Est-ce que c’est facile d’être un artiste aujourd’hui ?

Ouais, j’arrive à ramener le pain à la maison, on va dire. Je trouve que c’est plus facile d’être peintre aujourd’hui qu’il y a trente ans. Avec les réseaux, c’est quand même beaucoup plus simple de faire circuler son travail ; c’est juste que c’est un job à plein temps. En fait c’est comme être chef d’une petite entreprise, ta marque c’est ton nom. Le seul vrai problème c’est qu’il y a un défaut de rémunération dans le travail artistique par rapport à la peinture. Les musiciens, par exemple, quand ils jouent ils sont toujours payés. Mais à un moment donné, c’est aussi le jeu. Le jeu de l’art, c’est faire valoriser ta peinture. Une fois qu’elle a de la valeur, si elle est bien vendue, tu passes vite des échelons. C’est un peu une partie de poker, tu peux rafler la mise ou pas.

En tant qu’artiste, vous cherchez plus à montrer qu’à dénoncer, non ?

Complètement, d’ailleurs je crois que dénoncer c’est une arnaque. Prétendre que l’art dénonce quoi que ce soit c’est un peu, à mon avis, faire peu de cas de l’intelligence des gens. Je ne crois pas que Banksy ait appris quoi que ce soit à qui que ce soit. Je crois même que, quand Banksy va peindre le mur israélo-palestinien, il se fait de la pub sur le dos de la misère. Je ne vois pas ce qu’il dénonce. Il fait quoi, il crie « liberté » ? Ok super, bravo Banksy, heureusement que tu es là, merci. Sans toi je n’aurais pas été au courant du conflit israélo-palestinien. Grâce à ton éclairage nouveau j’y vois plus clair.

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