FUME, FUME AVANT QUE LA RÉPRESSION NE TE FUME

Il n’y a pas plus vieux débat que celui de la légalisation du cannabis en France. Chaque année, il repointe le bout de son nez, comme la grippe aviaire à la télé. Mais cette fois, il part de Marseille (en même temps, notre rue la plus célèbre tire son nom d’un champ de chanvre, c’est pas très étonnant non ?). Nous, à la Nuit, on te montre ce que ça pourrait apporter à ta ville.

 

« Hé ! T’as pas une longue feuille stp ? » cette phrase que tout le monde a déjà entendu au moins une fois dans sa vie pourrait bien un jour devenir notre quotidien. Et oui mon petit ! Le débat sur le cannabis revient en force avec à sa tête un député bien de chez nous : Patrick Mennucci. Pour ce dernier, la légalisation est la seule réponse possible face aux règlements de compte en série qui touchent la ville – 16 depuis le début de l’année. « J’ai pris cette position il y a quelques années en regardant la ville où je vis, la ville où j’ai été élu. Je ne suis pas consommateur et je ne l’ai jamais été. Si je défends le cannabis aujourd’hui c’est pour des questions de sécurité […]. On peut pas continuer comme ça. Y a deux jours à peine deux jeunes se sont encore fait tuer. […] Je ne suis pas spécialiste de la question, […] mais mon idée c’est qu’il faut légaliser. » a t-il raconté lors de la journée organisée par Support Don’t Punish (que  tu peux réécouter en podcast sur C.C.R).

Pour Claire Duport, sociologue et chargée de recherche à Transverscité, c’est également la solution. « Il y aura toujours quelques fondus qui rêveront d’être Scarface, mais l’immense majorité des trafiquants se tournera vers autre chose. Ils n’auront plus besoin de dealer puisqu’on vendra de l’herbe dans le café d’à côté ! ». Autre chose, oui mais quoi ? Comment ? Ne pourraient-ils pas se reconvertir dans la MD, la coke ou l’héro ? « C’est totalement absurde de dire ça », s’exclame-t-elle. « C’est pas du tout le même réseau, le même client, le même système. Et puis c’est pas parce que tu es bon pour vendre des chaussures que tu seras bon pour vendre des tomates. En plus, les places sont déjà prises. Le petit dealer de cannabis, il va pas s’aventurer sur un terrain glissant comme celui-là. Il faut se rendre compte aussi que ces jeunes gens ont les mêmes aspirations que tout le monde : réussir leur vie, être amoureux, avoir une famille. Ils ont pas du tout envie de finir en prison ou de se faire buter. »

Comment légaliser ?

Attention, ne croyez pas que si légalisation il y a, ça va être la ginguette à tous les étages. Non, légaliser, ça veut dire donner un cadre légal. Mais pourquoi ne pas simplement dépénaliser comme en Hollande ? Parce qu’une dépénalisation n’empêcherait pas la contrebande, ni de faire n’importe quoi avec les prix, ni d’avoir de mauvais produits. On pourrait pas forcément fumer partout. Du coup, pour éviter tout ça, Christian Ben Lakhdar, maître de conférences en économie à l’Université de Lille, imagine « un genre de monopole d’état, c’est-à-dire la main mise d’un contrôle fort étatique. Avec ce cas de figure, l’état devrait dans un premier temps baisser les prix pour assécher les marchés criminel, puis augmenter ces derniers, à l’instar du tabac, pour faire diminuer les prévalences ». Pour appuyer son idée, il n’hésite pas à comparer la légalisation du cannabis à celle des jeux d’argents en ligne. Depuis 2010, la France autorise l’hébergement des sites de ce type, et ce dans un cadre stricte et encadré. Ainsi, une autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel) est là pour lutter contre les sites illégaux et pour délivrer des licences d’exploitations aux opérateurs qui font la demande à condition qu’ils mettent en place une politique de prévention et de réduction des risques du jeu pathologique. «Ce qui est intéressant avec l’Arjel c’est que c’est totalement applicable au cannabis » ponctue Christian Ben Lakhdar. Et avec ce système, bonjour les bénéfices.

Money, money, money

« Boucher l’trou d’la sécu en fumant mon tarpé » chante Tryo dans La Main Verte. Le groupe ne croit pas si bien dire. Inscrire le cannabis dans un cadre légale pourrait selon différentes études, rapporter 1,8 milliard d’euros à la France. De quoi réduire la dette publique, mais aussi venir en aide aux populations les plus pauvres, celles laissées sur le carreau, celles les plus touchées par les trafics. « La pauvreté engendre des modes de subsistance terribles. Si on légalise, il faut être attentif à cela et permettre aux plus démunis d’accéder à un emploi. Pareil pour les dealers, il faut penser à leur réinsertion professionnelle. Vendre de la drogue c’est un vrai savoir-faire, ce serait dommage de gâcher ça », explique Claire Duport en évoquant le livre de Terry Williams, Cocaïne Kids. En plus de cela, imagine tout ce que la légalisation engendrerait d’autres pour une ville comme Marseille. Un Cours Julien enfumé encore plus que d’habitude, des coffee shops répartis sur la Canebière fraîchement rénovée, des quartiers Nord apaisés et repris en main. Utopique n’est-ce pas ? En tout cas ce qui est sûr c’est que ça permettrait d’avoir un certain contrôle sur le prix et la qualité des produits. Finis la beuh coupée au verre ou le shit au caoutchouc. En plus, il pourrait y avoir une véritable politique de prévention. « Vu que pour le moment c’est interdit, on peut pas apprendre les bonnes pratiques aux gens, on peut juste leur dire que c’est mal. Et ça c’est un problème » rajoute Claire Duport. Autre avantage non-négligeable pour les fumeurs : le fait de ne plus être perçu comme des criminels dès qu’ils éclatent un joint, « qu’on arrête de me considérer… comme un drogué ».

Sarah Barbier

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