GUIRRI MAFIA : « IL Y A BEAUCOUP D’INÉGALITÉS DANS LE RAP »

Pour Marsatac, les membres de la Guirri Mafia ont quitté la cité de Felix Pyat (3e) pour les pavés du Parc Chanot. Ils y ont entamé des joutes verbales auto-tunées histoire de chauffer une salle déjà bien attisée et acquise à leur cause. Quelques heures avant, Solda, Gravou, Djiha et Malka Le Loup décortiquaient sans filtre le rap marseillais avec nous. Ah oui oui oui.

 Comment a commencé l’aventure Guirri Mafia ?

On se connaît depuis tout petit, ça s’est fait naturellement. On était au quartier, on faisait chacun du son de notre côté. À force de traîner ensemble, on a décidé de monter notre collectif. Ça a payé du premier coup. Et donc on a décidé de continuer, et maintenant on est là. Et ça c’est pas un hasard, c’est qu’on fait le taf.

D’où vient le nom de Guirri Mafia ?

C’est un secret (rires). Et on aimerait que ça le reste.

J’ai vu que vous aimeriez bien signer chez une major. Vous n’avez pas peur que ça vous oblige à lisser votre identité très marquée ?

Si on signe chez une major, c’est pas pour ça qu’on va donner notre cul. On ne changera pas notre façon de faire, ni nos idéaux. Ça ne veut pas dire qu’on va perdre notre identité. Après, il faut savoir s’adapter comme d’autres rappeurs qui pour autant n’étaient pas des vendus. À un moment donné, si on veut vivre de sa musique, il faut savoir faire des choix. C’est bien beau de parler tout le temps du ghetto, mais c’est bon le ghetto on sait ce que c’est maintenant. On va pas le renier mais on va non plus baser notre groupe là-dessus.

Il n’y a pas que de la violence dans le ghetto. Il faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Il y a aussi des gens bien, des gens qui triment pour subvenir à leurs besoins et des gens qui n’ont pas le choix et qui sont obligés de faire certaines choses pour s’en sortir. Je ne vais pas leur cracher dessus. Chacun a sa vie, chacun a sa façon de faire. On n’a pas tous le même vécu. Je ne suis pas Tony Montana mais ce qui est sûr c’est que mon vécu il me sert à avancer. C’est le passé qui fait le futur comme on dit. Et je me sers de mon passé pour faire mon futur.

« Il faut savoir un truc à propos du rap de Marseille : aucun de ces mecs n’est fasciné par l’idée de violence comme les rappeurs d’ailleurs, qui exagèrent systématiquement leur quotidien » a dit Jérémy Guez de Vice. Vous êtes d’accord avec ce constat-là ? 

Bien sûr. C’est toujours ceux qui vivent pas les choses qui en parlent le plus. Nous on le vit au quotidien. On sait ce que c’est. Donc on va pas le crier sur tous les toits, ce serait une perte de temps. On sait ce qu’on vaut et qui on est. Et ceux qui font ce genre de choses, ils ne sont pas ce qu’ils prétendent être. C’est un moyen pour eux d’obtenir une certaine reconnaissance.

Quel est votre définition du rap marseillais ?

Pour nous c’est avant tout l’authenticité. J’écoute le rap marseillais depuis toujours, et je remarque que les artistes ils sont pas là à écrire des textes pour faire plaisir aux gens. Ils se prennent véritablement la tête et ne cherchent pas à influencer la nouvelle génération. Ça fait toujours plaisir de voir des rappeurs qui ne pensent pas qu’à leur gueule, et qui ne sont pas là à revendiquer des trucs qu’ils n’ont même pas vécus. Nous on pourrait revendiquer des choses vraies mais on n’a pas pour autant envie de le faire. On n’a pas envie d’influencer les petits frères. Au contraire, nous on veut leur montrer la bonne voie à notre façon. On est pas non plus des anges mais on essaye de faire du mieux qu’on peut.

La Fonky Family, IAM, 3e Œil, ils font partie de ceux qui vous inspirent ? 

Oui. Ils font partie de l’âge d’or du rap français. Ils ont marqué et influencé toutes les générations de rappeurs. Hier, le concert de la Fonky Family c’était vraiment énorme. Ces mecs-là, ils sont très très forts. Ça se voit qu’il ont bossé et que dans leurs textes c’est pas des mensonges.

© Raoul Photography

Et les nouveaux rappeurs marseillais, vous en pensez quoi ?

C’est bien que le rap marseillais soit mis en avant. Mais, la vérité c’est que ça nous parle pas. On a grandi avec le vrai rap, avec des vraies valeurs et donc quand on entend certaines paroles, on peut pas. Alors oui, il faut que le rap avance. Mais la façon dont c’est en train d’évoluer, ça ne nous plaît pas trop. Ça devient n’importe quoi. Aujourd’hui, les gens du ghetto qui vivent et écrivent de vraies choses ne sont malheureusement pas écoutés. Ceux qui sont mis en avant, c’est ceux qui sortent de nulle part et qui n’ont pas un quart du vécu qu’ils prétendent avoir.

Après tant mieux pour eux. On s’en fout de ces gens-là, on n’est pas jaloux. Mais voilà, dans le rap il y a beaucoup d’irrégularités, d’inégalités. Les vrais rappeurs ne sont pas exposés. Le rap aujourd’hui c’est devenu de l’argent, c’est plus comme avant. Il faut qu’on s’adapte à l’époque, mais on se plaint pas. On aime ce qu’on fait, et on ira jusqu’au bout de nos convictions en espérant que ça porte ses fruits. En tout cas la Guirri Mafia arrive et c’est très très lourd. Nous on a un vrai projet, de vraies valeurs et de la vraie musique.

 Comment on fait pour se faire une place face à ces artistes-là ?

Il ne faut pas se fondre dans la masse. Ok, ils font le buzz mais nous on préfère s’inscrire dans la durée. Si à la fin ça paye pour de vrai, on s’en fout de faire le buzz. Nous on fait ça par passion, par pour avoir des showcases ou des nanas. Peut être qu’un jour le public va se réveiller et venir vers nous. Comme on dit : la vérité finit toujours par resurgir (rires).

Qu’est-ce qui manque à Marseille pour que le « vrai rap » connaisse lui aussi un renouveau ?

La surexposition tout simplement. Certes le rap est à Marseille mais pas tout le monde bénéficie de l’exposition. C’est comme s’il y avait des clans qui s’amusaient à se mettre des bâtons dans les roues. Nous on ne participe pas à ces gamineries. Ceux qui font ça, ils ont rien compris à la musique.

Quels sont vos projets ?

On va sortir notre projet Guirri Gang. Et sans faire le prétentieux, ça va être très très lourd. En tout cas, nous on y croit dur comme fer.

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