HIGH TONE : « LE DUB EST LE GRAND-PÈRE DE LA MUSIQUE ÉLECTRONIQUE »

Véritable pilier du dub français, High Tone fête cette année ses 20 ans d’existence. A cette occasion, les Lyonnais ont fait remixer leurs morceaux par une ribambelle d’artistes de la nouvelle génération dub, de Pupajim à Tetra Hydro K en passant par Mahom ou Panda Dub. Histoire d’en savoir plus, on est allé rencontrer Fabrice et Lionel, deux des quatre membres du crew au Outdoormix Festival – qu’on te raconte très bientôt.

La Nuit Magazine : Pouvez-vous présenter en quelques mots ? 

Fabrice : On a sorti notre premier vinyle en 1998 – on fête cette année nos 20 ans. On fait partie des premiers groupes à avoir initier le mouvement dub en France. A l’époque il y avait peu de sound system, et la musique dub était peu répandue. En gros, ça se résumait à Improvisators Dub, Zenzile, Brain Damaged et nous. Pendant longtemps, cette scène-là s’est inspirée du dub jamaïcain et anglais, puis elle s’est démarquée de celle-ci en faisant une formule live avec beaucoup d’instruments.

Quelle est votre actualité ?

Lionel : L’actualité c’est nos 20 ans et le fait qu’on a sorti une compilation de remixes à cette occasion.

Fabrice : On a envoyé des morceaux de notre catalogue à pleins de groupes dub récents, principalement français, pour qu’ils les remixent. L’idée c’était de faire un pont entre l’ancienne génération, nous, et la nouvelle. La compil’ s’appelle « Dub To Dub », elle est sortie en vinyle sur Jarring Effect et est disponible gratuitement en digitale sur ODGPROD.

Comment s’est faite la rencontre avec ces jeunes artistes ? 

Fabrice : C’est grâce principalement à notre nouveau manager qui travaille avec toute cette scène-là. Il est venu vers nous en nous présentant les artistes de son écurie. Avant de faire l’album, on en connaissait déjà quelques uns, mais pas tous.

C’est quoi votre avis sur cette nouvelle génération ?

Fabrice : Il y a du très beau monde. Par exemple, ONDUBGROUND, on a tellement kiffé leur remix qu’on les a appelé pour le jouer ce soir en live. Panda Dub, j’aimais pas particulièrement son style à la base mais il a superbement évolué. Mahom ils sont très sympa. Après on les a pas encore tous rencontré mais on essaye à chaque fois de les caler avec nous en première partie sur nos dates.

C’est quoi pour vous la différence entre la dub d’hier et celle d’aujourd’hui ?

Fabrice : Déjà, nous à notre époque on disait LE dub, alors que la nouvelle génération dit LA dub, on sait pas pourquoi. Et on va passer pour des cons si on continue à dire LE (rires). Ensuite, avant on était nombreux sur scène et on utilisait beaucoup d’instruments alors qu’aujourd’hui il y a une ou deux personnes maximum. Après, ça s’est dû à l’évolution de la musique dub, notamment avec les sound system. Quand on a commencé, y en avait presque pas. Ou alors c’était dans les free parties en mode techno. Puis, dans les années 2000, les soirées dub ont explosées. La grosse différence c’est ça : il y a moins de groupe mais beaucoup plus de sound system.

Comment expliquez-vous le fait que la musique dub plaise toujours autant aujourd’hui ?

Lionel : Les sound system ça donne toujours un côté alternatif, et je pense que les jeunes d’aujourd’hui sont demandeurs de ce genre de choses.

Fabrice : Si on revient aux origines, le principe de la dubplate, les sound system, le fait de faire venir un MC, de remixer des morceaux, ça se retrouve dans d’autres musiques. Le dub est le grand-père du hip-hop, du jungle, du dubstep, de la bass music et de la musique électronique. Et ça, les gens commencent à le comprendre. C’est pour ça que ça plait toujours autant. J’espère juste que ça va pas finir pas devenir trop commercial comme d’autres genres.

Lionel et Fabrice dans la loge du Outdoormix Festival

Et comment on fait quand on a 20 ans de carrière pour continuer à plaire ?

Fabrice : Je me la pose tous les jours cette question (rires). Non, en vrai, nous on fait ça par passion. Si ça plait tant mieux, si ça plait pas tant pis. On n’a jamais fait de compromis. Après le dub c’est seulement un de nos ingrédients. On va bien au delà musicalement parlant.

Lionel : On a jamais fait de trucs trop grand public. On fait ce qu’on fait, et les gens nous aime pour ça.

Comment vous vous voyez dans 20 ans ?

Fabrice : Grand-père (rires) ! Personnellement, j’ai envie de faire de la musique toute ma vie. J’ai pas fait d’études, je sais faire que ça.

Lionel : Si je fais de la musique encore dans 20 ans, ce serait hallucinant sachant que ça fait déjà 20 ans que j’en fait.

Fabrice : On en parlait tout à l’heure entre nous, il y a plus beaucoup de groupes de notre génération et de notre scène qui existe encore aujourd’hui. Il reste quelques piliers comme High Tone, Brain Damaged et Zenzile mais c’est tout. Un groupe qui a 20 ans d’existence c’est rare. On est super fier d’être toujours là. On se voit encore faire ça encore au moins 10 ans, après on verra.

Qu’avez vous prévu ce soir pour le Outdoormix ?  

Fabrice : Pleins de choses ! A la base, on fait toujours en sorte de ne pas rejouer ce qu’on a fait avant. Quand on a commencé, on faisait beaucoup de dub, avec du scratch. Puis, ça nous a lassé et donc on a cherché à évolué à chaque album, au point parfois de ne plus avoir un seul morceau dub. Mais pour nos 20 ans, on a fait l’effort de chercher de vieilles tracks. On avait peur que ça fasse tâche sur scène mais finalement, en reprenant certains morceaux, on arrive à faire une bonne combinaison de set.

Lionel : On s’est toujours refusé à aller chercher les vieux trucs, et finalement ça a été un plaisir de le faire.

High Tone au Outdoormix Festival 2018

Pouvez-vous me parler de vos projets solo ?

Fabrice : Pendant longtemps, entre deux albums, on rencontrait un groupe, principalement un de la scène dont on parlait tout à l’heure. L’idée c’était de fusionner avec ces groupes-là, et c’est ce qu’on a fait pendant 6/7 ans. Le truc, c’est que faire ça, c’est lourd. Déjà faire un album High Tone c’est compliqué, mais en plus bosser avec d’autres groupes, laisse tomber. On se retrouvait à 10 musiciens en studio et on bougeait tout le temps. Au bout d’un moment, on s’est concentré sur des projets solo. On pouvait  bosser de chez nous, et avec les enfants qui arrivaient c’était pas négligeable. On a fonctionné comme ça pendant ces cinq dernières années : on sortait un album High Tone puis un Dub Invaders, soit une compilation de nos projets solo.

En ce qui concerne High Tone, y aura-t-il bientôt un nouvel album ?

Fabrice : Ouais, dès la semaine prochaine on est en studio. Le nouvel album se prépare avec aussi une tournée plus scénique que d’habitude. Il sortira l’année prochaine !

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