INSIDE OUT PROJECT: « JR LAISSE LES GENS ETRE DES ARTISTES »

Les 7 et 8 juillet prochains les Terrasses Music’Art investissent l’Abbaye de Silvacane à la Roque-d’Anthéron. Ce  festival qui a fait ses armes au Château de Lauris sur plusieurs éditions déménage cette année sur un site toujours aussi magique, animé par l’envie de promouvoir la culture dans l’arrière pays aixois. Depuis toujours, l’art protéiforme fait partie de l’ADN des Terrasses Music’Art qui associent des musiques électroniques pointues à des expositions ou des performance live painting. Pour la deuxième année, le festival s’associe à l’Inside Out, le projet street art de JR. Une démarche originale qui nous a donné envie de découvrir plus en détails cette démarche artistique internationale. Lola et Luana, aux manettes de ce projet d’art nous ont éclairé sur la façon dont JR a réussi à déployer ces portraits d’anonymes à travers le monde.

Pouvez-vous nous décrire le projet Inside Out ? 

C’est un projet qui a commencé il y a 6 ans lorsque JR a gagné le TedX en Californie. C’est un projet d’art qui consiste à véhiculer un message en imprimant des photos pour les coller sur des murs. Au départ il n’y avait pas de règles concernant les quantités, on a commencé par une photo. Maintenant on demande un minimum de 50 photos pour qu’on accepte le projet. 6 ans plus tard, nous en sommes à plus de 300 000 portraits imprimés et affichés dans plus de 140 pays, avec des messages complètement différents.

Combien de personnes y a-t-il dans ce projet ?

Nous sommes une petite équipe de 3 personnes. Mais il y a une grande famille qui tourne autour. Tout est basé sur le volontariat. On imprime à Paris, mais on a aussi un camion-imprimante aux Etats-Unis. On œuvre énormément auprès d’écoles primaires partout dans le monde. Ici, on reçoit les demandes du monde entier. Les gens nous envoient leurs photos, on les prépare et on les renvoie. Ensuite, il y a un travail de diffusion, une fois que les gens affichent les photos, on les diffuse sur notre site, nos réseaux sociaux pour illustrer notre action dans le monde entier.

Est-ce que JR intervient dans la sélection de projet ?

JR a créé ce projet, il en a eu l’idée, il l’a mis en place, mais il s’est détaché très rapidement. L’idée est que les gens doivent s’approprier le projet eux-mêmes. Il l’a créé mais il n’en fait plus partie, il laisse les gens être des artistes mais il suit évidemment l’évolution avec beaucoup d’attention.

En parlant des Terrases Music’Art, vous travaillez avec eux depuis l’année dernière, comment s’est nouée cette collaboration avec ce festival ?

Ils nous ont proposé ce projet là l’année dernière pour sensibiliser la population locale sur le Chateau de Lauris. Donc nous avons fait l’exposition « 1000 sourires pour Lauris » avec des photos des habitants du villages. En ce qui concerne l’Abbaye de Sylvacane, ils veulent démocratiser la culture dans La Roque-d’Anthéron avec une exposition au sein de l’Abbaye.

Quels sont vos critères de sélection des projets ?

Alors on accepte tout, sauf bien sûr les messages de haine et aussi les messages un peu trop personnels. Nous avons certaines règles. Pas de lunettes sur les photos, une personne par portrait… Le format doit être normaliser pour que tous le monde soit sur un pied d’égalité. On ne va pas choisir un message qui soutient un parti politique.

D’ailleurs, pourquoi vos photos sont en noir et pas en couleur ?

Car c’est trop cher à l’impression (rires). On a commencé par imprimer nos photos en noir et blanc et ensuite c’est devenu notre patte.

Comment change-t-on la vie des gens avec la photographie ?

C’est au delà du fait de coller des photos sur les murs. C’est surtout pour rassembler des personnes sur un même projet, un même message. Ça requiert pas mal d’efforts. L’idée que JR avait en lançant ce projet, c’était que la population puisse se poser des questions et d’ouvrir des sujets de discussions. Notre but est aussi de rendre ce procédé accessible, c’est complètement gratuit, on fonctionne grâce aux donations. N’importe qui voulant créer une action peut le faire. JR permet à n’importe qui d’être un artiste et de faire partie d’une aventure.

Combien de demandes de projets avez-vous par semaine ou même par mois ?

Ca dépend des périodes mais depuis 6 ans nous avons imprimé plus de 300 000 photos. Il y a moins d’action l’hiver car c’est plus compliqué pour coller des affiches. Cependant c’est assez constant, on reçoit des demandes tous les jours.

Quel est le projet qui a le plus fait changer les mentalités ?

On n’a pas d’exemples concrets pour l’instant, le changement se fait principalement localement et nous ne pouvons pas le calculer. Il n’y a pas eu d’événement majeur lorsque des gens ont collé des photos. Nous avons par contre beaucoup de retours de nos actions dans les lycées, c’est un moyen extrêmement efficace de communication. C’est un moyen de rassembler les élèves surtout aux Etats-unis où on a travaillé plusieurs fois avec des lycées.

Justement, avez-vous eu des retours comme quoi certaines photos ont été mal comprises ?

Bien sur, on a souvent eu des retours comme quoi des posters ont été déchirés. Il y a des passages dans le film Inside Out, notamment en Tunisie, où on voit des gens être en colère à cause des photos de JR.

Le succès du Projet Inside Out est-il le symbole d’une société qui a du mal communiquer ?

Le projet n’est pas si connu que ça et c’est d’ailleurs pour ça qu’il existe encore. On ne pourrait pas imprimer 10 000 photos par jour, ce serait trop compliqué et puis ça perdrait de son charme. Le but du projet est de rassembler les gens, de créer des interactions, des débats.

Quels sont vos futurs projets ?

Nous en avons beaucoup, ce serait compliqué de tout expliquer. Quand JR avait créé cette initiative, il n’avait aucune idée d’où le projet arriverait. Il pensait qu’il allait durer juste un an, au final ça fait plus de 6 ans qu’il existe. Pour la suite, nous avons envie de travailler avec de plus en plus d’écoles. Axer Inside Out sur d’avantage de projets liés à l’éducation mais sans oublier les autres projets à travers le monde.

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