INTERVIEW: DJ DJEL PRÉSENTE « RENDEZ-VOUS »

On ne présente pas Dj Djel alias Diamond Cutter à ceux qui vécurent les plus belles années du Rap français ou encore les bonnes soirées Hip Hop marseillaises.

Il est passé derrière le micro de Cave Carli Radio pour présenter son premier album solo, ‘Rendez-vous’’ actuellement en production et dont la sortie et prévue pour 2016.

Parmi les ambassadeurs du rap marseillais, il a su valoriser musicalement des rappeurs devenus incontournables dans le milieu « street-rap » de la cité phocéenne.

Cet artiste natif de Marseille a grandi dans le Belsunce des années 80, s’imprègnant très jeune de toute la mixité et l’ouverture musicale qu’il pouvait y capter. Il s’y est forgé un répertoire éclectique, à l’image des différentes communautés du monde vivant alors dans ce quartier. À cela s’ajoute aussi les le flot de Hip Hop venu d’outre-Atlantique qu’il parvient à capter avec les premiers clips et les Dj scratch. Il passe son adolescence à s’essayer à toutes les pratiques de la culture Hip Hop, à 15 ans la danse, puis le graffiti. C’est d’ailleurs lui qui réalise encore la plupart de ses logos. Il se tente même à l’écriture rap, mais il préférera vite la laisser au MC’s pour se plonger dans l’écriture sonore.

Une enceinte de récup, une vieille platine maison, un lecteur cassette, et l’ampli des potes – il est lancé pour ses premiers mixes. Il enchaine depuis les participations à différents projets qui le porteront à travers le monde pour partager son talent et son inspiration marseillaise. Les passionnés du genre lui doivent, en partie, depuis les années 90, l’émergence sur scène des premiers B.Boyz en France (Akhenaton du groupe IAM, Faf La Rage, Boss One du 3em Œil pour ne citer qu’eux), sans oublier la mythique Fonky Family. Aujourd’hui il anime les soirées Rap à Marseille, et est omniprésent en première partie des pointures américaines : Capone et Norega, Public Enemy, Redman, Xzibit, Kendrick Lamar, la liste est longue.

Le fondateur du label ‘’Don’t Sleep’’ et du collectif ‘’Don’t Sleep Dee Jayz’’ revient sur scène avec un album solo, empreint de maturité et de sagesse, il tente un projet audacieux ; une rencontre Marseille-Méditerranée pleine de créations et de fraicheur.

Entre beats et samples des MPC d’époque sur fond de black music, il propose une variante Hip Hop dans la veine de la culture club anglaise, avec des influences jungle ou trip hop.

© aucepikaphotographe
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Avec un Ep déjà disponible sur Bandcamp, Djel nous parle de son nouveau projet d’envergure :

Dj Djel : J’ai voulu me différencier avec cet album, ne plus être un Dj de soirée ou de club. J’ai voulu passer du côté producteur et artiste. Cet album solo, tend plus à être un album de Dj pensé à base de samples, il sort totalement du cadre de la compilation ou de la mixtape, c’est un vrai changement pour moi. L’important était de se surpasser, de prendre des risques, et surtout des responsabilités. J’ai donc produit une vingtaine de titres, j’en ai tiré 13 pour l’album et j’ai demandé à des artistes musiciens, rappeurs, et djs de poser dessus. On pourra y retrouver Faya Braz, beatboxer champion du monde, K-méléon de La Méthode, ou encore Cyril Benhamou, flutiste et pianiste et bien d’autres. J’ai voulu parler de ce que je connaissais et partager mes expériences. Un premier track que j’ai appelé ‘’Ma City’’ nous plonge dans cette ville qui m’a bercé, on y retrouve Fred de Labo Clandestino qui m’accompagne à la guitare, et Rudy qui fait l’intro en nous parlant de Marseille est à la prod et au scratch….

Il y a aussi le plus long morceau de « Dj set » intitulé Twenty-One Dj’s, regroupant 21 Dj’s de toute la France. Dynasti ouvre le morceau, il y a Neslon, Crystal, Dj Duck d’Assassin, Modesty, Daze etc…

On retrouve sur cet album de nombreux invités qui gardent ouverts les horizons à explorer, il y a des morceaux avec beaucoup de mone monde, d’autres où je suis seul, des morceaux instrumentaux, d’autres plus scratchés. Le but est de partager mon univers et garder une empreinte musicale autour des années 90.

ep1

La Nuit Magazine : On te voit sur de nombreux projets en ce moment, parle-nous de ton actu.

Dj Djel : J’étais à l’Espace Julien pour le concert caritatif de mon ami Pone, atteint de la maladie de Charcot. Le concert a permis de sensibiliser le public sur cette maladie méconnue, et de nous réunir autour de la Fonky Family et d’autres artistes, c’était plein avec une très bonne ambiance.

Le 15 octobre je suis invité à la Fiesta des Suds et je vais en profiter pour sortir gratuitement un Ep avec 3 titres téléchargeables. On pourra y retrouver un track avec K-méléon, un autre avec Faya Braz d’Undercontrol et un troisième avec Cyril Benhamou. J’ai toujours aimé partager, ce qui m’a permis d’avancer et de produire des choses nouvelles, avec plein de surprises sur scène car je serai d’ailleurs entouré de musicos et pas que de machines.

Et enfin ce nouvel album sur lequel j’ai pris les devants et qui doit sortir pour 2016 devrait bien rythmer mon agenda.

La Nuit Magazine : En parlant de nouveautés, toi qui as connu le Hip Hop à ses débuts, que penses-tu de ce qui se fait maintenant?

Dj Djel : Il ne faut pas être brusqué par cette évolution, c’est normal. Les passionnés restent très inventifs, ça me fait délirer de voir des jeunes mixer a la Gameboy et de lier le scratch a ça par exemple… je respecte ceux qui créent, ceux qui inventent, tant que c’est pas Offbeat ou mainstream, ou quand c’est fait juste pour plaire.

Je dois travailler avec ces différentes façons de faire aussi, sans perdre de mon originalité. À l’air du Dj 2.0, je suis assez partant pour me laisser entrainer par l’insouciance de la jeunesse. Mais je reste convaincu que c’est la part de créativité qui primera toujours sur la machine que l’on a entre les mains. Je donne des cours a l’école Academix et c’est compréhensible que le travail sur vinyle ne soit pas perçu de la même façon que sur contrôleur, ou CD. Ce sont des outils et c’est à nous de les user pour créer. Moi je reste un artisan qui travaille à l’ancienne. La séparation du monde rap avec les autres sphères musicales n’a jamais été mon credo. Avec cet album une connexion se crée, et ce partage des mondes qui nous est offert dans cette ville est bon à prendre, et je kiffe. ’’

© aucepikaphotographe
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