INTERVIEW : LA FINE ÉQUIPE, 10 ANS DE GOURMANDISES

Vendredi dernier, La Fine Equipe s’est associée à Borderline pour célébrer les 10 ans de La Boulangerie, une compilation instrumentale qui réunit 35 producteurs sur trois volumes. En attendant le début des festivités qui se déroulaient aux Archives Départementales Gaston Deffere, on en a profité pour poser quelques questions au quatuor de beatmakers.

 La Nuit Magazine : Si vous deviez présenter la Fine Equipe à un gamin de 10 ans, vous lui diriez quoi ? 

oOgo : Qu’on est un groupe de musique électronique issu de la scène beatmaking, deejaying, et scratching. Qu’on est tous compositeurs et qu’on vient du hip-hop. Et qu’on pourrait se comparer à C2C qui est aussi un groupe français qui crée de la musique avec les platines.

Chomsky : Il va rien comprendre le gamin là ! (rires)

Comment tout ça s’est fait ?

Blanka : Ça a commencé à Marseille, il y a un peu plus de dix ans. A l’époque, Oogo, Mr Gib et moi on avait une émission de radio dans laquelle on se réunissait pour parler de musique. Ensuite, on est tous les trois montés à Paris pour faire une école d’ingénieur du son. Là-bas, on a rencontré Choomsky et on a commencé à produire des albums, dont la Boulangerie 1 en 2008. Pour ce premier opus, on a réunit tous les gens autour de nous qu’on aimait bien. Ça nous a plus, on a continué, et on a sorti un volume 2 et 3.

Ça fait 10 ans que la Boulangerie 1 est sortie, comment est venue l’idée de cet album ?

Mr Gib : Quand on a sorti La Boulangerie en 2008, c’était en hommage à un J Dilla, un beatmaker américain qu’on estimait beaucoup et qui est mort quelques temps avant qu’on sorte l’album. Son dernier opus s’appelait Donuts d’où le nom de La Boulangerie. A la base, on avait pas prévu de faire une trilogie mais vu le succès qu’on a rencontré on a décidé de faire la Boulangerie 2 quelques années après. Ça s’est bien passé, et au même moment il y a eu un vértiable engouement pour toute cette scène-là avec Birdy Nam Nam et C2C. Et comme c’est jamais deux sans trois, on a fait La Boulangerie 3. Là, pour les 10 ans de La Boulangerie, on sort un coffret spécial avec les trois Boulangeries et un disque avec plein d’inédits.

Pouvez-vous me décrire chaque Boulangerie en quelques phrases ? 

Mr Gib : Le début, le milieu et la fin (rires).

oOgo : La différence entre les trois est assez progressive. Déjà, on remarque que sur la cover, il y a de plus en plus de rouge (rires). Non, le truc c’est qu’au début on était sur un truc plutôt simple où on prenait des samples de morceaux qu’on aimait. Peu à peu, on a commencé à faire du live et nos albums sont devenus plus composés, avec moins de samples dedans mais avec toujours autant d’invités. On s’est plus rapproché de ce qu’on fait en live on va dire, avec un côté plus électronique et moins organique.

Comment vous les avez choisi ces invités ?

Blanka : Ça s’est fait naturellement. Mr Gib a un studio d’enregistrement, Chomsky et Oogo ont un label et moi j’ai un studio de mastering, on est donc amené à rencontrer beaucoup de gens. Des affinités se créent, et ça nous donne envie de bosser avec la personne. Guts par exemple, ça s’est fait comme ça. Il est venu chez Gib, on a kiffé ce qu’il faisait et voilà, tout simplement.

Qu’est ce qui a changé en 10 ans ?

Blanka : On est plus vieux !

oOgo : On a plus le même président de la République, on est plus fatigué le matin quand on se lève après une grosse soirée, et y a plus de rouge autour de nous (rires). Mais sinon ce qui a changé pour La Fine Equipe, c’est notre style musical. Avec la nouvelle technologie et l’arrivée de nouveaux artistes dans la musique électronique, on a pas mal évolué.

C’est quoi votre délire avec le rouge en fait ?

oOgo : Je sais pas, ça a commencé avec Acrolab, un graphiste de Marseille qui a fait toutes nos covers. On voulait des délires autour de la boulangerie, il nous a dessiné un fraisier avec La Boulangerie écrit en rouge. C’est resté, et c’est devenu le code couleur de La Fine Equipe. En plus c’est la couleur de l’amour !

Il y a beaucoup de références au cinéma dans vos morceaux…

Chomsky : Oui, à l’époque de La Boulangerie 1, quand on a monté nos sons on est parti du modèle de la beat tape, avec des morceaux qui s’enchaînent, sans vraiment de cut. On a eu l’idée d’habiller l’album avec des phrases ou des dialogues de cinéma. On vient de cette génération qui a découvert la musique avec le cinéma et les jeux-vidéos, et on très marqué par l’aspect visuel de la musique. On a donc récupéré plusieurs extraits de films français qu’on aimait, comme La Femme du boulanger. Ça nous a plu et on a continué à imager nos albums comme ça.

Est-ce que y aura une Boulangerie 4 un jour ?

Mr Gib : Non, pas de Boulangerie 4. Par contre on sort un nouvel album pour début 2019. On bosse beaucoup dessus en ce moment, on finalise les morceaux et les featuring. Ce sera différent de La Boulangerie dans le sens où on aura des invités, notamment de Nowadays Records, mais pas de titres produits par d’autres beatmakers. En gros ce sera le premier album de La Fine Equipe entièrement produit par et pour La Fine Equipe.

oOgo et Chomsky vous avez créé le label Nowadays Records, c’est quoi vos nouveautés ?

oOgo : Déjà, il y a nous avec ce coffret qu’on sort pour les 10 ans avec une quinzaine d’inédits. Ce sont des morceaux qu’on a fait ces dernières années et qu’on avait pas mis sur La Boulangerie. Après, y a l’album de Clément Bazin et le single de Ténéré qui viennent de sortir et il y a aussi l’EP de Jumo qui arrive cet été. Et on va aussi sortir une compilation avec que des artistes belges. Bref, pas mal de trucs !

Chomsky : A la rentrée, on va aussi fêter l’anniversaire de Nowadays, et à cette occasion on va sortir une compilation qui réunit tous les artistes du label, avec que des titres exclusifs et en vinyle.

Pourquoi avoir créé ce label ?

oOgo : A l’époque de La Boulangerie, on croisait plein d’artistes qu’on aimait et on a eu envie de les faire connaître au plus grand nombre. C’était aussi une manière pour nous de mettre en avant toute cette scène beatmaking qui était assez méconnue jusque-là.

Pouvez-vous me parler de vos projets en parallèle ?

Blanka : Moi j’ai sorti un album en solo qui s’appelle Hypnotic.

oOgo : En parallèle de La Fine Equipe, on a fait une création live pour Marsatac, Dour et Nordik Impakt avec Fulgeance de Souleance et Harring qui s’appelle Gangue. A la base c’était que pour trois concerts mais je pense qu’on va continuer et sortir un EP en octobre.

Qu’est-ce que vous pensez de la scène beatmaking actuelle ?

Chomsky : C’est une scène qui a le vent en poupe. Je pense notamment à tous ces morceaux electro-chill très à la mode en ce moment, avec des artistes comme Petit Biscuit, Fakear, Superpoze ou Clément Bazin. Ce qui est drôle, c’est qu’à la base, on a influencé ces artistes-là et qu’aujourd’hui ils font leur place tout seul.

Mr Gib : En 10 ans, il y a eu une vraie évolution de la place du beatmaker et de la musique électronique en général. Au début c’était compliqué pour nous de faire des lives, les gens pensaient qu’on faisait des DJ set. Mais aujourd’hui, c’est bon, les gens savent ce qu’est un beatmaker. Et ça, ça ouvre beaucoup de perspectives, notamment pour toute cette nouvelle génération qui a accès aux outils de production très tôt et qui peuvent faire des études là-dedans. Eux, laisse tomber, quand ils arrivent, ils sont équipés de ouf. C’est super bien !

Chomsky : A notre époque, le sampler, c’était un moyen de récupérer des samples et de détourner la formation musicale. Mais aujourd’hui c’est devenu un instrument de musique à part entière et ceux qui sortent d’une école de musique, ils vont beaucoup plus loin. Ils sont nés avec ça dans les mains.

Mr Gib : Je sais pas s’ils vont plus loin mais en tout cas nous on utilisait le sampler comme une machine à texture, un moyen de chercher des timbres différents dans la musique. Eux, ils ont accès à des banques de sons et à plein d’autres trucs. Il y a une offre différente de la notre, et c’est tant mieux. Nous on se nourrit aussi de leur expériences, on échange vachement avec eux et c’est hyper intéressant.

Et à propos de la scène hip-hop ?

Blanka : Le hip-hop ça veut plus rien dire, c’est devenu de la pop. Le hip-hop qu’on connaissait à l’époque, il a rien a voir avec celui d’aujourd’hui. On en voit partout et c’est mélangé à toutes les sauces. Après, c’est comme tout, il y a des bons trucs qui se font et d’autres que j’aime pas trop. Il y en a pour tous les goûts, et comme les moyens de productions ont changé, il y a beaucoup plus d’offres qu’avant.

Ça fait 10 ans que vous êtes partis de Marseille, c’est quoi votre regard sur la ville aujourd’hui ?

oOgo : Je redescends souvent car j’ai encore toute ma famille ici, et donc je vois que la ville évolue. Je peux pas dire exactement ce qu’il s’y passe vraiment mais j’ai l’impression que ça bouge énormément. La mutation de la ville est assez impressionnante, surtout depuis MP2013. Je vois d’ailleurs de plus en plus de Parisiens qui envisagent de déménager à Marseille. D’ailleurs, nous en vieillissant, on pense à revenir ici. De toute façon c’est le schéma classique : monter à Paris, rencontrer des gens, faire carrière et redescendre dans cette ville qu’on adore et où l’on se sent bien.

Comment elle s’est faite cette soirée avec Borderline ?

oOgo : Ça fait longtemps qu’on connaît Christian Mellon de Borderline. A la base, il avait un groupe de rap et on avait produit des musiques à lui. On est resté très liés depuis. On avait déjà fait notre release party pour La Boulangerie 2 avec Borderline, et là pour nos 10 ans c’était une évidence de bosser avec eux.

Laisser une réponse

XHTML: Tags utilisables: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>