INTERVIEW: IRAKA

Issu du rap alternatif, IRAKA slame depuis plus de dix ans et s’apprête à sortir un nouvel album « Le Slameur » où il parle de la vie bosselée, celle qui sent, la vie des marginalisés. Originaire de la région, il était notamment sur la scène de l’édition 2013 du Festival Mimi, et nous vous proposons aujourd’hui de le découvrir plus en détails à travers cette série de questions que nous avons échangé.

LNM : Présente toi brièvement, avec tes propres mots.

Iraka : Je suis IRAKA, Slameur, Auteur.Je raconte les histoires des gens, je raconte l’histoire, en le nom des gens. Je raconte l’histoire de ton voisin, de la fille assise en face de toi dans le métro.

LNM : Tu fais de la musique depuis les années 90, parle nous des grands tournants de ta carrière de musicien.

I : J’ai fait mes débuts dans le rap entre 99 et 2004 : c’était l ‘époque passion, écriture compulsive, enregistrements, découvertes d’artistes, rencontres importantes. J’y ai acquis la technique du rap.

Ensuite, entre 2004 et 2008, j’ai fait un break. J’ai travaillé, étudié, voyagé, vécu. Et toujours écrit.

En 2009, je prends la scène, entouré d’un premier groupe. Nous jouons mon répertoire, tournons dans le coin. J’éprouve ma présence aux gens sur scène.

Depuis 2013, je commence à retrouver la liberté de création et d’expression des débuts. Avec plus de bouteille comme on dit, pour présenter la musique en scène et la défendre partout.

LNM : En t’entourant de 3 musiciens en 2009 (human beatbox, batterie, guitare, machines) dirais-tu que tu as atteint une autre dimension avec ta musique ?

I : Le travail avec les musiciens m’a amené à la dimension scénique. Le choix de travailler avec des musiciens « classiques » et de tout jouer « live », sans programmation préalable, ouvre la musique que nous proposons. Ça lui donne une dimension plus importante. Le projet en devient aussi plus ambitieux, plus long à faire mûrir. Cela amène aussi beaucoup d’humain dans la manière de travailler.

LNM : Quels sont tes influences ?

I : Musicalement, pour avoir baigné dedans, le Rap (américain et français), la chanson française de toute époque, le Rock. Pour le reste je suis très influencé par l’être humain en général, la vie en société, les lectures, les films.

LNM : Quel est ta vie à côté de la musique, ton métier ? Et que représente pour toi la musique : un équilibre ? ou court-circuite-t-elle le reste ?

I : Mon métier c’est slameur. Entre concerts, écriture et animation d’ateliers d’écriture Slam. Ma vie à côté consiste à trainer un peu partout, à écouter et parler avec les gens, à comprendre ce qu’il y a dans leurs veines…pour le retranscrire ensuite en musique.

LNM : Est-ce un combat ?

I : Le combat est plus pour faire exister la musique que pour la faire.

LNM : Ton style est à la croisé de plusieurs genres, entre slam et rap, et c’est encore plus vrai avec ta formation scénique. Dirais tu que c’est compliqué d’évoluer hors des cases, de toucher un public ?

I : La formation scénique actuelle, c’est Guitare / Basse / Batterie, une formation de type rock assez classique dans le fond. Evoluer hors cases, ça n’est pas difficile. J’ai confiance en la musique que nous jouons. Ce qui est difficile, c’est d’être diffusé, de gagner la confiance des personnes qui sont un relais vers le public. Je ne crois pas en la théorie du Genre, ou des cases.

En effet, d’après moi, si un travail n’est pas diffusé, c’est soit qu’il est mauvais (je n’exclue pas cette possibilité), soit que son propos dérange (et dérange fondamentalement, en profondeur, je ne parle pas uniquement de censure pour langage outrancier ou propos insultants…).Voilà, sans ce relais, pas de public. Alors heureusement qu’il y a Internet, qui est un moyen exceptionnel de publication du travail, mais pour moi ça ne suffit pas.

LNM : Comment tu situes-tu, et arrives-tu à te situer dans le paysage musical ? À qui destines tu ta musique ?

I : Je suis slameur, mais je me revendique clairement dans le courant de la chanson française. Une nouvelle chanson française qui accepte et reconnaît son patrimoine de rap de cage d’escaliers.

Sans me la raconter, je ne destine ma musique à personne en particulier, mais je la destine à l’avenir. Si je publie un morceau, il doit avoir sa place et sa viabilité dans l’avenir (par rapport à ce qu’il représente au moment de sa sortie). C’est une exigence que j’ai toujours à l’heure de sortir un morceau.

LNM : Trop propre pour le rap, et trop rap pour les « propres », peut-on te définir comme faisant partie des « rappeurs maudits » ?

I : Trop propre pour le rap, et trop rap pour les « propres », tu viens de trouver la place du Slameur…

LNM : Est-ce que tu dirais que Grand Corps Malade a tué ton game ?

I : Y a t il un Game dans le Slam ? Tu comptes sur moi pour le lancer ? Grand Corps Malade a fait une brèche importante en popularisant un mode d’expression orale, une écriture parlée, petite cousine de la chanson… Mais je pense qu’il n’a rien défini musicalement. Il a préparé le terrain pour que nous puissions aller plus loin dans ce que l’on raconte aux gens.

LNM : Parle nous de ta prochaine sortie, qu’as-tu cherché à explorer musicalement, quels thèmes y abordes tu ?

I : Mon nouvel album, intitulé « Le Slameur » sortira le 20 avril. Musicalement, j’y ai cherché un flux tendu, presque un combat permanent entre Rap et Chanson, entre la lourdeur et les flonflons, entre le brûlot social et la chanson d’amour.

Les thèmes découlent de cette direction ; j’y parle d’humains marginalisés car difficilement résumables en une case sociale ou un genre justement. Ils sont capables de tous les extrêmes. Cette non identification, ce côté insaisissable qui est à mon sens l’essence de l’humain, les rend inintéressants pour une société qui simplifie, raccourcit et n’a pas le temps de s’attarder sur eux et leurs antithèses. Moi je le fais.

LNM : Est-ce un album de la maturité, du bon père de famille ou cherches-tu au contraire à y exorciser quelques démons ?

I : Je ne suis pas sûr d’être à maturité, je pense pouvoir aller encore plus loin, j’en ai sous le coude, tu vois. Mais j’approche… Quant au bon père de famille et aux démons, je vis avec les deux, je cohabite, je n’ai pas le choix.

LNM : Pour le mot de la fin, dis nous où on pourra te voir prochainement sur scène !

I : Je serai en concert le 10 avril à Albi et le 18 avril à Paris au 3 Baudets.[/one_half_last]

Les infos sur la sortie de l’album « Le Slameur » et les dates de tournée sont disponibles sur iraka.bandcamp.com

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