INTERVIEW: LE REPRÉSENTANT DU BONDAGE À MARSEILLE

Un « timide exhibitionniste », c’est comme ça que se définit Jean-Christophe Petit qui n’hésite pourtant pas à exhiber sa paire de couilles pendante devant un public souvent médusé, point de départ de séances de bondage où il finit parfois par jouer aux marionnettes avec ses testicules.
Jean-Christophe Petit est un performer, il est aussi le porte étendard et le seul représentant public de la scène bondage à Marseille, qui reste confinée dans l’intimité de parties fines privées, il nous a présenté son parcours.

La Nuit Magazine : Comment as-tu commencé le bondage ?

Jean-Christophe Petit : J’adore les jeunes filles et celle avec qui je sortais à l’époque m’a proposé de faire un stage de bondage avec elle à Berlin, c’était il y a 5 ans. C’est comme ça que j’ai découvert cette pratique. Au court de ce stage, elle préférait que ça soit un maître qui l’attache, du coup je n’ai pas pu l’attacher, et un mois après elle est parti avec le maitre.

Moi je me suis retrouvé avec ce bébé qu’est la pratique du bondage et j’en ai fait un spectacle où je m’auto-attache en racontant un chagrin affectif.

La Nuit Magazine : As-tu des maitres du bondage ?

Jean-Christophe Petit : Ma prof est une femme, elle s’appelle Shadow et elle vit en Belgique. Je suis fidèle et infidèle mais je suis toujours aller voir qu’elle, pour apprendre. J’ai évité le parisianisme du bondage où tu vas de dojo en dojo et tu tombes sur des tarés qui te manipulent.

La Nuit Magazine : Pourquoi t’attacher les couilles ?

Jean-Christophe Petit : Ça m’est arrivé un soir par hasard, au Théâtre des Bernardines, il fallait que je m’attache quelque chose et comme le sexe est tabou j’ai voulu commencer par les couilles.

Je m’attache les couilles parce qu’elles pendent, qu’elles sont moches, c’est pour en faire une œuvre d’art et les mettre en valeur, je valorise le sexe et les couilles, je désacralise le sexe. Moi je me branle tout le temps, je vais sur YouPorn et si je pouvais me branler cinq heures par jour je ne ferais que ça, et c’est presque ce que je fais d’ailleurs, c’est un boulot à temps plein.

Il y a encore beaucoup de tabous, les garçons en général n’aiment pas qu’on leur mette un doigt aux fesses par exemple.

La Nuit Magazine : ça dépend… Quand ça m’est arrivé j’ai pas trouvé ça déplaisant.

Jean-Christophe Petit : (rire) ça dépend de la partenaire on va dire.

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La Nuit Magazine : Est-ce que tu en tires une forme de plaisir ou de satisfaction ?

Jean-Christophe Petit : Mon plaisir, ma satisfaction ça sera de faire ce que les autres ne font pas. Ce qui m’attire vers ces formes un peu extrêmes c’est le fait qu’on n’y aille pas. Je vais sur un terrain en friche qu’on pratique depuis des milliers d’années. Je pense qu’on vit une époque puritaine, il faut bien manger, bien dormir et on fait de l’art mais seulement s’il est beau. Moi je vais chercher dans la merde, dans la boue, dans la terre. C’est là que je me retrouve, c’est mon côté paysan. C’est sûr que si j’avais fait Histoire de l’Art j’aurais été un comédien conditionné, mais n’ayant aucune école, je ne suis pas académique et je vais où je veux.

La Nuit Magazine : Considères-tu tes pratiques comme extrêmes ?

Jean-Christophe Petit : J’essaye de cultiver l’extrême malgré ma timidité. Être à poil ça m’a filé un nouveau costume, un costume de nudité. J’ai vu qu’en étant à poil, j’étais plus à l’aise face à quelqu’un d’habillé. Du coup j’ai travaillé le vocabulaire du corps et de la nudité.

J’aime la résistance physique, même si je ne suis pas un grand sportif. Le bondage c’est un peu extrême certes, il faut surpasser la douleur sans faire peur aux gens ou leur montrer que tu as mal. Je ne me considère pas forcément comme extrême, j’aime quand c’est sanguinolent et trash, j’aime la poésie de l’horreur. Plus c’est trash et plus ça me plait, parce que c’est déviant. Je vais dans l’extrême pour l’extraire et l’exposer et mon travail c’est de faire de la poésie, de la beauté et du divertissement.

© Bernard Sarré
© Bernard Sarré

La Nuit Magazine : Y-a-t-il un milieu du bondage à Marseille ?

Jean-Christophe Petit : Je l’ai appris à Berlin, je l’ai fait dans des squats chez des copains à Paris parce qu’ils organisaient des festoches porno-gore-punk. À Marseille je n’ai pas rencontré grand monde, je n’ai pas pu m’accrocher à l’Embobineuse, du coup je l’ai fait chez Ornic’Art à la Friche Belle de Mai dans un atelier.

Il y a un milieu mais c’est surtout des mecs qui attachent leur femme au coin de leur cheminé. Le milieu n’est pas artistique, il est plutôt BDSM. C’est un milieu assez machiste parce que généralement les hommes sont dominants et les femmes sont dominées, c’est une pratique sexuelle que je ne fréquente pas mais via le bondage c’est un milieu dans lequel j’ai déjà atterris plusieurs fois. Le bondage c’est une pratique à la mode qu’on retrouve dans tous les milieux, une fois après une séance par exemple, un type me sort sa carte de visite et il travaille à la Chambre de Commerce.

Le bondage se pratique surtout dans des soirées spéciales pour initiés, avec invitation, pseudonyme et on fait des exhibitions. Je ne suis jamais rentré dans ce milieu, j’y suis allé pour faire des shows.

La Nuit Magazine : Est-ce qu’il y a un événement en particulier qui t’a poussé vers l’exhibition ?

Jean-Christophe Petit : Mon souvenir le plus marquant date de 1981, nous avions quitté le domaine familiale avec ma sœur, mon frère et ma mère qui nous emmenait chez une copine à elle. Cette femme se promenait toute nue tout le temps, j’avais 9 ans et je voyais une femme nue, blonde, voluptueuse, belle, courir dans son salon, elle s’allongeait dans le canapé et elle disait « ça ne gène pas la nudité pour es enfants ? » voir cette femme nue et c’est ça qui m’a poussé vers l’exhibition. C’était mon premier appel érotique.

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La Nuit Magazine : Tu as déjà eu des effets secondaires suite à tes performances ?

 Jean-Christophe Petit : Non, tout fonctionne. Je ne pense pas être stérile, j’ai déjà mis une nana enceinte en 2010 avec une seule goutte de sperme.

Par contre il y a une perf qui m’a coûté une relation amoureuse. Elle se déroulait à Vol de Nuit et je ne voulais pas être censuré, par moi ni par les organisateurs. La fin de la performance se terminait par un cunnilingus, j’ai voulu lécher ma comédienne fétiche pendant qu’elle lisait le Cantique des Cantiques. On voulait créer un orgasme en lisant quelque chose de religieux, et ça m’a couté ma relation affective. Si j’en avais parlé je ne l’aurais jamais fait, je n’ai pas voulu me censurer donc je l’ai fait sans le dire à la personne que j’aimais et elle ne m’aime plus depuis.

 La Nuit Magazine : Comment associes-tu, ou différencies-tu la performance de l’art ?

Jean-Christophe Petit : Pour moi la performance c’est de l’art, c’est du happening, de l’action brève, on se réunit et hop ça se passe puis on se casse. Je l’associe à l’art dans le sens où elle peut divertir, choquer ou provoquer. C’est une discipline, une bifurcation du théâtre en moins chiant et pas forcément répété. La performance me donne plus de liberté, l’art me permet d’être un sale gosse et de montrer mes couilles.

J’aurais tendance à la différencier de l’art que je trouve élitiste, j’ai un problème avec l’art, la comédie et mes collègues comédiens. La performance c’est quelque chose qu’on peut comprendre sans démarche, naturellement. Je n’ai aucune culture artistique, ni connaissance de l’art, je fais les choses sans réfléchir et ça me pose parfois des problèmes. La réflexion vient après, si je réfléchis avant je tue tout, je tue la spontanéité.

La Nuit Magazine : Est-ce que tu as un combat ?

Jean-Christophe Petit : J’ai un combat avec les instituions et les subventions, si j’ai un combat c’est avec ces gens qui sont moralisateurs et qui te disent « le spectacle doit être comme ça, il doit commencer à telle heure et finir à telle heure ».

 La Nuit Magazine : Que penses-tu de la polémique récente qu’il y a eu à la Friche, au Dernier Cri avec le show room de Pakito Bolino ?

Jean-Christophe Petit : Je ne me suis pas senti concerné parce que je n’ai participé à rien, mais c’était trop. Je n’ai pas compris pourquoi les mecs se sont attaqués à ça. Pour moi c’est des tarés, il faudrait qu’ils baisent plus, qu’ils se mettent des doigts au cul ou qu’ils aillent courir à poil sur la plage. J’espère qu’il ne peut pas y avoir de limite à l’art. On ne tue personne avec l’art, on choque.

La Nuit Magazine : Aurais-tu un message à adresser aux marseillais ?

Jean-Christophe Petit : Soyez moins blaireaux, voyagez plus, souriez, soyez excentrique et fantaisiste.

Jean-Christophe Petit sera prochainement en performance: 

  • Le 24 septembre à Terrasse en Ville pour un défilé performé porno chic.
  • Les 19 et 20 septembre – Plateau de Languillard / Carnoux : Mirage, ballade théâtrale, Espèce Espace de Georges Perrec
  • Les 12 et 25 septembre pour du théatre en appartement. Jean-Christophe Petit est à la recherche d’appartements pour ses performances.

PLUS DE PHOTOS DES PERFORMANCES DE JEAN-CHRISTOPHE PETIT

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