INTERVIEW : ON EST RESTÉ BLOQUÉ DANS LES ANNÉES 80 AVEC CORINE

Crinière de lionne, tenue pailletée et fard à paupière coloré : voici Corine, la chanteuse qui bouscule les codes actuels en ressuscitant le disco. Quelques heures avant son concert à la Friche de la Belle-de-Mai, pour la soirée Heartbeat, on est tombé avec elle dans une faille spatio-temporelle qui nous a envoyé tout droit dans les années 80. Juste avant de repartir, on a eu le temps de prendre quelques photos et de discuter de sa musique mais aussi de cette époque où le minitel était encore roi.

Salut Corine. Nous en voilà en 1988. Et vu qu’il faut pas se faire repérer, on va faire comme si on ne venait pas du futur. Donc attention à tes réponses. Pour commencer, peux-tu présenter Corine ?

Corine c’est moi. Corine c’est aussi des cheveux permanentés, voir carrément cramés. Corine c’est une jeune fille qui aime danser, faire la fête et s’inspirer du cinéma de la Nouvelle Vague. Corine c’est du authentique.

Peux-tu parler de ta musique ?

Ma musique est une boule à facette. Elle fait référence au cinéma des années 60 avec une façon de chanter bien à moi, très maniérée, où je cherche avant tout à faire sonner les mots entre eux de manière mélodique. Dans ma musique, il y a aussi de l’ humour et du dixième degré. Les femmes ont chacune leurs armes, les miennes sont la joie et l’humour. Je suis comme ça dans la vie de tous les jours et je trouvais ça intéressant d’assurer à la fois ma féminité et ma sensualité tout en étant drôle. Je vois pas pourquoi il y aurait que les hommes qui auraient le droit de faire ça. Après ma musique c’est aussi mes deux acolytes, Marc Collin et Dorion Fiszel, ainsi que des clarinettes, des percussions, des basses, du live quoi.

Le disco ça marche encore aujourd’hui, en 1988 ?

Beaucoup de gens disent que le disco c’est léger, mais en fait pas du tout. C’est une musique qui permet de réunir des toutes les communautés à travers la danse. C’est un vrai lâcher-prise en fait. Le disco n’est pas mort, ce n’est même que le début.

Crédit : Raoul Photography

Tu disais tout à l’heure que l’humour était ton arme de femme. Comment fait-on pour se faire une place dans ce milieu quand on est une femme ? 

En ayant de la personnalité, en sachant ce qu’on veut et en étant persévérante. Si on a pas tout ça, on se fait manger car il y a beaucoup de machisme et de concurrence.

Comment te différencies-tu des autres artistes ? La concurrence est quand même pas mal rude en ce moment.

On est tous singuliers dans ce qu’on fait, même si on a des influences communes. Je pense pas être pareil que Bonnie Tyler ou Dalida. J’ai ma propre personnalité et mon propre style.

Du coup, niveau capillaire, tu es plutôt Michel Polnareff ou Donna Summer ? 

Michel ! Ou les deux. On se ressemble Donna et moi non ?

Ici, on sait qu’une musique a du succès quand on l’entend dans le top 50. C’est quoi ton top 3 à toi ?

« Marcia Baila » des Rita Mitsouko, « Ella, elle l’a » de France Gall et bien évidement « I Feel Love » de Donna Summer. Après j’adore aussi Niagara !

Le cinéma est quelque chose qui t’influence beaucoup. C’est quoi le dernier film que tu as vu au ciné et que tu as aimé ? 

« Paris, Texas » de Win Wenders.

Tu es plutôt MacGyver ou Arabesque ? 

MacGyver à fond. J’adore. Il y a toujours de bonnes astuces. J’ai essayé de reproduire des choses à la maison mais ça ne marche pas toujours. Et en plus on se ressemble un peu, je trouve, avec notre coupe « permulet », permanente et mulet combinés.

Et côté mode, tu t’inspires de quoi ?

Je m’inspire beaucoup des héroïnes de bande-dessinée qui ont des combinaisons un peu folle, à paillettes. J’aime aussi les costumes de vieux films style Cléopâtre, très grandiloquent. Et puis, tout ce qu’on peut trouver à notre époque, les années 80 : les épaulettes, le fluo, les paillettes, etc.

C’est quoi ta dernière recherche sur le minitel ? 

Les résultats de mon bac.

Crédit : Raoul Photography

En ce moment, Madonna et ses frasques déchaînent pas mal la chronique. Tu penses quoi d’elle ? 

Je l’adore. Elle m’inspire énormément. Je trouve que c’est une femme forte, audacieuse et très sensuelle. Elle joue avec ces codes-là et en même temps, elle reste toujours très artistique. Y a pas de jeu chez elle, elle est authentique. C’est quelqu’un d’incroyablement engagé dans ce qu’elle fait, que ce soit dans ses chorégraphie ou dans sa façon de se maquiller. C’est une diva et en même temps elle est très punk.

Et à propos de Michael Jackson, le nouveau roi de la pop ? 

C’est un maître de la musique, que ce soit dans ses clips et dans ses mélodies. J’espère juste qu’il ne se détruira pas trop car on le sent fragile.

Avec qui rêverais-tu de faire un duo ?

J’adorerais travailler avec Michel Berger.

Tu penses quoi de l’élection de Mitterand ?

Je pense que c’est une bonne chose. Après, la politique ça m’intéresse de loin. Pour moi, c’est quelque chose qui n’est pas accessible, je préfère croire au pouvoir des petites choses du quotidien et à l’art. Je crois beaucoup en ça pour faire évoluer le monde et les esprits.

Le CD est sorti en 1982, comment perçois-tu ce nouveau mode d’écoute ? Tu penses que les vinyles vont disparaître à terme ?

Le CD est un support extraordinaire mais je suis quand même plus pour le vinyle. Ça fait un son particulier, très organique, et on retrouve pas ça dans le CD. Pour ça, je pense que c’est quelque chose qui va perdurer dans le temps.

Comment te vois-tu dans 30 ans, en 2018 ? 

Je vois dans une soucoupe volante, en route pour une autre planète ! Je suis sûr que d’ici là, on pourra faire ça. Déjà en 2000, y aura les voitures volantes.

Crédit : Raoul Photography

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