INTERVIEW: SEBASTIEN BROMBERGER – MODELISME : « C’EST LA PASSION QUI ME FAIT TENIR »

Pour fêter ses 15 ans Modelisme Records – label musical emblématique de Marseille – investit le Cabaret Aléatoire et invite certains de ses artistes phare que sont Nhar, Fred Berthet, Hydergine et son fondateur Sébastien Bromberger. L’occasion pour la Nuit Magazine de revenir sur 15 années d’activisme. 

LNM : Pourquoi créer un label ?

Sébastien Bromberger : Je fais de la musique depuis 25 ans avec un ami, Laurent Cristofol. On formait le duo Electronic Data Processing et on a sorti dès 1996 nos premiers maxis. Puis en 2001 on a créé Modelisme Records, c’était nécessaire on va dire. À l’époque on n’avait pas internet donc pas de réseaux sociaux, c’était difficile de se faire connaître, il fallait avoir les bonnes adresses, les bons numéros de téléphone ou même de fax !

LNM : Donc un label pour continuer à sortir de la musique ?

Sébastien Bromberger : Oui voilà c’est ça, d’ailleurs nos premières sorties sur le label ont été les nôtres puis on a eu notre première collab’ avec Steve O’Sullivan du label Mosaic à Londres. Ensuite, et depuis environ 8 ans, je gère seul le label. Et c’est à ce moment là que j’ai orienté le label plus sur la production. On a une trentaine de sorties par de maxis digitaux et/ou vinyles par une quinzaine d’artistes qui viennent vraiment de toute la planète : d’Argentine, de Hollande, des Etats-Unis, du Royaume-Uni ou d’Italie, comme un des derniers avec qui le label a bossé: Hydergine, et bien sûr de France._SLA8532-66

LNM : Comment tu choisis ce que tu vas produire ?

Sébastien Bromberger : J’envisage la production vraiment en fonction de mon envie du moment, je marche au coup de cœur. C’est un peu comme la bouffe, on mange ce que l’on a envie suivant la saison, le contexte, on n’a pas envie de manger tout le temps la même bouffe. Pour la musique c’est pareil. C’est comme ça que l’on se retrouve avec des univers quand même assez différents, ça va de la House, à la Techno, au Dub et au nu disco avec quand même une ligne conductrice. Pendant 3 ans le label s’est plus ou moins arrêté avec aucune sortie, mais là depuis un an on a sorti 4 maxis dont 2 digitaux et 2 vinyles : Fred Berthet et Hydergine qui seront là vendredi. Je viens de sortir anaxander avec un remix de Kai alce, et le quatrième qui sort en juin : Nhar, qui sera aussi présent au Cabaret. Donc des artistes différents, je ne suis pas fan des labels trop spécialisés, pour moi ça peut devenir vite ennuyeux.

LNM : C’est comment aujourd’hui de produire de la musique urbaine, c’est la même chose qu’il y a 15 ans ?

Sébastien Bromberger : Il y a eu une évolution ces dernières années en se qui concerne la musique urbaine. Il y a 15 ans on faisait partie du côté obscur de la musique. On n’était pas trop pris au sérieux à l’époque. Aujourd’hui beaucoup de barrières ont sauté, de plus en plus de monde sort pour la musique populaire. Les gens écoutent les DJ, ils viennent nous voir, c’est là que sort la grosse complexité du métier : réussir à rassembler.

LNM : Encore une question de cuisine ?

Sébastien Bromberger : Ouais carrément ! Faire une soirée, c’est comme être le chef d’un resto, on doit satisfaire le public tout en se faisant plaisir. On est le liant entre les gens et ce qui leur permet de passer un bon moment. Nous on leur propose des bons produits, et on essaye de leur faire un plat qui va les satisfaire. Par contre moi je me suis toujours refusé de passer des morceaux que le public me demandait. C’est pas au menu ! C’est donc un vrai challenge.

LNM : Le label continue à sortir des vinyles, une prise de position ou une habitude ?

Sébastien Bromberger : Quand on a commencé il n’y avait que le vinyle, donc la question ne se posait même pas. aujourd’hui, on en fait toujours, mais les vinyles sont accompagnés à chaque fois d’une sortie digitale. Donc le label continue à en faire mais c’est quand même de plus en plus compliqué.

LNM : C’est à dire compliqué ?

Sébastien Bromberger : La crise du disque nous a touché, mais elle a touché tous les labels. Je ne connais pas de label qui a eu une augmentation des ventes dans la musique urbaine. Dire que depuis quelques années les ventes augmentent c’est faux en tout cas pas chez les labels indépendants. S’il y a augmentation pour certains c’est surtout grâce à l’abandon du CD, avec des gens qui vont plus vers le digital et si vinyle il y a, ça va être plus des sorties collectors ou pour posséder l’objet. Vendre du vinyle aujourd’hui c’est dur et même si il y a un regain c’est pas vraiment pertinent.

LNM : Alors Modelisme aime l’objet ?

Sébastien Bromberger : Oui voilà, moi j’aime bien bosser avec l’objet. C’est un choix, le digital c’est plus ouvert, donc les personnes qui vont acheter le vinyle sont là pour le côté esthétique. Mais dans le label je m’attache à ce qu’il n’y ait pas de différence. C’est la culture du Home Studio, le mastering est très important. Je suis me suis aperçu que beaucoup de labels qui ne proposent plus de vinyle ne passaient pas forcément par un studio de mastering. Pour Modelisme que ce soit une sortie digitale ou vinyle je vais dans le même studio de mastering et la dynamique est très bonne.

LNM : Ca vit comment un label comme Modelisme ? Comment tu expliques sa longévité ?

Sébastien Bromberger : On vit, c’est dur, on ne cherche pas vraiment la rentabilité, parce qu’il n’y en a plus. Pour les labels indépendants comme Modelisme, produire des artistes c’est devenu un outil de promotion. On aide les artistes et les artistes nous aident, c’est le cycle de vie des labels.

Modelisme Records est le plus vieux des labels électro marseillais. Je m’occupe un peu de tout, c’est un travail prenant et épuisant. Pour moi c’est la passion qui me fait tenir, mais je comprends quand j’entends d’autres labels qui s’arrêtent, c’est un boulot qui prend beaucoup de temps et la motivation peut parfois se perdre.

LNM : Et Marseille c’est la ville idéale pour un label ?

Sébastien Bromberger : Marseille a toujours été une scène très pointue en matière de musique urbaine et ce depuis les années 1980. Il y a eu une petite période noire il y a une dizaine d’années. Mais là, la ville change, elle est plus ouverte, elle propose un champ de propositions plus important en termes de lieux et de soirées. On recommence à travailler dans des très bonnes conditions. Moi j’adore Marseille, je suis parti vivre à Paris pendant sept ans, et je suis revenu il y a deux ans et j’en suis très heureux, c’est une ville à laquelle je suis très attaché.

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Sarah Rietsch

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