INTERVIEW THOMAS ORDONNEAU: « NOUS SOMMES EN CONTACT AVEC LE PUBLIC MARSEILLAIS À TRAVERS LES SALLES DE CINÉMA »

Directeur de Shellac, boite de production et de distribution à Marseille, il nous parle de son travail, de son actualité et du film « À peine j’ouvre les yeux » réalisé par Leyla Bouzid. 

Synopsis :

Tunis, été 2010, quelques mois avant la Révolution, Farah 18 ans passe son bac et sa famille l’imagine déjà médecin… mais elle ne voit pas les choses de la même manière.
Elle chante au sein d’un groupe de rock engagé. Elle vibre, s’enivre, découvre l’amour et sa ville de nuit contre la volonté d’Hayet, sa mère, qui connaît la Tunisie et ses interdits.

Fille du réalisateur tunisien Nouri Bouzid, élève de la Femis, assistante d’Abdellatif Kechiche pour La vie d’Adèle, Leyla Bouzid signe un premier long métrage prometteur.

Largement salué par la critique, primé dans de nombreux festival dont le Prix du Public et du Meilleur Film Européen à La Mostra de Venise, A peine j’ouvre les yeux, filme l’élan de la jeunesse dans ce qu’elle a de pur, de vivant et de naïf aussi.

Farah, veut tout : l’amour, l’ivresse, la musique, elle est jeune et se confronte à l’Histoire, elle s’y cogne si fort que cela pourrait la briser. Le spectateur suit Farah, dans les nuits de Tunis, on y perçoit l’exaltation et la violence, la révolte et la soumission, le tiraillement entre le désir de liberté et la peur. La Tunisie est à l’aube de sa révolution, la réalisatrice en est le témoin à charge, elle nous montre une jeune femme qui a besoin d’expérimenter pour comprendre, quitte à prendre tous les risques.

La Nuit Magazine : Vous considérez-vous comme un acteur marseillais de la culture cinématographique à Marseille ?

Thomas Ordonneau : Nous ne revendiquons pas une position locale, territoriale, régionale, et donc pas d’identité particulière par rapport à cela. Il n’y a pas une couleur marseillaise ou Provence Alpes Côtes d’Azur dans notre travail éditorial.

Le fait d’être à Marseille depuis plus de 10 ans maintenant nous a fait développer plus de collaboration avec des réalisateurs marseillais que tourangeaux. Faut dire qu’il y en a plus !

Nous revendiquons de travailler un peu « décentré », mais ce n’est pas seulement le fait d’être à Marseille, c’est le fait de ne pas être à Paris. Cela donne une approche un petit peu différente du système de la production et de la distribution cinématographique.

La Nuit Magazine : En quoi est ce différent de faire vivre votre société à Marseille par rapport à Paris ?

Thomas Ordonneau : La différence réside dans la façon dont se déplace notre point de vue sur le marché des films. Paris est un endroit qui sature de propositions, il est difficile de s’extraire, de ne pas se laisser influencer par une quantité de propositions phénoménales. En gros dans le Métro, il y a des centaines d’affiches de films chaque semaine, vous pouvez vous demander assez légitimement à quoi ça sert d’en rajouter un. Quand on est à l’extérieur de tout cela, on garde un peu de naïveté, de fraîcheur et c’est nécessaire pour continuer à faire des propositions. Mais comme nous sommes plus loin de l’entre-soi, les possibilités de se faire connaître et de faire aboutir les projets sur la table des interlocuteurs incontournables nous demande de travailler autrement. 90% des financement nationaux viennent de Paris, nous contournons cette difficulté en travaillant sur l’international, sur les marchés du film à Berlin, à Cannes, à Toronto, à Venise, nous allons chercher dans d’autres centres les réseaux et les financements.

La Nuit Magazine : De quelles manières les Marseillais peuvent profiter de votre travail, de vos actions ?

Thomas Ordonneau : Nous sommes résident de La Friche, nous sommes également programmateur du Gyptis, nous avons ainsi l’occasion de faire des propositions qui viennent de notre catalogue, mais notre mission est plus large pour cette salle. Avant cela, nous avions l’occasion de faire des projections à l’Alhambra. Il y a également les partenariats avec Vidéodrome 2. Nous sommes en contact avec le public marseillais à travers les salles de cinéma.

La Nuit Magazine : Pouvez vous nous décrire la structure de Shellac ?

Thomas Ordonneau : Shellac est la structure d’origine, elle date de 2003, c’est une société de distribution. Puis s’est crée Shellac Sud qui a vu le jour à Marseille. Shellac Sud fait de la production, en complément avec la société de distribution, et de l’édition DVD également. C’est un petit label, nous sommes dix personnes à travailler sur ces projets, nous distribuons une dizaine de films, éditons une quinzaine de DVD et produisons 2 à 4 films par an. On se positionne sur la notion de développement : les premiers et deuxièmes films. Nous essayons progressivement de fidéliser nos collaborations, garder les auteurs qui arrivent à maturité, l’idée c’est de pérenniser notre activité à travers des talents renforcés.

La Nuit Magazine : Shellac connait une actualité ?

Thomas Ordonneau : oui en effet, la sortie du premier film de Leyla Bouzid, A peine j’ouvre les yeux, primé à Venise, présenté à Marseille au Festival Femmes Méditerranée, présents dans 80 salles en France à partir du 23 décembre.

Article et interview réalisés par Carine Rieu.

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