INTERVIEW: VALD « SI TU DIS RIEN, T’ES INEPUISABLE »

A l’occasion de son passage à l’affranchi, La Nuit Magazine s’est frayé un chemin entre les groupies qui campaient déjà devant la salle vers 17h pour parler un peu avec Vald. Discussion forcément un peu surréaliste, avec un rappeur chez qui le personnage est peut-être le naturel.

La Nuit Magazine : Parle nous un peu de ton son. Comment t’en parlerais à quelqu’un qui te connaît pas très bien ?

Vald : Je fais de la musique qui se cache. Elle se cache elle-même, elle se montre pas comme ça, il faut l’écouter, s’y attarder, et au bout d’un moment elle va se montrer. En fait, c’est un son hystérique, en vrai il se doit d’être hystérique, pour vaincre sa propre timidité. Elle fait perdre du temps quoi. Elle est là pour ça.

La Nuit Magazine : … Et pour ce qui est de tes paroles ?

Vald : Elle représentent bien les limites de ma culture. Elles parlent de ce que je connais, de ce que je sais bien sûr. Je peux pas trop te dire. C’est impossible de répondre à cette question horrible.

La Nuit Magazine : OK ! Mais ce que tu fais, c’est du second degré ou pas ?

Vald : Ouais, bien sûr ! Je me ris beaucoup de ce que je fais, de moi-même. Je joue pas ma vie en fait. Jamais. En réalité, oui, c’est ma vie le rap, mais je m’en fous un peu. Je joue pas mon image, les gens peuvent faire des montages avec ma gueule, dire que je suis un débile profond, je m’en tape. Ca me fait rire au contraire. Si un mec est énervé à cause de ce que je fais, j’ai juste envie de l’attraper et de lui dire « Calmons-nous ! », ou même de lui expliquer que je suis d’accord avec lui. Si il me voyait deux secondes, il se rendrait compte que je suis ridicule, et que c’est ridicule de s’énerver.

La Nuit Magazine : Et sinon, qu’est-ce qui te parle dans le rap toi ?

Vald : J’ai essayé de rattraper le temps, d’écouter plein de trucs à l’ancienne, mais ça me parle pas … C’est vraiment pas mon truc. Moi je suis plus branché Young Thug, Kanye West, Drake, Rihanna ! Rihanna c’est la patate quand même. C’est ce qu’on peut faire de mieux avec le plus gros budget du monde. En toute objectivité, que ce soit les mix, les mastering, les prods, et même la manière dont ça marche. C’est une putain d’énorme industrie : tout est fabriqué, mais tout est génial je trouve. C’est un travail de fou, ça se fait pas en une semaine un album de Rihanna, c’est des réunions, de la planification, des millions, tout ça pour tenir sur les épaules d’une seule personne. Je trouve ça fou, et beau en même temps.

La Nuit Magazine : Toi ça te dérangerait pas d’être un produit, de chanter des trucs que t’as pas écrits ?

Vald : J’ai pas le niveau de notoriété qu’il faut, même si ça me semble évident que ça va finir par arriver, pas vrai ? Si un jour je vends un million de disques, je vais avoir des écrivains pour moi, pour alimenter la machine. Si tu crées une machine qui fait de l’oseille, il faut continuer à l’alimenter. Et à ce moment là, un seul humain ne suffit pas. Drake par exemple, il le revendique presque. C’est pas lui qui fait son son, ok, mais en attendant il tue sa mère. C’est aussi un travail d’aller chercher les bons mecs pour t’écrire du son qui démonte. A mon niveau, c’est dérangeant, mais quand tu deviens quelque chose d’autre, un icône, t’en as plus rien à foutre. Faut juste un bon jugement, sortir des bons trucs.

La Nuit Magazine : J’imagine que ça doit te soûler à force, mais parlons un peu de « Bonjour », le morceau qui t’a vraiment fait passer un cap.

Vald : Non, ça me soûle pas, je trouve ça mignon au contraire. Il fallait bien un morceau, arriver avec quelque chose. C’est une histoire cocasse on va dire, avec des mots un peu violents. J’ai pas grand chose à ajouter, elle est tellement bien expliquée, tout est tellement clair, non ? Tu peux pas en ajouter, ni en enlever. C’est une histoire classique, tellement classique, l’histoire du mec qui a pas dit bonjour.

La Nuit Magazine : Et derrière tout ça, c’est quoi le but ? Tu n’as pas peur d’être identifié à un buzz qui s’arrête à cette chanson ? Tu as d’autres histoires à raconter ?

Vald : Regarde sur cette tournée : j’ai un public cool, hystérique comme je l’aime. Je sens que j’ai enlevé pas mal de balais dans le cul de certains. On a des ivrognes, des fous, des drogués, des jeunes qui viennent faire la fête. Je suis pas un buzz. On a pas pris un million de fans d’un coup avec cette chanson, et derrière on a envoyé pas mal de morceaux, qui ont bien marché eux aussi. J’ai l’impression que les gens me connaissent, qu’on parle. Et je risque pas de m’épuiser, parce qu’en fait je dis rien aux gens. Tu t’épuises quand t’essayes de raconter quelques chose, mais quand tu dis rien, t’es inépuisable. Regarde la télé, depuis sa création on y dit rien, et elle est là depuis tellement longtemps …

Iliès Hagoug (@IliesHGG)

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