J-B GUILLOT : « ACHETER ETERNELLEMENT LES MÊMES DISQUES, C’EST CONSTERNANT »

Doucement mais sûrement, Born Bad Records s’installe comme la référence du rock en France. Résolument alternatif, assurément français et clairement indépendant, le label a porté à tes oreilles, entre bien d’autres, La Femme, Space Oddities et Cannibale. Son fondateur Jean-Baptiste Guillot, et l’un des deux à bosser « sans s’arrêter » pour le label, nous a accordé une discussion, avant de faire passer son label en tournée à Marseille. Et malgré son accent de titi parisien, on respecte énormément son opinion, c’est dire si le mec envoie.

Le renouveau du vinyle, c’est plus une nouveauté, c’est installé. Comment tu vois ça ?

Ce renouveau existe, on peut pas le nier, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ceci étant dit, le fétichisme autour du vinyle, à qui on prête toutes les vertus, je suis pas fan. Acheter éternellement les même disques, je trouve ça consternant. Ce qui est intéressant, c’est quand c’est alternatif, nouveau et du bon son. Qu’on achète les 200 mêmes disques des Stones, des Beatles, franchement qu’ils soient achetés en vinyle ou en numérique ou en CD je m’en fous.

Parlons-en du numérique. Ca fait quoi d’être un label indépendant à l’heure du tout numérique ?

Internet, c’est cool, y a pas à dire. Ca met à disposition des outils incroyables, notamment en terme de diffusion, mais ça rend très difficile de sortir de la masse. Y a des millions de mecs qui ont toujours fait du son, mais aujourd’hui ils peuvent le diffuser, et paradoxalement c’est compliqué de sortir du bon. Pour nous différencier, on essaye de faire des choix artistiques radicaux et ambitieux. On tient à une certaine intégrité artistique marginale, qui nous amène à nos prods actuelles. Ce qui est clair cependant, c’est que ça reste formidable internet. Parce que tu peux chercher, sélectionner, trouver le meilleur groupe du monde, qui fait de la musique incroyable dans un garage, si tu peux pas les diffuser, ils resteront le meilleur groupe du garage, pas plus.

La scène rock française actuelle, tu la vois d’un bon oeil ?

Les chapelles ont explosé, et ça c’est vraiment cool. Maintenant, le public se pose moins la question de ce qu’il écoute, il veut juste le meilleur de tout. C’est en vraie opposition avec ma génération, où t’avais les mecs qui écoutaient exclusivement du punk rock post 77 et pour qui le reste c’était de la merde. Ca mène à des choses intéressantes et à des mélanges des genres bénéfiques.

Un exemple d’une scène qui devrait pour toi servir d’exemple ? Parce que chez nous, on ne peut pas dire que le rock se porte très bien …

Le rock y est marginal. Je pense qu’à Bordeaux, y a un vrai truc qui se passe, pas que dans le rock d’ailleurs. Il y a des scènes alternatives avec la volonté d’une progra forte, des gens qui s’impliquent localement. Y a pas de secret, c’est avec des fanzines, des radios, du mouvement quoi que ça marche. Pour ce qui est de Marseille, c’est clair que c’est pas la ville ou on m’achète le plus de disques par exemple. Moi les mecs que je connais, en très grande partie, c’est des mecs de ma génération. Y a peut-être un manque de renouvellement, mais quelques groupes existent, comme Quetzal Snakes, qui font vraiment du bon son. Il leur manque peut-être juste un coup de boost.

 Born Bad Records fête ses 10 ans partout en France, et ce week-end ça se passe au Cabaret. 

Et vu qu’on te connaît, fidèle lecteur, et qu’on sait qu’à l’heure actuelle tu te dis « Ça a l’air cool mais j’ai pas pris ma place », on t’invite.

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