INTERVIEW: JARDINS SUSPENDUS ET DÉCORTIQUÉS

L’été dernier le toit de la friche ouvrait la voie des spots d’exception, voie consolidée et élargie cette année avec Jardins Suspendus, alors qu’à l’ombre les châteaux s’écroulent. Clément Wine – l’un des instigateurs de ce projet – a répondu à nos questions pour faire toute la lumière sur le premier club dominical à ciel ouvert de Marseille. En se greffant au coeur même de la nouvelle image que souhaite se donner la ville, on espère qu’ils réussiront à faire sortir pour de bon la musique électronique de l’obscurité.
La culture avance en effaçant derrière elle ses traces et vise le ciel en prenant appui sur un centre commercial. Cette année encore, Marseille s’illustre par ses paradoxes, avance et recule en même temps pour souligner d’un trait supplémentaire la fascinante précarité de l’équilibre avec lequel la ville évolue. En tout cas, pour l’heure et sur le papier, Jardins Suspendus c’est la promesse d’événements de qualité, comme en témoigne cet entretien avec l’un de ceux qui l’a imaginé. 

LNM : Dans quel cadre s’inscrit ce « club éphémère » ?

Clément Wine (Gourmandiz) : Les Jardins Suspendus s’inscrivent dans le cadre de la volonté des Terrasses du Port de proposer à Marseille un lieu exceptionnel où pourront se dérouler des évènements très divers qui toucheront à la musique, l’art, mais aussi des choses plus institutionnelles etc…

Quand nous avons appris l’existence de ce lieu, nous sommes aller voir les Terrasses en tant que promoteur pour leur proposer un rendez-vous dominical bi-mensuel: Les Jardins Suspendus. Notre proposition leur a plu et nous travaillons avec eux depuis décembre sur ce projet pour réussir cette production. « Ouvrir » un lieu en tant que promoteur est quelque chose de génial. Mais c’est aussi très compliqué car tout le monde part de zéro. Il n’y a aucune expérience similaire sur laquelle on peut s’appuyer. Du coup leur soutien est vraiment maximum et nous les remercions pour cela. La présence de Christian, fondateur de Borderline, qui va organiser plusieurs concerts sur le rooftop le vendredi, est également super bénéfique. Du coup on collabore tous ensemble pour aller dans le bon sens car le défi évènementiel est vraiment à la hauteur en termes de logistique, de technique, de sécurité etc…

Une fois ces évènements lancés, je pense que Les Terrasses s’ouvriront progressivement à plus d’évènements et leur démarche sera, je crois, d’accueillir simplement de beaux projets événementiels sans se cloisonner à la musique.

Pour revenir à la notion de « club éphémère », je pense qu’on peut parler de ça dans le sens où l’on monte un dancing complet de A à Z un dimanche sur deux. Mais après coup je trouve que la notion de club est un poil différente par rapport à ce que l’on propose réellement. Notre volonté est plus d’organiser un évènement artistique pluridisciplinaire au centre duquel on place la house music. Par exemple nous ne faisons pas de coin VIP ou de réservation de bouteille. Ce n’est pas l’esprit. Les Jardins, c’est plus une fête artistique, un spectacle à plusieurs facettes qu’on proposerait aux gens.

LNM : Quelle est la démarche des Jardins Suspendus ?

CW : Notre démarche est d’apporter quelque chose d’un peu frais, d’un peu différent de ce qui s’est fait jusqu’à présent dans notre ville. Et de confirmer toute les bonnes volontés qu’on a pu voir en 2013 dans les milieux artistiques et évènementiel marseillais.

LNM : Votre proposition va-t-elle au-delà de la musique ?

CW : Tout à fait. C’est même le coeur de ce que l’on propose: offrir un évènement artistique pluridisciplinaire, et ne pas faire de différences notables entre street-artistes et DJ. Bien qu’on sache qu’aujourd’hui que ce qui draine le plus de monde à lieu égal, c’est un line-up. Du coup on s’est dit qu’on allait utiliser la house-music comme vecteur pour d’autres disciplines. Mais au final on ne propose pas vraiment de très grosses têtes d’affiche donc globalement nous souhaitons attiser la curiosité des gens et leur envie de découverte, de changement. Et on prévoit d’agrémenter ça avec le temps en explorant d’autres domaines et d’autres types de performance.

Au delà de l’art, nous souhaitons que les gens se retrouvent et passent un bon moment dans un spot unique, on souhaite vraiment générer une forme de quiétude sur le toit, un sentiment de bien-être général, une atmosphère positive et de beaux souvenirs. Au final, on souhaite proposer de l’amour au sommet des Terrasses, voilà la vérité vraie.

LNM : Où êtes-vous allés chercher l’inspiration pour imaginer Les Jardins Suspendus ?

CW : Paris, et par ricochet New York & Berlin qui ont inspiré bons nombres de promoteurs parisiens précurseurs en leur pays avec des structures comme Sundae ou Concrete.

J’ai vécu 3-4 ans à Paris jusqu’à récemment et j’ai assisté à l’avènement de ces fêtes dominicales qui regroupent aujourd’hui jusqu’à 2500-3000 personnes sur toute la journée. Du coup quand on a commencé à réfléchir à des évènements qui sortaient de l’ordinaire pour Marseille, ça nous démangeait de bosser sur cette tranche horaire qui insuffle une énergie super joyeuse au public. Dès qu’on a eu la possibilité d’exploiter ce lieu, on a foncé sur ce créneau, c’était évident pour nous. Ensuite, ce sont principalement toutes les caractéristiques et les contraintes de l’endroit qui nous ont poussé à réfléchir à quelque chose d’abouti et de complet, car on souhaitait exploiter le toit-terrasse au maximum. On ne souhaitait pas proposer une simple scène de DJ et un dancefloor sur le plus beau spot du monde! On voulait directement présenter quelque chose de coloré, d’éclectique mais ne pas trop se disperser au risque d’être moyen sur tous les domaines. On a préféré se concentrer sur des domaines essentiels (l’accueil, la musique, le street-art, la bouffe) et tenter de les faire bien. En parlant de contrainte, nous avions par exemple cette problématique d’annulation à cause du temps. Du coup on a transformé cela en véritable projet artistique et je me suis littéralement plongé dans la house music française/parisienne. Car c’était plus simple pour nous de ne travailler qu’avec des DJs provenants de France, en cas de report. Du coup nous voilà avec une direction musicale qui suit une vraie ligne, et c’est la même chose pour la programmation street-art gérée par Thibaud.

Au final chaque évènement est unique mais inspiré par d’autres, et chacun appose son style en fonction de ses expériences passées, de ses envies, de son imagination, de ses contraintes sans oublier la passion. Les Jardins sont le fruit de tout ça.

LNM : À qui s’adressent ces dimanche ? Doit-on s’attendre à une immense chorégraphie de molaires sur le dancefloor ou à des bambins qui cavalent dans tous les sens ?

CW : Les Jardins s’adressent à tous les curieux de découvertes, les danseurs, les amoureux de disques, les jeunes, les vieux, les gens respectueux des autres et qui sont là pour s’amuser et passer un agréable moment. Du coup ça fait quand même pas mal de monde! Et dès le départ c’est ce qu’on souhaitait faire: quelque chose qui fédérerait différents publics, catégories sociales, d’âges etc… et qui partageraient une mentalité tout simplement à la cool. Et pour te répondre sur les enfants: nous sommes en train de réfléchir avec Ie Waaw à une idée sympa qu’ont eu Isa et Fred (les fondateurs du Waaw). À savoir aménager un corner pour les gosses afin de pouvoir accueillir des parents qui ont envie de faire quelque chose de sympa en famille.

Du coup idéalement j’imagine une grande chorégraphie de popotins sur le dancefloor, des bienheureux posés tranquillou sur les gros poufs big bao dans le coin chill, des enfants mangeant des cookies à ma droite, des personnes suivant le live painting de Julien Raynaud à ma gauche… Et puis plein d’autres trucs cools.

En somme un espèce d’orgasme festif et artistique multicolore et bon enfant, très intense par endroit et plus relaxant par d’autres…

LNM : Y-a-t-il des installations de prévues pour palier aux intempéries éventuelles (pluie & vent) ou le club sera-t-il fermé si la météo n’est pas au rendez-vous ?

CW : La solution en cas d’intempéries est un report pur et simple à la semaine suivante, grâce à la volonté des Terrasses de nous aider un maximum à réussir ces Jardins et qui se montrent par conséquent très flexible en cas de mauvais temps. On fait un dimanche sur 2 donc ça nous laisse potentiellement  pas mal de dates de disponibles jusqu’à début octobre. Après il y aura peut-être une solution de repli mais rien de validé à 100% pour le moment. Et honnêtement on préfère reporter pour profiter du toit.

Evidemment, on prie tous les soirs pour que cet été soit beau et clément et surtout sans vent!

LNM : À quoi faut-il s’attendre en ce qui concerne les tarifs de « Jardins Suspendus »? 

CW: En ce qui concerne l’entrée, on sera sur du 10€ en prévente et 13€ sur place, au bar la pinte sera à 6€ et le hard à 8€, bref des tarifs pas exorbitants. Pour la partie fooding, on a convié deux food trucks: « Burger Brothers » et « On Mange Thaï » et ça devrait tourner autour de 7-9€ selon la faim.

LNM : On espère que tu nous as réservé du scoop, balance des noms !

CW : Sur la première (dim. 1er juin) on est vraiment super content de recevoir le label Robsoul à travers le venue de son boss et fondateur Phil Weeks ainsi qu’un de ses plus fidèles lieutenant Chris Carrier, qui a aussi fondé le label super respecté Adult Only (Dan Ghanacia, San Proper…). J’aime beaucoup la direction qu’à prise Weeks pour son label parce que ce gars est complètement fou de house de chicago et cette passion explose littéralement dans l’ensemble des sorties de son label. Je veux dire que la musique qu’il défend déborde de jazz, de disco, de funk et tout ce qui claque dans la musique black américaine. Et c’est vraiment cette philosophie musicale qu’on souhaitait pousser sur le toit et à Marseille, ville où une relative majorité de gens semblent avoir aujourd’hui plus d’appétence pour la techno et la tech-house. C’est pourquoi on s’est dit que DJ Steef était le héros local idéal pour accompagner ces 2 parisiens sur l’ouverture. Pour avoir discuté avec lui, c’est un mec qui semble discret dans la vie mais explosif derrière les platines, et j’aime beaucoup la house un peu vénéneuse et très groovy qu’il produit depuis 10 ans. Il m’a filé un disque lors d’une soirée où l’on faisait jouer Jay Shepheard au One Again, je l’adore et j’y tiens beaucoup.

Pour le reste de la saison, il faut s’attendre à voir débarquer des mecs comme Lazare Hoche, Andrade ou Jef K, ou encore des labels comme Real Tone, Street Knowledge, Hold Youth, Local Talk, tous les patrons marseillais de la house ainsi que des jeunes gars d’ici prometteurs, amateurs de vinyls et adorateurs de Larry Levan.

Pour le street art je crois qu’on s’est pas mal débrouillé car on attend l’arrivée de gars comme Tarek (un pionnier du graff underground en France)  et le très prisé Franck Pellegrino!

LNM : On te laisse le mot de la fin ! 

CW : Juste un mot pour remercier tous les gens qui nous aident à mener à bien ce projet sur tous les domaines, nous sommes fiers et heureux de bosser avec eux, et ils se reconnaîtront.

Et également une anecdote qui veut dire beaucoup. Le duo Modern Jam (Ben & Alex) sera également résident de nos dimanches. Ce sont des mecs biens et passionnés par les skeuds. Ils se complètent musicalement. Et c’est marrant parce que Benjamin (qui mixait avant sous le nom de Junior pour Kulte), a hérité il y quelque temps de la collection de vinyls de son frère, collection composée essentiellement de disques house, soulful et nu jazz sortis avant les années 2000. Bref une collection de pépites absolument parfaites pour la direction musicale qu’on prend. Et il a commencé à explorer véritablement ces bags il y a seulement quelques mois, au moment de la genêse des Jardins Suspendus. La vie est simplement une question de timing.

bon enfant

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jardins1

IMG_7480_resultatCrédits photos: Adrien Piu, Agence Futur Proche

Propos recueillis par Clément Carouge

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