JÉRÔME CABANEL, 45 ANS, CAPTURE MARSEILLE

Chaque semaine, La Nuit Magazine rencontre une personnalité ou un anonyme, un artiste ou un porteur de projet, un marseillais ou pas : on fait parler ceux qui font de Marseille ce qu’elle est. Cette semaine, c’est le photographe Jérôme Cabanel qui se fait tirer le portrait.

« ah bon, je suis important à Marseille moi ? »

Sourire bienveillant, voix douce et ton posé, il nous dit être le premier surpris qu’on ait souhaité le rencontrer. Pourtant, se pencher sur son dernier travail, Marseille Vu des Grues, c’est constater que le photographe a été, et continue à être, un observateur privilégié de la mutation de la plus vieille ville de France.

« Je suis né ici, de parents Cévenols. On ne peut pas dire que je viens d’un milieu artistique ou culturel. Je dirais plutôt que je suis un paysan. ». Son naturel sobre dénué de timidité en est la meilleure preuve. Pas vraiment destiné à la photo donc, mais le coup de foudre tombe tôt, lors de la rencontre avec l’oeuvre de Robert Doisneau, célèbre chasseurs de scènes de vie à Paris. « Il avait une façon de trouver une poésie dans le banal. C’est ce qui m’a convaincu de sortir, j’ai compris qu’il y avait de l’extraordinaire dans la rue ». Effectivement, dès les premiers jours, le parti pris est résolument social et surtout humain.

Se succèdent ainsi, tout au long des années 90, un travail sur les réfugiés tsiganes ; un long parallèle sur la culture foot à Marseille, des travées des virages aux terrains anonymes, aussi quelques travaux pour l’AFP. Le vrai tournant, qui définira le reste de sa carrière, arrive en 2001 : « En regardant les grands chantiers du programme Euromed, j’ai été frappé par les ouvriers, par leur allure de guerrier ». Ce sont ces combattants du marteau-piqueur, qu’il observe, puis photographie. « J’ai pu entrer sur les chantiers par la bonne volonté des gens qui y travaillaient, j’ai commencé à prendre des clichés. C’était d’abord et avant tout une démarche personnelle ». Les yeux commencent à briller à l’évocation de ces personnages, qu’il montre toujours en noir et blanc. « La couleur, disperse l’information, je voulais clairement les montrer à l’oeuvre. ». Dans cette période de grandes rénovations, les groupes de BTP le contactent, et la démarche personnelle devient métier à part entière. Une série immortalisée, naturellement nommée « Les Bâtisseurs ».

Série "Les Bâtisseurs" - Ferraillage du radier au MuCEM, Marseille janvier 2011.
Série « Les Bâtisseurs » – Ferraillage du radier au MuCEM, Marseille janvier 2011.

Une seule chose vient entrecouper cette œuvre longue de plus de 10 ans ; il va chercher le réalisateur Robert Guédiguian, amoureux notoire de Marseille. « J’ai écrit un message dans un formulaire de contact que j’avais trouvé sur le net, pour lui proposer de préfacer un livre sur ses tournages. Il m’a répondu.». Le début d’une collaboration, il immortalisera deux de ses tournages.

Le changement reste cependant le fil rouge de son œuvre, il prendra notamment la rénovation de la rue de la République comme sujet de travail, avec pour perspective l’avant et l’après. Tout à fait inconsciemment selon lui, « Mais maintenant que vous le dites … »

Série "Changement de République"
Série « Changement de République »

Sur les lieux de construction, les grues continuent à pousser, il n’a pas le vertige, et naturellement les clichés prennent de l’altitude. Il se souvient, sourire en coin : « On grimpe dans la cabine des grutiers à l’aide d’une longue échelle. J’ai dû fuir pour échapper à un gabian une fois. On avait touché un nid dans les parages, la mère était pas contente ». De là haut, les règles ne sont plus les mêmes. Et les sujets non plus, Marseille se fait personnage à part entière. « C’est cet endroit qui m’a « fait ». L’évolution est très rapide, c’est phénoménal … » Cette série la sublime, on y voit le J4 en pleine mutation, un de ces fameux gabians en plein vol, et surtout des panoramas, captant d’un point de vue rare les décors en relief de la cité. « Ca reste la grande puissance de cette ville, enfermée par les collines, du massif de l’étoile jusqu’au Garlaban. »

Et maintenant que cette mutation porte ses fruits, le photographe ne compte pas bouger. « Je garde un certain amour pour la lumière de cette ville fantastique. Même si parfois, elle m’exaspère … » Comme pour beaucoup d’entre nous.

Iliès Hagoug

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