L’ART ENGAGE AU RIAM : L’AFROFUTURISME

Le RIAM festival nous a habitués à de la surprise depuis quelques années, avec des créations éclectiques, mais toujours taillées pour nous ouvrir les oreilles et l’esprit. Focus pour cette édition sur le programme de ce soir, qui nous amène à la fois de l’autre côté de la méditerranée et de l’atlantique pour mieux s’ouvrir vers le futur et le monde : on va parler d’afrofuturisme, avec les bien nommés « Black(s) to the Future »

Le timbre doux de Stéphane Galland, qu’on entend régulièrement sur les ondes du 88.8FM, vient se poser ce soir dans la salle de Montévidéo, pour évoquer une problématique qui convient parfaitement à la ville de Marseille. L’afrofuturisme, c’est le thème du débat de ce soir, dans le cadre du festival RIAM, ça demande à s’y intéresser, et donc à planter un peu le décor.

L’afrofuturisme est « un courant littéraire et artistique qui explore l’intersection de la culture africaine et afro-américaine avec des éléments de science-fiction ou du réalisme magique ». Voilà pour la définition du dico, mais dans les faits, on parle là d’un courant de pensée, aux et expressions multiples. Il s’agit entre de se réapproprier des esthétiques, des racines et des influences diverses pour se retrouver un peu mieux dans le monde occidental. Si tu te demandais pourquoi « Black Panther », énième film Marvel au même format et à la même promotion, avait été aussi important pour certains, voilà pourquoi. On peut également essayer de tirer une lecture d’artistes variés allant de Parliament Funkadelic à Octavia Butler par ce courant de pensée.

Achille Mbembe, philosophe théoricien du post-colonialisme, politologue, historien et enseignant universitaire camerounais,  le dira mieux que n’importe qui  :

« L’afrofuturisme est un mouvement littéraire, esthétique et culturel qui émerge dans la diaspora au cours de la deuxième moitié du XXe siècle. Il combine science-fiction, techno-culture, réalisme magique et cosmologies non européennes, dans le but d’interroger le passé des peuples dits de couleur et leur condition dans le présent. Ce dernier rejette d’emblée le postulat humaniste dans la mesure où l’humanisme ne peut se constituer que par relégation de quelque autre sujet ou entité (vivante ou inerte) au statut mécanique d’un objet ou d’un accident. L’afrofuturisme ne se contente pas de dénoncer les illusions du « proprement humain ». À ses yeux, c’est l’idée d’espèce humaine qui est mise en échec par l’expérience nègre. »

Black(s) to the Future

Mark Dery est un auteur américain, conférencier et critique culturel. Il écrit à propos des « médias, du paysage visuel, des tendances marginales et de la culture impopulaire5 . C’est à lui que nous devons le terme afro-futurisme, proposé dans son article “Black to the future” (d’après un titre original de 1990 du rappeur et tenant de la scène hip-hop alternative, Def Jef, qui commence par les mots As-Salam Aleikoum).

Dans une interview menée en 1966 au sujet de son livre Escape Velocity: Cyberculture at the End of the Century, Dery confie à Howard Rheingold : 

“Notre incapacité à concevoir le futur autrement qu’au travers du prisme dystopique est l’un des signes que notre culture est moribonde. Et il est essentiel que des voix progressistes réclament le futur aux je-m’en-foutistes futuristes, posthumanistes et autres évangélistes barbus du New Age cyberhype qui embrument aujourd’hui notre vision des choses à venir. […] Nous devons replacer le débat culturel concernant les promesses de la technologie au centre d’un “ici et maintenant” bruyant et grossier, et commencer à construire un futurisme progressiste et pragmatique.”

Quand Dery a suggéré pour la première fois le terme afro-futurisme, dans son interview de 1995 (avec l’auteur de science-fiction Samuel R. Delany, le meneur du groupe Burnt Sugar, Greg Tate et la Maître de conférences Tricia Rose), c’était pour désigner « une fiction spéculative qui traite des thématiques afro-américaines et se préoccupe des intérêts afro-américains dans le contexte de la techno-culture du 20ème siècle. »

De l’art engagé au RIAM

Black(s) To The Future est également un collectif de recherche expérimental et artistique. Initié en 2015 par Mawena Yehouessi (alias M.Y), diplômée de Philosophie puis gestion de projets culturels, elle fait ses premières armes dans les milieux de l’art contemporain tout en menant de front divers projets : soirées, édition, et collectifs artistiques.

Le collectif se définit ainsi :

« Réunissant des artistes, auteur.e.s, chercheu.r/se.s et activistes aux influences hybrides : B(S)TTF oeuvre à une vision alternative, durable et décomplexée du monde et ses dimensions afro-connexes. À la fois médium et média : son site blackstothefuture.com, son antenne radio sur R22 Tout-Monde ou encore son festival (@ Petit Bain, Paris) sont des espaces d’exploration créative alliant expérimentation, singularité(s) et prospective. Nourri d’afrofuturisme, à la fois comme esthétique mais également philosophie et outil de métamorphose, voire de son réenchantement possible, du monde ; B(S)TTF évolue au gré d’intuitions, rencontres et opportunités. Aussi, laissant grande place à l’intuition, les formats, dispositifs et situations que nous imaginons, produisons et proposons sont-ils avant tout manifestes des liens qui nous tissent en une constellation d’affects. »

Mawena Yehouessi est donc invitée ce soir à Montévidéo pour discuter de tout ça, et elle sera accompagnée de  Fallon Sempa, de Josefa Ntjam, et de Nicolas Pirus. Avec donc Stéphane Galland de Radio Grenouille à la modération, et pour le dancefloor la DJ Crystallmess.

 

Avec André Sghinolfi

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