LE DOCK DES SUDS EST-IL VOUÉ À DISPARAÎTRE ?

Le projet Euroméditerranée devrait construire d’ici quelques années divers bâtiments tout autour du Dock des Suds. On s’est donc posé la question : lorsque les travaux s’achèveront, l’avenir de la salle de concert de la Joliette sera-t-il compromis ?

Remis en cause depuis toujours, le Dock des Suds, haut lieu des soirées festives marseillaises, est à nouveau menacé par le projet Euroméditerranée, son propriétaire depuis 2011. En effet, dans une carte interactive, l’organisme présente les différents travaux à venir dans le quartier de la Joliette, et lorsque l’on regarde d’un peu plus près, on remarque que même si les bâtiments du Dock des Suds en eux-mêmes (îlot 2C) ne sont pas directement touchés, la grande partie extérieure de ce dernier l’est (îlot 1C). Ainsi, là-même où l’on a pu admirer Chinese Man, De La Soul ou Massilia Sound System lors de la 23ème Fiesta des Suds, devrait se tenir dès 2018 une Université Régionale des Métiers. Et ce n’est pas tout ! Tout autour des hangars du Dock, se succéderont pléthore de logements, commerces et bureaux, avec pour conséquence la résidence de plus de 2000 personnes à proximité directe de la salle de concert. Vu les nuisances sonores que cela risque d’engendrer, on a du mal à imaginer que le Dock des Suds survive bien longtemps dans le quartier. Pour autant, le projet immobilier ne semble pas inquiéter plus que ça Bernard Aubert, le fondateur de la Fiesta des Suds et de Babel Med Music. « Pour l’instant, on ne se sent pas en danger. En quoi un lieu festif serait gênant pour la vie des gens ? Plein de villes possèdent ce genre d’endroit en plein milieu du centre-ville. Les délocaliser en dehors est une erreur, c’est important de ne pas faire 90km pour faire la fête. Il ne faut pas qu’on fasse comme la Défense à Paris. Et si on doit disparaître, pourquoi le Silo, le Moulin etc. ne disparaîtraient pas eux-aussi ? Pourquoi que nous ? On a prouvé qu’on était utile : on a récupéré 80% des soirées électroniques, on organise deux gros événements propre à Marseille (La Fiesta et Babel Med) et on fait une multitude de soirées privées pour les entreprises ».

DistroPunx @ Les Docks des Suds, mars 2014 - © Nawa Photography
DistroPunx @ Les Docks des Suds, mars 2014 – © Nawa Photography
« Il faut qu’Euroméditerranée se serve de nous ! »

Élue en novembre 2015, la nouvelle présidente du Conseil d’Administration de l’Établissement Public d’Aménagement Euroméditerranée, Laure-Agnès Caradec, ne dissimule pas les objectifs du projet : « Le parc habité doit sortir de terre et la création de logements sur ce site ne peut pas cohabiter avec un lieu festif. Depuis le début, le Dock des Suds n’a pas vocation à rester de manière pérenne sur le périmètre » avait-elle déclaré sur le site de Marsactu en décembre dernier. Contactée par nos soins, Sidonie Laban, l’attachée presse d’Euroméditerranée a d’ailleurs confirmé l’information en affirmant que l’organisme « cherchait un nouvel emplacement au Dock des Suds ». Toutefois les travaux n’ont pas commencé, ni les recherches relatives à ceux-ci. « C’est à la marseillaise quoi » souligne Bernard Aubert, « rien n’est encore fait, on est encore là pour un petit moment. Et même si les travaux débutent on fera le maximum pour rester. Nous ce qu’on veut c’est travailler main dans la main avec Euroméditerranée. Il faut qu’ils se servent de nous pour défricher le secteur, à l’image de Barcelone ou de Naples ! ». Et si les travaux commencent, Bernard Aubert promet de s’adapter. « Pour la Fiesta des Suds, on fera des chapiteaux sur le Boulevard de Paris, on investira la rue de devant ou essayera de faire une formule plus longue. En clair, on se débrouillera ! Le problème que l’on rencontre aujourd’hui concerne plutôt notre bail : il finit en 2018 et on ne sait pas encore si Euroméditerranée va nous le renouveler. Cette incertitude nous bloque car des partenaires sont prêts à investir dans le Dock des Suds mais à condition que celui-ci soit pérenne ». Pourquoi Euroméditerranée ne communique pas là-dessus ? Et si le bail n’est pas renouvelé, le Dock va-t-il être obligé de déménager ? Et comment faire si aucun lieu ne correspond à ce véritable bastion des nuits marseillaises de 8000m2 ? Car rappelons-le, le Dock des Suds c’est l’endroit où l’on danse toute la nuit sur de la techno ou du reggae, l’endroit où l’on boit un verre le mardi après-midi après le travail, l’endroit où l’on vient en after le dimanche, l’endroit qui accueille aussi bien 15.000 personnes que 200. Que l’on soit amateurs de musiques électroniques ou de musiques du monde, on y a déjà tous au moins une fois mis les pieds, ne serait-ce que par simple curiosité. « Si on est forcé de déménager, il faut que l’on sache où cela sera, quand, comment et avec quel budget, car on a quand même investi plus de six millions d’euros dans le Dock. Après, si on nous propose d’aller aux puces où au J1, pourquoi pas, il y a des choses à faire dans ces endroits, mais ça serait quand même dommage » confie le fondateur de la Fiesta. « On donne une dernière chance aux décideurs de nous intégrer dans le projet de reconstruction du secteur. S’ils ne le font pas, je pense que ce sera aux marseillais de réagir ».

Ô Galop @ Dock des Suds – mai 2015 - © Mad.C
Ô Galop @ Dock des Suds – mai 2015 – © Mad.C
La vie nocturne marseillaise une nouvelle fois menacée

Après avoir interdit la vente d’alcool dans les alims passé 20h dans les quartiers nocturnes, après avoir fermé temporairement moult bars par décision de justice, après avoir annulé de multiples événements, que va-t-il advenir de la vie nocturne marseillaise et du quartier de la Joliette, si le Dock n’est plus ? Encore une fois, Marseille risque de se retrouver dans l’incapacité à rivaliser avec les autres villes méditerranéennes malgré son potentiel. « Le problème à Marseille, c’est qu’on a l’impression que les élites sont complexées car elles veulent tout comme dans les autres villes », exprime Bernard Aubert. « Dire que Marseille c’est le nouveau Manhattan ou le nouveau Barcelone c’est une erreur. Comparer le Silo à l’Olympia aussi. Marseille à sa propre identité, il faut la développer, tenter de nouveaux trucs, créer des événements atypiques propres à la ville car on ne sera jamais Manhattan ou Barcelone. Quand on va faire la fête à Berlin ou à Amsterdam, on sait que l’on va se retrouver dans des soirées qui n’existent nulle part ailleurs. Marseille a besoin de ça. On a raté la vague hip-hop en mettant notamment l’Affranchi à la Valentine plutôt qu’en centre-ville, ne ratons pas aussi la vague électronique ».

Sarah Barbier

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