LES MILLE ET UNE GALÈRES DE TV SUD PROVENCE

Depuis le 4 janvier, le studio 555, la société qui gère la chaîne TV Sud Provence, successeur de LCM, est en redressement judiciaire. Les salaires ne sont plus assurés depuis plus de trois mois et la moitié des salariés viennent de reprendre le travail après quelques jours de grève. La situation de la chaîne devient de plus en plus compliquée mais, en interne, la vie d’entreprise n’a pas vraiment changé.

Devant les locaux du Studio 555, l’ambiance est glaciale. Les voitures de fonction de la chaîne sont garées sur le parking telle une armée de tank en période de trêve. A l’intérieur, l’atmosphère est électrique.« Tout se passe bien, il n’y a aucun problème de travail. On ne comprend pas tout ces acharnements », indique une employée, pourtant visiblement très tendue. La situation de la chaîne est devenue de plus en plus chaude, avec des salariés qui ne sont plus payés depuis bientôt trois mois : ils ont décidé de se mettre en grève. Pour certains, faire grève est un choix par défaut car ils n’ont même plus d’argent pour payer l’essence de leur voiture. Quelques employés ont repris le travail depuis mais le dialogue avec Christian Bartoli, le PDG de TV Sud Provence, est complètement rompu. Cette ambiance pourrie a bizarrement provoqué une épidémie d’arrêts maladie chez les salariés de la chaîne.« C’est devenu invivable l’ambiance là-bas. La charge de travail pour un journaliste était quasiment impossible. Il (Christian Bartoli) ne sait pas gérer une chaîne de télévision. Il a décidé de lâcher complètement du jour au lendemain.». Cet ex-employé de TV Sud Provence se remet tout doucement de son expérience. « Il s’est rendu compte qu’il faisait plus d’argent dans le porno que dans la télévision locale, » lâche-t-elle après avoir passé plusieurs mois harassants dans la chaîne.

Chaîne pour adultes et heures sup’ pas payées

Christian Bartoli est un personnage un peu mystérieux. Il n’a jamais vraiment expliqué son plan pour relancer la chaîne quand il l’a reprise en mai 2015. Il s’exprime très peu dans les médias. Les seules informations disponibles sont que Christian Bartoli était un créateur de contenu pour des chaînes adultes sur Canal. Il a aussi travaillé pour Beur TV, des chaînes de sport automobile et de combat. Il est à la tête de Studio 555, une entreprise spécialisée dans la création de contenu multimédia et gère TV Sud Provence. « Il y avait des tonnes de DVD porno dans les archives. Il avait même ramené un canapé qui était utilisé pour des tournages. C’était un peu glauque, » explique encore une autre ex-employée. Pendant les premiers mois de la reprise en main de la chaîne, il régnait une ambiance bon enfant. Malheureusement, le climat s’est dégradé de semaine en semaine : le PDG demandait un travail de moins en moins réalisable pour les journalistes et les techniciens. La tension est telle qu’aucun des intervenants n’a souhaité que son nom apparaisse dans cet article. « C’était un enfer. Le rythme était impossible. Les heures supplémentaires n’étaient jamais payées. Il voulait même qu’on travaille les week-ends. Si on ne venait pas, il menaçait de nous virer », déplore un énième ex-journaliste anonyme. Beaucoup sont partis de la chaîne aujourd’hui à cause du redressement judiciaire et avec l’espoir que les choses s’arrangent. Aujourd’hui, la chaîne est amputée de la moitié de son personnel. La situation est tellement critique que les flashs info sont présentés par une stagiaire et le directeur d’antenne a récemment jeté l’éponge.

Le monde des bisounours

En interne, ceux qui restent malgré les retards de paiement ne s’affolent pas. Il s’est installé une communication digne d’un club de foot en crise. Les phrases du style « le groupe vit bien », « on a cœur de faire de bonnes émissions » et « on s’est dit les choses » sont légion dans les quelques réactions des salariés encore présents. Cette semaine, Christian Bartoli devrait publier un communiqué de presse pour expliquer la situation et surtout l’avenir de TV Sud Provence. Un avenir qui devient de plus en plus abstrait pour certains. « Je pense que le Studio 555 va être en liquidation judiciaire. Je suis triste car je trouve que c’est un énorme gâchis. Je peux vous l’assurer, on était une équipe soudée. Il y avait vraiment de la solidarité entre les techniciens et les journalistes. C’est triste. », déplore un énième journaliste en arrêt-maladie et qui attend que la situation s’améliore. Il se murmure même que la chaîne intéresse certains repreneurs. Affaire à suivre donc.

Nicolas Chiale

2 Réponses à “LES MILLE ET UNE GALÈRES DE TV SUD PROVENCE”

  1. Patrick Guérinet

    DROIT DE RÉPONSE

    Bonsoir Mr Chiale,
    en tant que directeur d’antenne cité dans votre article à charge, mais également en tant que journaliste professionnel titulaire de la carte de presse depuis près de 20 ans, je m’étonne que vous n’ayez pas vérifié vos sources, comme le fait normalement tout journaliste digne de ce nom, et que vous me prêtiez une attitude qui ne correspond absolument pas à la réalité des faits.
    Il est évident que les personnes qui vous ont informé vous ont instrumentalisé, et que vous n’avez pris aucun recul sur cette affaire.
    Je tiens à préciser que je n’ai en aucun cas « jeté l’éponge », mais ai été appelé à d’autres fonctions auprès d’un groupe de presse parisien, et que je m’en suis expliqué très cordialement avec Mr Bartoli, que j’ai toujours soutenu dans son projet, très concret, de vouloir relancer une chaîne locale moribonde depuis 2014. Je suis d’ailleurs toujours en relation avec les équipes en poste de Mr Bartoli, que j’aide de mon mieux à passer ce cap complexe pour l’entreprise.
    Quant aux difficultés actuelles de Studio 555, elles ne sont en aucun cas liées à la supposée « incompétence » d’un dirigeant, mais à la conjonction d’un faisceau de données, administratives, économiques et sociales, qu’il ne m’appartient pas d’exposer ici.

    En vous remerciant de ne pas vous opposer à la publication de ce commentaire.
    Patrick Guérinet

    • La Nuit Magazine

      Bonsoir M. Guérinet,

      Merci de votre commentaire.
      Soyez assuré de la vérification et de la multiplicité de nos sources.
      Merci également d’avoir précisé que vous n’avez pas jeté l’éponge, mais que vous avez choisi d’autres opportunités professionnelles.

      Bonne soirée.

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