MARSEILLE: L’AÏOLI N’A PAS PRIS

Pour faire un film sur Marseille il faut suivre une bonne vieille recette immuable : l’accent, le soleil, la pétanque, l’aïoli, les cagoles, le pastis, l’OM…

La Nuit Magazine a analysé pour toi Marseille le film et d’après les prélèvements effectués, tous les clichés marseillais ont été identifiés.

1 – L’accent : oh, bonne mère surprise, certains personnages n’ont pas l’accent, notamment les médecins (qui ont leur petit rôle dans l’intrigue) et… les médecins en fait. Si toutefois tu trouves un médecin qui a l’accent nous te remboursons la place de cinéma sur présentation du ticket de caisse.

2 – Le soleil : il ne pleut pas, pas de mistral, non plus dans notre belle cité phocéenne. Que du ciel bleu, des prises de vue aériennes qui nous dévoilent un site exceptionnel. Sûr que dès le mois de juillet les touristes vont nous embouccaner plage du Prado.

3 – La pétanque : La boule et ses aficionados (qui ne sont pas toujours ceux que l’on croit) apparaissent trois fois dans le film. En fait, Bosso prend une boule sur le capot de son ravan. Pas content le Bosso, il braille que personne ne va l’empêcher d’entrer dans sa cité. Euh, la dernière fois qu’on a vu un blanc d’origine italienne gueuler dans les quartiers nord c’était un intermittent du spectacle, non ?

4 – L’aïoli : Figure-toi que d’aïoli il n’y a guère. Il y a bien de la merguez, une allusion à la bouillabaisse et rien, wallou sur les chichis de l’Estaque, non mais sans déconner !

5 – Les cagoles : Qui l’eût cru : rien sur les cagoles non plus. A la rédaction, on était sûr qu’on allait pouvoir mater de la botte à franges et du string taille basse. On est très déçus, vraiment.

6 – Le pastis : Bon évidemment tout le monde boit du jaune. En revanche, y a un truc hyper drôle sur le whisky, ça faut pas le rater.

7- L’OM : y a tout sur l’OM, il y a même Basile Boli, ce qui est mieux que d’évoquer l’équipe actuelle. On y voit le nouveau stade, les supporters et leur ferveur, le bleu turquoise, c’est un peu l’o(M)verdose d’ailleurs.

Pour le folklore marseillais, voici donc les premières lignes d’une recette où l’on découvre les principaux ingrédients d’un aïoli qui n’a pas pris. Marseille le film c’est l’histoire de Joseph, qui n’a pas revu son frère Paolo depuis 25 ans. Ce dernier se résout à abandonner quelques jours sa vie calme et harmonieuse au Canada, pour revenir à Marseille au chevet de son père accidenté.

C’est que Kad Merad aurait dû travailler, au minimum, sur un triptyque pour traiter les autres sujets abordés. La faute originelle, non expiée, un semblant de vision sociale, les relations dans la fratrie… Ça fait beaucoup de thèmes qui sont jetés comme des lignes à la mer, trop vite oubliées sur la jetée.

Et du coup, ça pollue le propos, c’est trop de perches tendues et pas prises. La faute non expiée, est vite expédiée, alors qu’elle a titillé le spectateur jusqu’à la moitié du film.

La vision sociale à peine esquissée se résume : à Marseille, on n’a pas un rond et pas de boulot, mais on mange des pâtes tous ensemble, et alors y a rien là ?

Les relations dans la fratrie sont appauvries par l’absence de maillage, de construction dans le scénario et des dialogues en mode galléjade.

Reste ce père devenu amnésique qui reste obstinément muet, comment lui rendre ses souvenirs ? Ça reste le thème le mieux traité du film, on ne peut s’empêcher de penser à Cinema Paradiso, pour la nostalgie d’un temps révolu. Notamment grâce à la trouvaille d’images projetées sur les reliefs des Calanques.

Puis, il reste quelques bons mots (le point de vue sur le whisky), quelques belles tirades (les surnoms de tous les collègues), et une véritable déclaration d’amour à Marseille.

Cette déclaration est d’autant plus touchante qu’elle résulte d’une observation empathique des gens, des lieux, un beau regard posé sur les détails : la manière de boire un café, de fumer une cigarette, le flamand rose à l’hôpital, le polo turquoise de Bosso, la Côte Bleue, le silo de la Madrague, les estaminets, la lumière…

Le cinéma nous transporte lorsqu’il déclenche en nous des émotions. Le ravissement, le désir, la tristesse, ces émotions nous mettent en mouvement, ce mouvement est l’identité même du cinéma. Marseille le film, cherche désespérément à produire chez le spectateur ce balancement, cette intensité, hélas en vain.

En fait, ce n’est pas du cinéma, plutôt une sorte de « publifiction » ça pourrait être subventionné par la Région, pour attirer le chaland dans notre belle région pour la saison touristique. Du coup cet été, je pars en Ardèche et toi ?

Carine Rieu

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