INTERVIEW: MÖDERN

Derrière Möd3rn se cachent 6 mains taillées pour le live, trente doigts qui s’agitent sous une même identité c’est assez rare dans le courant Techno pour être souligné; d’autant plus que ces six mains sont parmi celles qui creusent le plus activement le mouvement en France. Ce « groupe »  est le terrain de jeu d’Electric Rescue (boss du label Skryptöm et host des Skryptöm parties @ Rex Club), Maxime Dangles (co-fondateur du label Sign Industry, également signé sur des labels comme Kompakt) & Traumer (Skryptöm, Citizen, IRM Records). On leur a posé quelques questions sur la Techno.

La Nuit Magazine: Comment est né ce trio ?

Maxime Dangles: Il est né avant tout d’une bonne histoire d’amitié. Une envie commune de partager notre passion. Nous faisons déjà des lives a deux avec Antoine (Electric Rescue), mais aussi avec Romain (Traumer) de façon non officielle quand on se trouvait tous les deux sur une même soirée.

Traumer: Le trio est né avant tout d’une amitié forte, d’une passion commune pour la musique. Cette idée de « ramification » avait déjà germé avec nos projets live en duo. C’était évident pour nous de s’allier tous les trois.

Electric Rescue: C’est avant tout une histoire de potes, on a tous des carrières séparées et on collabore ensemble depuis des années sur plein de projets et puis à un moment donné on s’est dit allez on pousse plus loin ensemble en marge de nos carrières

LNM: Trois personnes c’est rare dans la Techno, pourquoi avoir voulu monté un « groupe » ?

Traumer: Cela permet déjà d’avoir 6 mains en live. Et donc de pouvoir créer une prestation avec une interaction sur les machines, le son irréalisable tout seul.

Electric Rescue:C’est un espace de liberté supplémentaire, nos trois carrières vont bien donc c’est un truc en plus où nous n’avons rien à perdre juste du plaisir et de la musique à prendre et proposer.

LNM: Qui est-ce qui porte la culotte ?

Maxime Dangles: Personne, mais Antoine (Electric Rescue) ayant beaucoup plus d’expérience que Romain (Traumer) et moi, il nous donne beaucoup de bon conseils. Mais ça, ça va au-delà de Möd3rn.

Traumer: (rires) Antoine!

 Electric Rescue: Maman toujours maman qui porte la culotte, depuis la nuit des temps on dit que c’est papa, mais en fait ça a toujours été maman.

LNM: Quelle dimension voulez-vous donner à ce projet par rapport à vos projets personnels respectifs ?

Maxime Dangles: La même que notre carrière perso, tranquillement mais surement, sans se prendre la tête.

Traumer: Le projet est sans prétention particulière, on le mènera là où il se laissera porter. On fera de la musique et des lives sans concessions, sans calcul particulier et sans but très précis. Par exemple on a décidé de sortir les morceaux sur un unique label ego-centré, ce qui nous déleste déjà de toute quête « recherche de label » etc. Cela nous procure une certaine liberté, une liberté globale. Voilà ce que pourrait être la réponse à une mise en rapport de notre projet commun et nos carrières solo, cette liberté liée à l’autogestion du projet.

Electric Rescue: On en attend absolument rien, ce n’est que du bonus, du plaisir et de la musique tout ce qui en découlera fera plaisir quoiqu’il en soit.

LNM: Pensez-vous que l’engouement actuel autour de la techno soit un effet de mode ou une tendance plus profonde vers une musique électronique plus dure ?

Maxime Dangles: D’après les anciens, la techno (voire la musique) c’est cyclique. Je pense qu’il y aura toujours une place pour chaque style de musique.

Traumer: Les deux sont vrais. Il y a en effet un engouement un peu écervelé de certains pour cette techno, qui existe depuis bien longtemps mais qui ne la découvrent que maintenant grâce a une forte mise en lumière des promoteurs, club, etc. Cette partie du public lâchera prise sans doute assez vite, car je ne pense pas que cette musique là est leur premier amour. Après ces cas là sont assez isolés. Je pense donc que majoritairement cette techno a de l’avenir. Comme je disais précédemment, elle est là depuis longtemps, elle commence juste à se développer plus profondément. De plus, on sent du côté du public une volonté forte de s’imprégner de cette musique, de toujours aller plus loin en cherchant les derniers disques sortis etc. C’est une techno qui ne triche pas, et je pense que le public saura lui rendre cette honnêteté et cette fidélité.

Electric Rescue: C’est bien plus profond, en ce moment on bénéficie de plusieurs phénomènes, les jeunes sont de moins en moins intéressés par le hiphop et le rock, c’était les anciennes générations qui ont toujours baigné dans cette musique depuis 25 ans. Et le gros phénomène c’est que David Guetta a démocratisé cette musique du coup sur la masse de gens qui sont tombés sur David Guetta, même s’il n’y a qu’un pourcent qui se dit au bout d’un moment que c’est de la merde, on récupère ce 1% et pour nous c’est énormissime. Et ces gens là sont les bienvenus car ils ont eu la bonne démarche musicale. La vie ne nous fait pas forcément tomber du premier coup face à Laurent Garnier la majorité tombe d’abord en face de David Guetta, l’important est la réflexion et l’orientation vers la qualité à terme.

LNM: La techno est-elle selon vous vouée à mourir en club pour n’exister qu’en tant qu’expression d’une utopie en free ?

Traumer: Pour ma part, je n’ai jamais connu de free, je suis un enfant encore dans ce sens là. Mais j’ai quand même pu me constituer un avis là dessus, c’est un format que je n’accepterais pas, cet aspect trop « free », un peu incontrôlé/incontrôlable me gêne. Je vois plus l’avenir dans de belles raves, hors des quatre murs classiques du clubbing, mais avec le cadre, le sérieux, la solidité que la free n’a pas. Cette musique n’est toutefois pas vouée à mourir en club. En effet les propositions sont en ce moment très attractives hors des clubs, mais je ne trouve pas la fête en club moins bonne qu’ailleurs. Après il y a peut être quelques efforts à faire du côté des établissements nocturnes pour « rivaliser » un peu mieux avec les événements extérieurs.

Maxime Dangles: Non pas du tout, les gens vont en club pour se défouler et la techno est une bonne musique pour se défouler. Pour les free je n’y suis jamais allé, je ne sais pas comment ça se passe.

Electric Rescue: C’est quoi la free, on est encore obligés de parler de ce phénomène rébarbatif du passé. L’électronique n’a pas de limite contrairement au club ou feu la free.

LNM: Les « warehouse parties » sont elles un compromis valable à la free ?

Traumer: Je trouve que ça n’a rien à voir justement. Une « warehouse party » c’est une rave, pas une free. Antoine sera d’accord avec moi sur la division des deux terminologies. Pour reprendre en partie la question dans ma réponse, je dirais que les warehouse parties sont une évolution (intelligente) de la free.

Electric Rescue: Sujet suivant peut-on parler du présent il y a un retour à la vraie rave, exit la mauvaise déviance de ce mouvement vers la free qui était l’anti-thèse de la rave party qui est symbole de la culture de la différence, du mélange et de l’ouverture d’esprit. Nous sommes heureux aujourd’hui qu’on ne parle plus des free et qu’on commence à reparler des raves et en bon terme.

LNM: Suite à l’expérience que vous retirez de vos dates à l’étranger, la France est-elle est en retard sur la Techno ? Est-ce une bonne terre d’accueil pour ce courant musical comparé aux autres pays ?

Maxime Dangles: Je ne pense avoir assez voyagé pour en juger, mais je ne trouve pas spécialement que la France soit en retard. C’est juste qu’on n’est pas aidés médiatiquement parlant, la plupart des radios destinées aux jeunes me font gerber, il y a tellement de bons groupes, de bons producteurs, de la bonne musique beaucoup plus intelligente que cette soupe qu’on nous sert tous les jours. Et puis 5 à 10 fois par jour, pour bien nous lobotomiser nos cerveaux… Mais j’ai l’impression qu’il commence à y avoir une prise de conscience par rapport à ça, c’est bon signe…

Traumer: Pas plus que d’autres. Je n’aime pas jouer au jury du concours de la ville ou le pays le plus techno. La France est peut être à la bourre sur certains points, mais se rattrape sur d’autres. Le clubbing, et la musique électronique n’ont peut être pas la même place dans la société à Paris qu’à Berlin, et alors on perd du temps à vouloir faire des concours de quequettes avec les autres. Au lieu de nous plaindre, faisons avancer les choses sans toujours regarder de façon névrosée ce qu’il se passe chez le voisin.

Electric Rescue: La france est aujourd’hui avec l’allemagne les pays où il se passe le plus de choses. Paris, Lyon, la Bretagne toutes ces régions sont en effervescence et le reste de la France va suivre très vite, on le sent. Les français ont toujours la fâcheuse tendance de croire que l’herbe est plus verte ailleurs, en terme de techno, aujourd’hui la France fait partie des leaders incontestables, une locomotive. Aujourd’hui il est l’un des meilleurs pays qu’on soit musicien techno ou qu’on fasse parti du public, tout dépend où on habite c’est sûr, mais c’est partout pareil, il y aura toujours plus de propositions dans les grandes villes que dans les petites. En même temps, il y a des exceptions regardez par exemple Astropolis a lieu dans une ville de 40 000 habitants, bougeons-nous les fesses et on sera heureux, n’attendons rien des autres, créons !

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