LES MURS DU COURS JU NOUS ONT RACONTÉ DES HISTOIRES

En bon marseillais qui se respecte, tu traînes sans doute au Cours Ju. Maintes et maintes fois tu as arpenté ses petites rues, et vu toutes ses œuvres d’art sur les murs. Mais connais-tu leur histoire ? Sais-tu pourquoi il y a écrit « Cofre » partout ? Arrives-tu à identifier les artistes ? Peux-tu expliquer ce qui différencie le tag, le graff, et le street-art ? Afin de t’aider à répondre à ces différentes questions, l’Office de Tourisme et des Congrès de Marseille organise une fois par mois une visite de ce quartier avec Alexandra Blanc Véa, guide passionnée par l’art de rue.

Dur de se motiver un samedi pour passer deux heures dans le froid. Fort heureusement, la curiosité est plus forte que tout. La réservation en poche, on se rend au point de rendez-vous, en haut des escalators du métro Notre-Dame du Mont. Une fois là-bas, on inspecte les alentours et on remarque un groupe de 15 personnes, entre 30 et 60 ans, qui semblent s’impatienter. Ni une, ni deux, on se joint à eux. Une dame aux cheveux courts arrive. « Vous attendez pour le circuit du Cours Julien ? Je suis la guide« , dit-elle tout sourire. Une fois les présentations faites, Alexandra Blanc Véa peut démarrer. Mises en place depuis de nombreuses années, avant même que Marseille soit sacrée Capitale de la Culture Européenne, ces visites organisées une fois par mois par l’Office de Tourisme et des Congrès de Marseille sont l’occasion de découvrir les techniques, les histoires et les personnalités du mouvement street-art. « Je pense qu’une visite guidée c’est une approche intéressante pour comprendre le mouvement street-art. Et puis, c’est parfait pour les enfants« , défend Elodie, visiteuse marseillaise venue en famille pour approfondir les notions qu’elle a déjà. Pour commencer, Alexandra explique la différence entre le tag, le graff et le street-art (tu peux d’ailleurs relire notre article à ce sujet). « Le tag c’est juste la signature au marqueur de l’artiste, il n’y a pas de démarche artistique là-dedans. Le but est de se faire voir, de montrer qu’on existe, de laisser son empreinteLa plupart du temps, ils prennent des noms courts et n’utilisent qu’une seule couleur pour aller vite car ce n’est pas légal« .

« Les murs racontent des histoires »

Quant au graffiti, il possède une démarche plus artistique même si le but final est le même. « Il y a plus de couleurs, les lettres sont plus grandes, la forme est plus recherchée et il y a souvent un effet de style« . Afin d’avoir un maximum de visibilité, les graffeurs n’hésitent pas à arpenter les toits de la ville et à poser leur blaze en hauteur. « Et en plus c’est efficace contre la brigade anti-graffiti ! » lance la guide, en riant. Cette dernière intervient sur demande ou en cas d’injures et de racisme. Mais le problème c’est que dès qu’une porte est repeinte, les graffeurs se dépêchent de la re-taguer. « C’est comme un feuille blanche pour eux« . Ce qui plaît autant à Alexandra dans l’art urbain, c’est le fait que les murs racontent des histoires. Si tu regardes attentivement les ruelles du Cours Julien, tu verras le mot « Cofre » écrit ici et là. Ces cinq lettres rendent hommage à Antoine alias Cofre. Ce jeune graffeur marseillais de 19 ans est décédé en août dernier, après avoir chuté sur un rail sous tension, dans un dépôt de métro à Athènes. Depuis, Cofre envahit la ville, et notamment la rue Armand-Bédarrides (6e), rebaptisée en son honneur « rue Antoine Cofre ».

La visite se poursuit, et nous arrivons à l’angle de la rue Crudère, devant le M.U.R mis en place par l’association Juxtapoz. Depuis 2012, les artistes se succèdent pour exposer à cet emplacement. En ce moment, on y trouve le portrait d’une femme trappeur aux ongles pointus par Eddie Colla. Il s’agit de la première oeuvre street-art de la visite. Le street-art englobe plusieurs forme d’art : le collage, le tricot, l’affichage, le sticker, le pochoir, la peinture, la photo etc. « J’aime le rythme, les couleurs, la démarche, le graphisme et le lettrage même si des fois j’ai dû mal à le décoder » plaisante Luc, l’un des visiteurs. Passionnée de street-art, il prend en photo la moindre pièce qu’il croise au fil de ses voyages, et ce afin de retrouver un peu d’art chez lui. « Cet art gratuit, éphémère est une réaction à la publicité qui nous envahit de toute part, et c’est ce qui plaît. Ici l’expression est libre, et pas conditionnée comme dans les galeries. C’est accessible à tout le monde, sans faire de différence« , rajoute Alexandra. Le street-art vise à embellir l’espace urbain là où les graffeurs le déconstruisent. Et alors que ces derniers sont contraints de se cacher, les autres avancent parfois à visage découvert comme JR ou Jean Faucheur. Mais attention, ce n’est « pas parce qu’un artiste réalise une fresque sur un mur légal qu’il ne va pas taguer un immeuble le lendemain« . Un peu plus haut, un visage familier attire l’intention du groupe. « C’est le général de Gaulle« , relève une femme d’une soixantaine d’année. A l’aide de ses pochoirs, Mister P, lillois mondialement connu, détourne avec humour ce personnage historique facilement identifiable. « En répétant sans cesse le même dessin c’est plus facile de se faire remarquer ». Un procédé utilisé par de nombreuses personnes à l’image de Sobr et de ses danseuses sorties tout droit d’une rave party.

« What you see is what you get »

Rue Vian, plusieurs pièces se succèdent dont celles de Mahn Kloix. Si dans la première un plongeur fait face à un animal marin, la deuxième met en scène une jeune protestataire du mouvement espagnol Los Indignados. Cette dernière a été réalisée dans le cadre du projet Small is Big et permet de rendre hommage à des manifestants du monde entier. « J’ai été touché par le courage qu’il a fallu à ces personnes car certains ont risqué leur vie en prenant part à ces manifestations. J’ai envie de leur montrer qu’ils ne sont pas seuls. Attention, je ne pars pas en croisade contre les gouvernements. C’est un projet engagé mais qui s’adresse en premier lieu aux gens comme vous et moi », précise l’artiste au journal Ventilo. Si l’art de Mahn Kloix raconte des histoires et fait réfléchir, ce n’est pas forcément le cas des autres. « Il ne faut pas croire qu’il y a absolument un message derrière chaque dessin. La plupart du temps c’est what you see is what you get [= ce que vous voyez c’est ce que vous obtenez, ndlr]. En gros une tête de monstre c’est juste une tête, il faut pas chercher plus loin« , dit la guide en faisant référence aux monstres verts de Swing. Autre exemple rue Pastoret avec Monsieur Chat. « C’est à la suite d’un dessin de chat d’une petite fille pakistanaise que l’artiste à décidé de faire du félin son personnage fétiche ». Depuis, il promène son matou jaune à travers le monde comme ici au Waaw.

Juste en face, sur la porte du n°30, Alexandra nous montre l’une des dernières œuvres marseillaises du pochoiriste C215. Les autres ont été toyés c’est à dire qu’elles ont été recouvertes ou abîmées par un autre graffeur. Ce terme provient du mot « toys » qui désigne les amateurs du mouvement. Ils s’opposent aux « kings », les professionnels. Dans ce milieu, la compétition et la jalousie sont choses communes. « Il y a quelques années, quelqu’un a crevé les yeux de tous les personnages de C215 et barré son blaze avec du rouge« . Une main se lève et une femme demande ce que les habitants du quartier pensent de toutes ces peintures. « En général, elles sont plutôt bien accueillies car elles mettent en valeur les bâtiments. Et puis les gens connaissent le Cours Julien, ils savent à quoi s’attendre en venant habiter ici. Mais quand vous accueillez le street-art, vous accueillez aussi les tags et les graffs qui vont avec, et ça c’est pas toujours bien accepté« , répond la guide. Les deux heures sont vites passées, et afin de clore la visite en beauté, cette dernière nous emmène voir sa pièce préférée : une fresque de Lapinthur sur une façade d’immeuble, place Paul Cézanne, à côté du Molotov. « J’aime le fait qu’elle intègre le lampadaire. Et puis je la trouve très poétique« .

Prochaines visites le 16 décembre à 15h30.
10€ par personne.
Réservations obligatoires sur www.marseille-tourisme.com
Possibilité pour les groupes (à partir de 10 personnes) de choisir le jour et l’heure à partir de 160€ en écrivant à groupes@marseille-tourisme.com
Existe aussi en parcours adapté aux enfants, voir sur le site.

Retrouve toutes les photos de la visite ci-dessous (photos prises par Gaëtan Landes) : 

Laisser une réponse

XHTML: Tags utilisables: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>