LA NUIT NE NOUS APPARTIENT PLUS VRAIMENT

Il y a 3 ans, Marseille était la capitale européenne de la culture. On pensait tous que ce titre prestigieux allait booster la vie culturelle de notre chère ville. Et pourtant pas grand-chose n’a changé. La dernière aberration en date est la recrudescence des fermetures administratives de plusieurs bars dans des quartiers comme la Plaine ou bien la rue Sainte. À l’approche de l’Euro 2016 et du débarquement de dizaines de milliers de touristes, pourquoi la ville de Marseille n’a-t-elle pas réussie à intégrer la vie nocturne dans le quotidien de ses habitants ?

Le 25 février, les gérants du bar de la Plaine reçoivent un avertissement de la préfecture. Ils risquent une fermeture administrative de 15 jours pour entre autres « avoir servi de l’alcool à des personnes en état d’ébriété et opposition non conforme de l’affiche relative à la protection de vente d’alcool aux mineurs. » Les motifs sont risibles. « Je n’ai jamais entendu ça. Un bar sous le coup d’une sanction administrative pour avoir vendu de l’alcool à des clients. Il faut savoir que les clients avaient pris une bière avant. Et la brigade des bars n’a pas cherché à comprendre, ils nous ont directement verbalisés. Cela fait 24 ans qu’on est situés sur la Plaine, on a rarement eu des problèmes mais c’est assez incroyable. On paye peut-être notre côté révolutionnaire, » explique un des serveurs du bar de la Plaine. Depuis quelques mois, ce genre de cas se multiplie et cela devient inquiétant pour la vie nocturne marseillaise. Et cette phrase d’akhénaton revient constamment sur la table, toujours aussi vraie : « Marseille c’est Barcelone jusqu’à 21h. Après 21h, c’est Barcelonnette. »

Une fermeture est un véritable handicap pour un commerce de nuit. Pour rattraper 15 jours de fermeture administrative, un bar met en moyenne une année pour couvrir le gouffre économique. Alors la résistance s’organise, les pétitions sont signées par des milliers de gens.

Et certains font appel à un avocat pour faire entendre leur voix. « On a fait un dossier, on a pris des rendez-vous avec la mairie pour essayer de leur faire comprendre qu’on respecte les règles, » détaille Fred, le gérant du WAAW, tout en sortant sa terrasse. Dans le genre « excuse à deux balles » le cas du WAAW est tristement marrant. Fred et son équipe ont subi une fermeture administrative pour avoir fait venir, pendant un mois, deux danseuses accompagnées d’un guitariste. Après une représentation qui s’enflamme un peu trop, le guitariste, dans le feu de l’action, sort dans la rue 10 minutes pour jouer avec le public. 10 minutes de trop, les autorités ont fait fermer le bar, jouer d’un instrument amplifié à l’extérieur est interdit. Et le plus malheureux, c’est que cette histoire s’est passée en 2013 lorsque Marseille était capitale européenne de la culture. « Je pense que c’est un problème de génération dans le quartier. Certains habitants n’ont pas intégré qu’il y a une vie nocturne à Marseille, » 3 ans… Et les mentalités ne changent toujours pas.

Le Waaw - © Nicolas Chiale
Le Waaw – © Nicolas Chiale
Les Comités d’Intérêt de Quartier, caution 3ème âge de Marseille ?

Sur internet, il est écrit que ces comités sont des associations permettant de nouer le dialogue entre les habitants et les élus locaux. Sur le principe, ça a l’air cool et utile. Mais dans les faits, à Marseille, ce n’est pas le cas. Au CIQ de la Plaine par exemple le plus jeune membre approche tranquillement la cinquantaine . Problématique pour un quartier aussi jeune. « Ce sont tous des retraités, ils ne comprennent rien au monde de la nuit. Ils nous considèrent comme des délinquants alors qu’on essaye de travailler honnêtement ,» Karim Boutouba, le gérant du B4 au vieux port, en a gros sur le cœur. « Il n’y a aucun dialogue avec eux alors qu’ils se disent là pour nous défendre. Il n’y a pas de délégué de la nuit. Dans un quartier comme le Vieux Port, ce n’est pas possible. C’est un lieu touristique le jour, ça doit être le cas la nuit aussi. Nous avons essayé d’être conciliant et de montrer patte blanche en leur proposant une charte de la nuit. Mais ils n’ont rien voulu savoir. Ils sont complètement anti-nuit, ils ne veulent pas de bars sur le vieux-port. Sabine Bernasconi (maire LR du premier secteur de Marseille) a récemment déclaré qu’elle voulait que le vieux-port soit un quartier résidentiel. » Soucieux de changer les choses, Karim et d’autres commerçants de nuit ont décidé de monter une association pour avoir une vraie protection face à ce genre de pratiques administratives. L’association des « commerçants marseillais en colère » est voie de finalisation. Une action est déjà prévue devant la préfecture de police dans environ 15 jours. Si les rendez-vous avec Laurent Nunez (préfet de police des Bouches-du-Rhône) n’aboutissent pas, beaucoup de gérants de bar et de commerçants de nuit manifesteront devant la préfecture pour pouvoir se faire entendre.


Bras armé de la rénovation urbaine ?


Face aux nombres d’excuses bidons qui entraînent des fermetures et un non-dialogue avec les CIQ, l’objectif de ces actions totalitaires est douteux. L’exemple le plus concret reste celui du quartier de l’Opéra, où à la suite d’un drame, la mairie de secteur assume à fond sa volonté d’utiliser les fermetures administratives comme une arme pour remettre la main sur un quartier. On peut craindre alors que cette pratique se répète dans d’autres quartiers de Marseille. Pour faire fermer un bar, c’est un jeu d’enfant. Il y a même des tutoriels sur internet pour vous expliquer. 

Nicolas Chiale

4 Réponses à “LA NUIT NE NOUS APPARTIENT PLUS VRAIMENT”

  1. Totalement d’accord avec le principe d’un Marseille la nuit et choqué par les méthodes de la mairie.
    En revanche, veillez à ne pas opposer « jeunes » de bar et « vieux » de CIQ, ça ne marchera pas. Le conflit de génération ne passe pas comme argument.
    Courage aux vrais commerçants de la nuit !

  2. chegueressian bernard

    je regrette que ma ville soit devenue triste et morne , quand je vois les manière de faire d’une mairie qui donne l’impression de vouloir nuire au commerçant qui gagne honnêtement leurs vie tout en les rackettant avec des taxes de plus en plus élevées je suis ècoeuré , Marseille a toujours été une ville cosmopolite ou il fait bon vivre et ou l’on aime s’amuser , nous n’y somme pour rien si des retraité nanti vienne profiter de notre soleil et veulent le silence ,moi je leurs propose au lieu d’emmerder les gents qui travaille et qui donne du plaisir au Marseillais d’aller habiter sur le plateau du Larzac la calme absolue !

  3. Hubert Lyliane

    Une ville sans culture de la nuit.pas de cinéma en ville. .depuis 25 ans on a habitué les marseillais à ne pas sortir le soir avec des bus qui s’arrêtent à 20h30 !

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