PHONO MUNDIAL: ARCHÉOLOGUES DES MUSIQUES DU MONDE

Pour la troisième édition des Dimanches de la Canebière, La Mesón donne encore le rythme avec Le Son de Notre Canebière aux Danaïdes. Une programmation locale qui invite au voyage en soulignant toute la richesse de Marseille, ville monde. Le collectif Phono Mundial, à l’affiche de l’événement, cristallise ce paysage musical sans frontière autour de sélections précieuses, rythmées entre Afro Tropical et Groove Oriental. Une annonce épicée qui nous a donné envie d’aller à leur rencontre.

C’est chez Galette Records que nous sommes allés retrouver Teddy Gilles alias Papastomp, DJ, producteur et disquaire, ainsi que Loïc Guillaume alias Waaterproof. Cette fusion entre les deux artistes a donné naissance en 2011 à leur collectif Phono Mundial, un nom faisant écho au concept de “sono mondiale” des années 80. Ce duo marseillais se fait archéologue de la musique venue des quatre coins de la planète. Ces vinyl diggers, aventuriers du vinyle perdu, sont en quête perpétuelle des pépites oubliées d’Afrique de l’Ouest, des musiques Tropicales, Lusophones et Rock oriental qui ensorcèleront les dancefloors. Car leur plus grand kiff reste de faire danser leur public et de l’enivrer de leurs trouvailles, principalement axés autour des fusions entre l’Occident et le reste du monde.

Teddy et Loïc

La Nuit Magazine : Présentez-nous Phono Mundial, qui êtes-vous et pourquoi ce parti-pris artistique ?

Loïc : Phono Mundial est un collectif de deux DJ qui sélectionnent des vinyles dits “du monde” : pop des pays d’Afrique, d’Asie, Moyen-Orient, musiques fusion (tout ce qui n’est pas occidental). On a décidé de créer ce collectif pour ouvrir le spectre sur d’autres choses.

Teddy : Oui et également pour « l’instant fraicheur » de ces musiques-là. Je voulais sortir de la musique occidentale, des crédos habituels car on connaît déjà la recette. Avec les musiques du monde tu as tout le temps des surprises. J’ai voulu m’ouvrir à quelque chose de plus large, des musiques extra-occidentales sur lesquelles je ne m’attardais pas auparavant.  J’aime le côté hystérique des gens qui écoutent ce genre de musique. On retourne vers quelque chose de moins stéréotypé. On joue avec ce que l’on trouve et cela me fait du bien car en tant que DJ je suis habitué à être orienté vers du beat.

 

La Nuit Magazine : Comment vous positionnez-vous ?

Loïc : On se positionne comme deux DJ qui font des soirées même si on est tout le temps en quête de nouveautés musicales. Généralement on se produit à l’Embobineuse, au 47 Le Lieu ou encore au Molotov sur de longs formats. On mixe pendant 6 heures afin d’aller dans plusieurs sens et aborder tous les styles musicaux que l’on aime.

Teddy : On essaye de trouver soit des lieux soit une sélection musicale atypique. On cherche à faire des trucs foufous en décorant les lieux en fonction des musiques que l’on va jouer. On prévoit d’en faire une bientôt au 47 en version long format. Plus on a de temps, plus on est dedans, et plus les gens s’éclatent, c’est que je préfère. Je trouve ça ridicule les soirées où tu as 5-6 DJ qui passent dans une même nuit.

Sinon on passe aussi sur des événements en format court. Le 24 mars à l’Espace des Libertés à Aubagne et le 26 mars dans la brasserie Les Danaïdes à l’occasion des Dimanches de la Canebière. C’est une autre formule où l’on joue entre 1h30 et 2h.

 

La Nuit Magazine : Y a-t-il un lien entre votre crew et Galette ?

Loïc : Non il n’y pas de lien entre le magasin et Phono Mundial. Les disques que l’on aime passent par ici mais cela s’arrête là.

Les musiques préférées du duo ©Aurélie Martinod

La Nuit Magazine : Où chopez-vous ces vinyles, ces musiques que l’on a pas l’habitude d’entendre ?

Loïc : De partout, dans les brocantes, les vides greniers, les dépôts vente, entre particuliers. Vivre à Marseille nous a permis de mettre le pied dans divers styles musicaux comme les musiques africaines, maghrébines, arméniennes, caribéennes et j’en passe.

Teddy : Marseille est riche en terme de mélange culturel, c’est vraiment un atout pour nous d’être ici. Et grâce au réseau que nous avons développé, nous avons accès à d’autres choses. On est sans cesse en train de chercher des nouveautés, tout le temps, tout le temps.

 

La Nuit Magazine : Voyagez-vous beaucoup ?

Loïc : Pas tellement, mais j’ai quand même fait la Turquie, le Maroc et la Grèce.

Teddy : Avant oui, mais maintenant beaucoup moins car j’ai des enfants. Mais de 96 à 2005 je n’ai pas arrêté, j’ai fait l’Amérique du Sud, l’Afrique du Nord, l’Asie et l’Europe. À l’époque je faisais de l’électro en tant que DJ, mais cela ne m’empêchait pas d’aller dénicher des pépites dans des magasins étrangers.

© Edouard Hartigan
© Edouard Hartigan

La Nuit Magazine : Que pensez-vous du terme “World music” ? Comment le définiriez-vous ?

Loïc : C’est une vieille expression des années 80. C’est un terme réducteur par rapport à tout ce que ça peut apporter. On préfère le terme “sono mondiale” inventé par le fondateur de Radio Nova, d’où le nom de notre crew Phono Mundial.  Bref, dès lors que des maliens et des sénégalais sont sortis de leur pays pour chanter et faire de la musique, hop on a appelé ça de la “World music”.

À la base c’est un mélange qui a été créé dans les capitales africaines dans les années 60, il y a eu de très belles découvertes là-bas.

Teddy : Ce terme est une mode. La “World music” n’est pas un mélange occidental et extra-occidental. Avant dans les boutiques, tu avais un bac sur le côté avec noté dessus “World music” et tu trouvais de tout et n’importe quoi dedans.

Si tu prends Peter Gabriel par exemple c’est profond comme musique, tu as envie de t’y intéresser, plus qu’aux musiques occidentales. Après on ne fait pas un blocage sur ces musiques-là non plus et on ne néglige pas les catalogues européens. Il y a vraiment beaucoup beaucoup de choses à découvrir, il faudrait plus d’une vie pour ça.

 

La Nuit Magazine : Que pensez-vous de la musique électronique actuelle ?

Loïc  : Cela fait longtemps que je n’écoute plus de musiques électroniques, en fait j’écoute ce que je joue.

Teddy :  Pour ma part je suis assez attentif à ce style de musique pour la boutique et à titre personnel, mais pas pour Phono Mundial. J’ai cette culture de la musique tempo, je ne la dénigre pas du tout mais j’ai voulu faire autre chose. Aujourd’hui il n’y a plus beaucoup de créations dans ce champ musical là, ça se répète et c’est toujours la même chose. C’est pour cela que j’ai voulu en sortir et découvrir de nouvelles choses.

Laisser une réponse

XHTML: Tags utilisables: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>