LA PLAINE : L’EMPIRE CONTRE ATTAQUE

Onze millions et cinq cent mille euros. Non, ce n’est pas le prix de la construction de l’Etoile Noire, mais simplement le prix que nous coûtera le projet de rénovation de la Plaine, annoncé en exclusivité hier dans La Provence. Deux ans de travaux (minimum), pour une nouvelle place qui a première vue a si peu de logique qu’elle ne peut qu’être le fruit du côté obscur de la Force.

L’annonce en début d’année d’une rénovation de la célèbre place Jean-Jaurès nous avait laissés très sceptiques, mais nous laissait également apercevoir une lueur d’espoir. Un espoir de  la fin d’un parking à ciel ouvert, auquel nous tenons tous étrangement du fait de son caractère unique caché sous les sachets plastiques. L’espoir qu’en mettant fin à ce parking nous pourrions arriver à renforcer ce qui fait de ce quartier le centre culturel de Marseille. Du coup, quand le résultat tombe, c’est un peu la dépression. Dans le rôle de Dark Vador, coupant la main de la Plaine, Gérard Chenoz, président de la SOLEAM : « On aurait pu se contenter d’agrandir deux trottoirs, on a préféré voir grand. » . Merci Gérard, c’est trop gentil.

Le problème, c’est que voir grand, apparemment à Marseille ça ne veut pas dire grand chose. Peu d’infos sont disponibles à l’heure actuelle, et la SOLEAM, responsable du projet, ne faillit pas à sa réputation opaque. En quelques points principaux, voilà pourquoi selon nous, ce projet non seulement ne satisfait personne, mais en plus, pourrait très bien confirmer nos inquiétudes d’une volonté d’éradication par l’Empire d’un quartier trop rebelle façon Etoile Noire, quitte à vendre l’âme de Marseille.

1. Le stationnement

C’est peut-être le point le moins sexy, mais c’est aussi peut-être le point le plus crucial. Le parking de la Plaine ne posait probablement pas pour des cartes postales, mais il permettait à beaucoup de venir boire un coup ou manger un morceau. Clairement, l’idéal serait que l’on puisse s’en passer, mais nos petites lignes lignes de métros et notre tramway construit par dessus, en plus de fermer à 00h30, ne desservent pas une ville clairement très étendue. Lorsque nous avions publié le manifeste de la Plaine, c’était d’ailleurs une des inquiétudes principales des professionnels du quartier.

L’Histoire n’est pas rassurante, avec l’exemple vivant (ou plutôt mort) de la rue de Rome

2. La durée des travaux

2 ans de travaux annoncés, de 2018 à 2020. N’oublions pas qu’on est à Marseille, et que souvent chez nous, quand il s’agit d’un chantier, jamais 2 ans sans 3. Difficile de ne pas penser qu’une telle durée risque d’étouffer les petits commerces, les petits lieux associatifs qui vivent au jour le jour. S’ils sont sans doute emmerdants puisque peu malléables par les autorités publiques, ces lieux sont le vrai coeur, la vraie spécificité de Marseille. Et l’Histoire n’est pas rassurante, avec l’exemple vivant (ou plutôt mort) de la rue de Rome, asséchée par des travaux à l’intérêt discutable.

3. La mascarade de la concertation publique

Gérard Chenoz s’exprime tout tranquillement dans les colonnes de La Provence : les réunions publiques : « Ça crie, ça ne sert à rien ». Une déclaration qui pourrait avoir au moins le mérite de l’honnêteté, s’il n’avait pas passé toute l’année à assurer à de multiples reprises que la population serait consultée, ses griefs, inquiétudes et propositions entendus. La stratégie était cependant claire dès le début : diaboliser en quelque sorte l’assemblée de la Plaine, en sachant pertinemment que le dialogue serait rompu. Ça n’a pas manqué, et si on peut reprocher à cette assemblée la volonté d’être le seul interlocuteur représentatif sur ce problème, les tentatives d’ouverture n’ont pas manqué. Nous avions nous-même essayé de nous prêter à l’exercice, et si nous avions eu une belle adhésion de notre lectorat, la suite n’a pas été couronnée de succès. Symbole de cette volonté de rester opaque, Marsactu, il y a quelques semaines, avait révélé à raison le gagnant du projet, information démentie rapidement par Gérard Chenoz.

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La Plaine 2.0 © aps
4. Un projet sans vision

Soyons rassurés, même sur la vision d’archi, la terrasse du Petit Nice, emblème du quartier, est préservée. À part ça ? Qui peut le dire ? Si le projet permet d’améliorer les conditions du marché, rien n’est apparemment prévu pour un meilleur ramassage des déchets, ou pour des installations permettant que les maraîchers puissent poser des étals dans toutes les conditions dans un marché souvent annulé pour cause de pluie. On rêvait également d’une étendue plus verte, dans une superficie assez énorme (2,5ha, rappelons le), et si les arbres sont clairement présents, les espaces verts sont quasi inexistants, si ce n’est pour la mise en valeur annoncée de l’ilot central de la place. Dans une ville ou le seul réel espace vert en centre ville est menacé de devenir un parking, il s’agit d’une énième opportunité ratée. Et il est dur de ne pas se représenter tous ces arbres décorés de sachets plastiques.

5. Une volonté de détruire la Plaine festive

Si nous tenons à cette place objectivement pas très belle, c’est qu’elle a du charme. Et ce charme vient de ceux qui la peuplent, des rastas qui écoutent du raggae sur une enceinte pas fraîche, aux fans du street apéro un peu fou. Voilà la réponse à ces pratiques : plus de bancs, plus d’espace convivial. Ils seront remplacés par une possibilité de s’asseoir près des arbres. S’il manquait un signe de la part des décideurs qu’ils veulent mettre fin à des pratiques qui comblent souvent le manque de vie nocturne, le voilà.

Bref, c’est pas la joie. Tout ce que nous craignions ou presque il y a près d’un an semble être en passe de se réaliser. Et il n’y a rien que l’on puisse faire, à part espérer que l’on ait tort. après tout, derrière l’Empire Contre attaque vient l’happy ending du Retour du Jedi. Espérons.

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