PORTRAIT: FRÉDÉRIC COUPET « AUJOURD’HUI, MARSEILLE NE LAISSE AUCUNE PLACE À L’ART CONTEMPORAIN »

Frédéric Coupet, un artiste protéiforme

Artiste marseillais à la langue bien pendue, Frédéric Coupet n’hésite pas à pointer du doigt ceux qui sont selon lui à l’origine du manque de création contemporaine au sein de la cité phocéenne. Installé dans un canapé, il nous explique sans retenue les tenants et aboutissants de la situation actuelle. La voix calme, le regard figé, il évoque son parcours avec un sourire malicieux. Né à Martigues d’un père ouvrier, il a fait les beaux-arts de Marseille et s’est rapidement retrouvé exposé dans des galeries. Cet « artiste protéiforme » comme il aime qu’on le qualifie, a un parcours très vaste. Il a entamé sa carrière artistique en faisant diverses installations contemporaines avant d’écrire le livre “L’art est mort, vive rien”, une critique acerbe du fonctionnement de l’art en France, avant d’entamer une pause artistique. Suite à ça, il s’est lancé quelques années dans le théâtre, et a tenu pendant cinq ans le poste de directeur marketing pour des marques américaines, puis devenu président d’une S. A. S. il a géré cinq autres années une marque de chaussures de sport. Depuis l’entreprise a fermé et Frédéric Coupet a été “rattrapé” par le circuit de l’art. En ce moment il crée aussi bien la pochette du dernier album de Dj Oil, que des objets en céramique, tout en écrivant divers papiers pour Les Sentinelles, un site d’information et d’analyse des problèmes de la cité phocéenne sur lequel il n’hésite pas à critiquer les pouvoirs locaux, notamment en ce qui concerne la culture.

Marseille, une ville en décalage

139 - Frederic Coupet ITW pour LNM @ Local LNM - Fevrier« Aujourd’hui, Marseille ne laisse aucune place à l’art contemporain » exagère-t-il volontairement. Pour lui, si on se pose la question c’est que forcément on pense à la place que lui laissent les autres villes. « Par rapport à sa taille et à son potentiel artistique, Marseille est totalement en décalage. Après bien sûr qu’il y a des initiatives, mais le problème c’est que la création contemporaine que l’on trouve aujourd’hui dans la ville n’est même pas celle que l’on pouvait trouver dans les années 80 à Bruxelles ou à Berlin ». Selon lui, même le Fonds régional d’art contemporain (Frac) aurait peiné à voir le jour. « Pendant 20 ans, Eric Mangion [ancien directeur du Frac Paca, ndlr] s’est battu pour qu’il y ait un Frac. Et il a fallu attendre qu’au niveau national on se rende compte que Marseille, en tant que deuxième ville de France était obligé d’en avoir un pour qu’on le construise enfin pour 2013 », explique Frédéric Coupet. Mais pour lui, le problème réside avant tout dans un désintérêt des pouvoirs locaux pour l’art contemporain.

Désintérêt qui puise ses racines dans l’histoire même de la ville. En effet, Marseille étant historiquement une ville de petits commerçants, l’objectif premier des habitants il y a 400 ans déjà, était de « s’enrichir le plus vite possible pour pouvoir partir ailleurs acheter des terres ». Ainsi tous ceux qui ont « réussi » se sont exilés à Aix « pour les moins courageux » et à Lyon ou Paris « pour les autres ». « Du coup que reste-t-il à Marseille aujourd’hui ? Les descendants des grandes familles coloniales qui n’ont pas réussi » nous raconte-t-il. « Quand on s’intéresse de plus près à la chose, on s’aperçoit que la majorité des villes où il y a beaucoup de création contemporaine sont celles où il y a des propriétaires terriens qui sont établis, où il y a des gens qui depuis des centaines d’années ont pu financer des artistes. » Pour lui la solution viendra donc d’ailleurs, des futurs habitants qui viendront s’installer à Marseille en y amenant avec eux leurs propres pratiques.

Une municipalité qui souhaite regrouper tous les musées

En ce qui concerne la volonté de Jean-Claude Gaudin de regrouper à long terme tous les musées dans un même périmètre, Frédéric Coupet reste perplexe. « Est-ce que la ville est si grande, qu’on a besoin de rassembler tous les lieux de création au même endroit pour être sûr qu’ils soient visités ? Ne vaudrait-il pas mieux améliorer les transports en commun ? » se demande-t-il. En se posant cette question, c’est évidemment le cas du Musée d’art contemporain (Mac) qui lui vient à l’esprit. Jugé trop excentré, il est condamné à long terme à déménager au centre-ville, peut être même à la Vieille Charité. « Si le projet est encore une fois reporté, c’est parce que Jean-Claude Gaudin a depuis toujours la volonté d’éradiquer totalement l’art contemporain de Marseille », nous confie-t-il. D’ailleurs, dans son premier programme électoral, le futur maire de Marseille aurait écrit qu’au vu de la pauvreté de la ville « l’art contemporain, qui ne touche qu’une certaine catégorie de la haute société, n’a rien à faire à Marseille ». Le Frac, qui répond à une volonté nationale, serait amplement suffisant et le Mac serait donc condamné à disparaître.

Qu’en est-il des autres lieux comme la Friche ou le MuCEM ? « La Friche me dérange dans le sens où c’est un lieu qui veut donner l’image d’une initiative d’artistes sans en être vraiment une. On dirait qu’à Marseille on voudrait que l’art contemporain ressemble à des skateurs, des tags, des jeunes qui fument des joints ou à des vieux babas cool. Oui il y a de ça, mais pas que. Il y a aussi des mecs en costard cravate comme Jeff Koons, l’art n’est pas qu’une façade » juge Frédéric Coupet. « Par contre, j’ai un énorme respect pour le MuCEM du point de vue architectural. » Il nous explique que la démarche de Rudy Ricciotti est d’une générosité architecturale remarquable en permettant aux visiteurs de pouvoir pénétrer gratuitement le bâtiment tout le long d’un parcours à l’esthétique éblouissante et que ce genre de dynamique est tout à fait positive pour la ville. « Ce qui me dérange c’est l’exposition permanente, la Galerie de la Méditerranée, qui fait petit musée d’archéologie de bled paumé. Toutefois, je trouve cela dommage que l’on critique ce lieu [la Cour des Compte a récemment épinglé le musée, ndlr]. Il faudrait plutôt pointer du doigt la Villa Méditerranée, l’espèce de camping-car mal garé juste à côté ».

Sarah Barbier

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