LA PROG ECOLO DES FESTIVALS

La saison des festivals approche tranquillement. Impatients de retrouver la bière tiède et les toilettes sèches, on a enquêté sur l’écologie dans les festivals.

Les festivals font face à un nouveau défi ces dernières années : la pollution qu’ils génèrent. Les visiteurs amènent plusieurs tonnes de déchets et donc une empreinte carbone élevée. Alors pour eux, l’enjeu n’est plus seulement de promouvoir la culture, mais plutôt une culture durable.

Des festivals comme Etang d’Arts ou le MIMI en ont fait leur principal enjeu. La chef de projet  d’Etang D’arts, Athénaïs, explique : « nous avons deux ambitions pour ce festival, promouvoir la culture marseillaise, et sensibiliser les personnes au développement durable en utilisant l’art comme vecteur de sensibilisation ». Quant au MIMI Festival sur l’île du Frioul, Julien Valnet le décrit comme engageant : « notre rôle n’est pas de faire un discours moralisateur, mais par un discours sympa on fait passer des infos, et on espère influencer les gens ».

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Pour résoudre le problème, Marsatac et le Festival d’Art Lyrique ont réalisé en 2009 et 2012 un bilan carbone pour évaluer et mieux appréhender les mesures à réaliser sur les événements. Sans surprise les deux bilans ont révélé que les transports étaient les plus pollueurs.

Marsatac en a fait sa priorité : accord avec la métropole pour une circulation des trams jusqu’à 1h, mise en place du covoiturage. Résultat, en 2008 seuls 10% des festivaliers se rendaient à pied ou en transport en commun au festival, sur la dernière édition ils étaient 50%.

Pour le festival d’Aix-en-Provence, la problématique est ailleurs. Les transports sont compliqués à réformer, les festivaliers se déplacent principalement avec leurs propres véhicules et ne sont pas très sensibles au covoiturage. Il a fallu compenser sur d’autres aspects : « On a constaté que sur une édition, le festival émet 45 tonnes de déchets, dont 80% viennent des décors. Les matières premières, les chutes de costumes, les structures des décors, tout est souvent jeté et non réutilisé » explique Véronique Fermé la chargée de mission développement durable du festival. La construction des décors se fait depuis avec des prestataires en déchets et des entreprises de bâtiments durables. « En 2015, pour l’opéra Alcina, nous avons construit pour le décor une maison qui tombait en lambeaux, la structure en bois et en liège nous a permis de recycler 97% des éléments ».

Green Money

Mais toutes ces installations durables ont un coût. Si certains festivals estiment que l’investissement fait est rentable aujourd’hui, dans un milieu en crise, la part accordée à l’éco-responsabilité n’est pas la priorité. L’association AREMACS s’occupe du tri des déchets sur des manifestations culturelles et pour Arnould Perrier le responsable de l’antenne marseillaise : « les difficultés financières sont les premières causes du désintéressement des festivals sur l’écologie ».

Entre 2011 et 2014 la région PACA a lancé le programme AGIR+. Ce programme accompagne de façon financière et technique les projets qui luttent contre le réchauffement climatique. 60 millions d’euros ont été distribué à différents projets dont des festivals culturels. AREMACS a noté les bienfaits de cette subvention : « Ce n’était pas une subvention qui était censée continuer. Elle était d’ailleurs dégressive. L’objectif était d’aider les événements et de développer les recettes, pour que les festivals prennent ensuite le relais. Depuis que AGIR n’existe plus, il y a une sorte de renoncement ». Cette subvention a aidé certains festivals mais beaucoup de petites structures n’ont pas réussi à se refinancer.

Caroline Varrall de Marsatac revient sur les années AGIR : « En plus d’AGIR nous recevions pendant trois ans des subventions de l’Union Européenne, le programme FEDER (Fonds Européen de Développement Régional). Par rapport à 2013, nos subventions ont été divisées par cinq. Notre budget développement durable a été réduit de 30% depuis la fin des programmes de subvention, malgré ça on continue car ça fait partie du projet ».

Mettre en avant les vertus écologiques d’un festival permet pour certains festivals d’attirer des partenariats. Campus Durable est un projet établi par l’association Unis Terre de Kedge, qui mettent en place le label écofest pour les événements étudiants. « Devenir écolo est un avantage, c’est un investissement qui se rentabilise, mais c’est aussi un gage de qualité qui peut permettre une répercussion financière avec les partenaires sensibles à ces questions» explique Mathilde la responsable EcoFest.

Pour Marsatac : « Les partenaires ne viennent pas pour ça, mais cela participe en termes d’efficacité. Parler en termes d’écologie c’est aussi revoir son mode de production. Pour un partenaire comme ERDF c’est un aspect qui compte énormément ».

Julien Valnet fait la différence entre certains festivals écolo, pour lui il y a beaucoup de greenwashing. « Le fait de dire que l’on est engagé dans une démarche de développement durable ou écolo responsable intègre des données responsables en lien avec l’économie sociale et solidaire. Il y a trois piliers dans le développement durable : l’économie, la société et l’écologie. Et aujourd’hui il faut compter un quatrième pilier la culture ».

Chez AREMACS on se méfie : « Les festivals ne sont pas devenus si écolo d’un coup. C’est beaucoup une question d’image et de communication, plutôt qu’une demande du public. Pour beaucoup c’est un argument de communication. Je n’ai aucun souci avec ceux qui communiquent dessus, mais pour moi il ne faut pas qu’ils se prennent pour exemple. Pour certains un festival peut être écolo et pour d’autres non, finalement c’est assez subjectif ».

Une règle de fonctionnement

Au delà de l’aspect financier et de l’image, il faut normaliser cette engagement.

« Les festivals sont conscients de leur impact. Il faut réussir à reproduire le collectif des festivals engagés pour le développement durable et solidaire de Bretagne. Cela va devenir presque une norme, une habitude. Il faut dépasser le côté individuel et devenir plus global, s’entraider entre nous » s’exprime Véronique Fermé.

Marsatac a été un des précurseurs en termes de durabilité d’un événement. Caroline Varrall a organisé entre 2010 et 2013 des visites éco responsables du site pour informer et accompagner les organisateurs de manifestations culturelles : « On a fait partie des premiers à le faire, faire du développement durable n’a pas été pour gagner des sous mais on l’a fait pour nous. C’est devenu indispensable, on se doit de le faire. C’est pourquoi les visites ont été organisées. Je n’ai jamais voulu que le festival soit identifié comme exceptionnel. Je veux que l’on soit dans la normalité ».

Sarah Rietsch

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